Accueil Talent à suivre Marie Orlandi — Jolie môme

Marie Orlandi — Jolie môme

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Marie Orlandi ©DR
Marie Orlan­di ©DR

Marie Orlan­di, com­ment êtes-vous arrivée dans ce métier ?
Je suis une fille d’artistes, une enfant de la balle, avec un père réal­isa­teur et une mère comé­di­enne. J’ai inté­gré le cours Flo­rent à qua­torze ans, avec une envie de faire de la comédie. J’y ai fait un cycle de trois ans et à un ate­lier de fin d’an­née, j’ai chan­té « Sum­mer­time ». François Flo­rent l’a remar­qué et m’a présen­tée à Ray­mond Acqua­vi­va qui m’a présen­tée ensuite à Guy Bon­tem­pel­li qui mon­tait une comédie musi­cale à Avi­gnon : Si ça vous chante. J’ai égale­ment joué Fame en semi-ama­teur. J’avais 17 ans, j’ai trou­vé ces expéri­ences géniales.
Après Avi­gnon, j’ai tra­vail­lé dans un lieu qui s’ap­pelait le Lewis Café où je ser­vais en chan­tant. A par­tir de là, j’ai eu beau­coup de propo­si­tions pour des soirées privées et je suis entrée dans le cer­cle infer­nal des mariages et des bar-mitz­vahs ! Je devais chanter comme Céline Dion ou Mari­ah Carey : à vingt ans, ça m’é­clatait, mais main­tenant beau­coup moins !
J’ai égale­ment été prise sur une comédie musi­cale qui s’ap­pelait Le sel et le miel qui m’a per­mis de ren­con­tr­er Harold, que je viens d’épouser !
Ensuite, j’ai tra­vail­lé sur mes pro­pres com­po­si­tions, qu’on pour­rait qual­i­fi­er de « chan­son rock ». Ecrire, c’est ce qui m’im­porte le plus et ce qui me sem­ble le plus sim­ple, le plus facile.

Com­ment êtes-vous arrivée sur Piaf, je t’aime ?
Quand j’ai audi­tion­né, je savais qu’ils avaient déjà trou­vé Piaf mais j’ai quand même demandé à chanter « L’ac­cordéon­iste », car c’est une des pre­mières chan­sons que j’ai inter­prétée à qua­torze ans. Ils ont accep­té. Puis, ils m’ont pro­posé d’être dou­blure pour Piaf. Finale­ment, l’in­ter­prète qui devait jouer le rôle ne l’a pas fait et je l’ai donc obtenu. Mais ça s’est tout de même passé en plusieurs fois. J’ai passé toutes les scènes, toutes les chan­sons et je me suis battue à fond. J’ai per­du sept kilos pen­dant le proces­sus des audi­tions. Ma plus grosse angoisse était d’ap­pren­dre à rouler les « r » comme Piaf. J’ai regardé énor­mé­ment de vidéos, lu plein de livres sur elle. Je me suis com­plète­ment immergée dedans. Quand j’ai su que j’é­tais prise, j’ai même eu une mini phase schiz­o­phrène ! (rires) J’avais l’im­pres­sion que Piaf était avec moi, un peu comme une meilleure amie imag­i­naire ! J’é­tais sans cesse en train de me dire : « qu’au­rait-elle fait là ? qu’au­rait-elle dit ? qu’au­rait-elle mangé ? » Je voulais être Piaf, j’é­tais prête à tout quit­ter ! Et au bout d’un moment, je me suis dit : « Marie, tu es comé­di­enne, Piaf, ce n’est pas toi ! » (rires) Donc après avoir tout ingur­gité, j’ai lais­sé repos­er. Une fois le texte su, les « r » maîtrisés, je me suis mise à réé­couter la con­duite du spec­ta­cle plusieurs fois par jour sur mon iPod. Je retra­vaille à nou­veau avec les DVD pour la pré­ci­sion. Mais je crois que Piaf est tou­jours un peu mon amie imag­i­naire… Je dois être un peu folle ! (rires)

