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Marie-Louise Duthoit — Une diva sous les palétuviers

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Marie-Louise Duthoit ©DR
Marie-Louise Duthoit ©DR

Marie-Louise Duthoit, quel est votre parcours ?
J’ai com­mencé par le piano en par­al­lèle à mes études. Après le bac je me suis con­cen­trée sur la musique. C’est en fac de musi­colo­gie que j’ai décou­vert le chant et… ma voie ! Du coup j’ai aban­don­né le piano… Le hasard des ren­con­tres m’a per­mis de tra­vailler assez rapi­de­ment avec les gens du baroque, tout d’abord dans les choeurs. Une belle péri­ode parsemée de belles ren­con­tres avec des chefs plus tal­entueux les uns que les autres. Toute­fois, j’ai la con­science que rien n’est jamais acquis. Alors j’ai pour­suivi mes études et obtenu un pre­mier prix à l’u­na­nim­ité avec félic­i­ta­tions du jury, pre­mière nom­mée au CNR de Paris dans le départe­ment de musique anci­enne (rires). A Ver­sailles où se trou­vait le cen­tre de musique baroque, j’ai col­laboré au stu­dio baroque, des­tiné à per­fec­tion­ner de jeunes pro­fes­sion­nels. Ensuite je me suis pro­duite comme soliste, tou­jours dans des oeu­vres baro­ques. J’ai chan­té dans de nom­breux ora­to­rios, et à quelques excep­tions prêts, la place du théâtre était qua­si inex­is­tante et cela me man­quait. Je tra­vail­lais dans des con­di­tions for­mi­da­bles, mais j’ai choisi au bout de plusieurs années de sauter le pas, avec le désir d’autres choses, d’autres expéri­ences. Ce fut donc un pari que de laiss­er cette voie pour en trou­ver une autre. Cela ne s’est pas fait sans angoisse ni remise en question.

Le chant ne s’est imposé à vous que durant vos études ?
J’ai tou­jours chan­té, à tel point que mes par­ents, qui ne sont pas du tout dans ce milieu, m’ont pro­posé d’ap­pren­dre la musique. Ils ont remar­qué que j’avais une bonne oreille, que je chan­tais juste, mais ils n’ont pas eu le réflexe de me faire pra­ti­quer le chant, d’au­tant que nous habi­tions en cam­pagne, ce qui ne facil­i­tait pas les choses. C’est une atti­rance liée à l’en­fance. Par la suite, en tra­vail­lant le piano, j’ai tou­jours été attirée par l’opéra. Un prof, directeur d’une école de musique vers chez mes par­ents, m’a per­mis de com­mencer le chant. J’ai donc décidé de franchir le pas et de trou­ver un enseigne­ment qui me con­vi­enne. Mais c’est le hasard qui m’a ori­en­té vers le baroque.

Vous passez de l’u­nivers de la musique baroque à des choses plus légères ?
Une cer­taine matu­rité, tant vocale que men­tale, m’a poussé à décou­vrir d’autres ter­ri­toires. La comédie musi­cale représente le top. Le regret que j’ai est de ne pas avoir com­mencé l’ap­pren­tis­sage du spec­ta­cle musi­cal plus tôt, j’au­rais adoré savoir faire des cla­que­ttes par exem­ple. Enfin il n’est jamais trop tard… Et la scène, j’adore ! J’en ai besoin. J’ai com­mencé par tra­vailler avec Vin­cent Tav­ernier dans plusieurs pro­duc­tions du fes­ti­val des Malins plaisirs de Mon­treuil sur mer. Quant à Loïc Boissier de la com­pag­nie des Brig­ands, je l’ai ren­con­tré à l’époque où je tra­vail­lais avec Marc Minkows­ki, il était admin­is­tra­teur. Nous avions sym­pa­thisé et nous nous sommes retrou­vés comme con­frères, puisqu’il s’est mis au chant, sur une pro­duc­tion mise en scène par Vin­cent Tav­ernier, dirigée par Ben­jamin Lévy : La fiancée du scaphan­dri­er de Claude Ter­rasse. Et de fil en aigu­ille me voilà dans Toi, c’est moi ! Et je suis ravie car je décou­vre ce milieu, je chante, je joue la comédie et je danse, bref un rêve devient réalité !