Com­ment décririez-vous la vision de Piaf dans ce spectacle ?
C’est une femme libre, éter­nelle­ment libre. Elle est égale­ment drôle, impudique et très généreuse. C’est une séduc­trice, pas une vic­time, une femme qui con­trôle son des­tin, une sorte de Madon­na à l’an­ci­enne (rires) ! On me dit sou­vent que ça doit être dur d’en­tr­er dans la peau d’un per­son­nage aus­si noir, mais moi, ce n’est pas ain­si que je la perçois. C’est avant tout une femme et une chanteuse, exerçant un méti­er qui n’est pas facile. Etant par­fois un peu tor­turée moi-même, je pense com­pren­dre cette femme. De même, me con­sid­érant comme libérée, je com­prends tout à fait ses rap­ports avec les hommes.

Ressen­tez-vous plus de pres­sion du fait que vous inter­prétez un per­son­nage mythique et que vous allez jouer de sur­croît dans une salle mythique ?
Je suis au départ quelqu’un de très angois­sé donc je me mets de la pres­sion quoi qu’il en soit. Le temps de l’in­sou­ciance est fini ! J’ai qua­torze chan­sons, je suis entourée d’une trentaine de per­son­nes, et si je me plante… c’est chaud pour moi ! Je ne pense pas que j’au­rais pu jouer ce rôle à 18 ans, j’au­rais pété les plombs ! Mais je ne me mets pas plus de pres­sion à cause de la salle : ce qui est impor­tant, c’est le spec­ta­cle, que l’on joue à l’Olympia ou à l’Eu­ropéen. Si le spec­ta­cle est mau­vais, il restera mauvais.
Quant au fait de jouer Piaf, je n’es­saie aucune­ment de l’é­galer, j’es­saie juste hum­ble­ment de ren­tr­er dans ses pom­pes et de don­ner aux gens le plaisir de revivre des choses qu’ils ont aimées ou d’en décou­vrir d’autres qu’ils ne con­nais­saient pas. Je n’es­saie pas de faire une impos­ture, et pour ça, je vais chercher en moi, notam­ment pour toutes les émo­tions de base, qui sont celles de la femme : l’amour, l’at­tente, l’espoir…
Mais, c’est sûr, il y a quand même une grosse pres­sion. Je ne suis pas un nom, et même si je n’ai pas vrai­ment d’en­ne­mis, on m’at­tend for­cé­ment au tour­nant car je n’ai jamais fait mes preuves dans le milieu de la comédie musi­cale. Et puis, c’est sans doute le rôle de ma vie en ter­mes de comédie musi­cale ! Je ne sais pas si j’en referai après. C’est un rôle telle­ment fort que tout va me sem­bler fade ! Alors, le mieux à faire… c’est de ne pas trop y penser !

Quel est le par­ti pris de mise en scène con­cer­nant votre interprétation ?
Je dirai que c’est « à la manière de ». Je suis comé­di­enne, pas imi­ta­trice. Comme je suis exces­sive, quand j’ai com­mencé à abor­der le per­son­nage, je voulais être Piaf à s’y mépren­dre, mais en fait, ce qui est intéres­sant c’est de tra­vailler les nuances dans la voix par­lée, dans son rire, dans sa façon de se tenir et de les repro­duire par moments. Quand à la voix chan­tée, on essaie d’être au plus proche. Aucune tonal­ité n’a été changée. On a ten­dance à m’at­tribuer des rôles de sopra­nos, mais je suis une vraie mez­zo et avec Piaf, je peux enfin m’ex­primer pleinement !

Par­lez-nous de la troupe qui vous entoure…
Je ne suis pas du genre à dire des choses con­ven­tion­nelles mais je trou­ve sincère­ment que cette troupe est extra­or­di­naire. C’est la pre­mière fois que je tra­vaille dans une ambiance aus­si bonne, où les gens sont hum­bles, tal­entueux et n’ont pas de prob­lèmes d’ego. On tra­vaille très bien tous ensem­ble. C’est peut-être Piaf qui réu­nit ain­si les gens !