Vous vous con­sacrez entière­ment à cette aventure ?
Mon atten­tion est focal­isée sur toi, c’est moi, mais toute­fois, je con­tin­ue mon tra­vail per­son­nel : jamais rien n’est arrivé, il faut tou­jours évoluer et ten­ter de nou­velles choses. C’est pourquoi le théâtre m’at­tire aus­si, le tour de chant égale­ment, je tente de me trou­ver prête pour toutes ces dis­ci­plines. Par ailleurs j’ai tou­jours adoré écrire, et je ne laisse pas cette dis­ci­pline de côté. Je suis très ouverte d’e­sprit, mais une chose me révulse : ce sont les caté­gories dans lesquelles on tente de met­tre les artistes. Une chose est sûre : pro­fes­sion­nelle­ment je suis dans une phase exal­tante car tout ce que j’ai appris par le passé me sert. Tout est utile.

Par­lez-nous de votre rôle.
Hon­orine est une riche per­son­ne qui a un neveu dont elle a la tutelle et qui prof­ite large­ment de sa for­tune. Même si elle l’adore comme son fils, elle trou­ve qu’il exagère et décide de le met­tre au pas en l’en­voy­ant tra­vailler dans une de ses plan­ta­tions de canne à sucre aux îles Princesse. Mais ce neveu fort débrouil­lard a un meilleur ami, le très désar­gen­té Patrice Duval­lon, qu’il va embobin­er pour se faire pass­er pour lui : il pour­ra donc con­tin­uer à vivre tran­quille­ment tan­dis que son ami aura la vie de forçat. Mais Hon­orine s’en vient sur l’île et met les pieds dans le plat. Elle est veuve depuis 18 ans, a du car­ac­tère et l’on décou­vre que c’est une sacrée coquine ! Le rôle est très agréable car elle a un cer­tain âge, ne se fait pas dire les choses deux fois et mène tout son monde à la baguette. Dans le même temps elle est pleine de fan­taisie, de drô­lerie. Son neveu pense la rouler mais en fait elle est maîtresse de la sit­u­a­tion, cette Hon­orine est très sym­pa­thique ! Sur l’île Princesse elle cour­tise deux hommes et peu importe le fla­con, pourvu qu’elle ait l’ivresse, y com­pris sous les palétuviers !

Vous inter­prétez donc la fameuse chan­son du duo des palétuviers ?
La pre­mière fois que j’ai enten­du cet air, il était inter­prété par Marie Laforêt. J’é­tais petite et j’é­coutais en boucle la cas­sette. Ce duo me fai­sait beau­coup rire. Jamais je n’au­rais pen­sé l’in­ter­préter un jour. Ensuite j’ai décou­vert « l’o­rig­i­nal » par Pauline Car­ton, un grand moment ! Cela me fait un petit quelque chose de chanter ce duo mythique. En fait, les autres airs étaient con­nus à l’époque, seuls les palé­tu­viers ont tra­ver­sé les années. Je dois ajouter que nous inter­pré­tons la chan­son dans son inté­gral­ité, en l’oc­cur­rence avec trois cou­plets et non deux comme on peut le trou­ver dans les enreg­istrements. Et avec mon parte­naire Gilles Bugeaud on s’a­muse comme des fous, on le chante et le danse.

C’est une pro­duc­tion imposante, com­ment cela se passe pour vous ?
Nous sommes dix sur scène et autant dans la fos­se. Le plan­ning est com­pliqué à faire, mais tout se passe bien. Comme nous sommes heureux de faire ce spec­ta­cle, tout sem­ble sim­ple. Cha­cun y met du sien, nous allons tous dans la même direc­tion, ce qui est rare. Il n’y a pas un per­son­nage prin­ci­pal ce qui crée une ému­la­tion par­ti­c­ulière. Je baigne dans un esprit de com­pag­nie, de troupe, c’est très agréable. Aucun ne cherche à tir­er la cou­ver­ture à soi, cha­cun se respecte, et du coup sur le plateau c’est pareil. Cela ne gomme pas les dif­fi­cultés du quo­ti­di­en, mais si je devais résumer je dirais que tout est souri­ant et limpide.

Quelles sont vos comédies musi­cales favorites ?
Ce qui m’at­tire c’est le réper­toire anglo-sax­on que j’ai décou­vert grâce aux films : tous ces comé­di­ens qui chantent et dansent me fasci­nent. Enfant je n’al­lais jamais voir de comédies musi­cales. Par ailleurs, comme j’ai tra­vail­lé dans un milieu très dif­férent, je n’ai pas suivi toute l’ac­tu­al­ité française dans ce domaine. J’ai donc beau­coup de choses à décou­vrir, ce qui me ravit.

Quels sont vos projets ?
Je vais tourn­er un réc­i­tal que j’ai mon­té avec Nico­las Ducloux, le pianiste des Brig­ands : Drôles de dames, des extraits d’opérettes et quelques opéras sur plusieurs car­ac­tères féminins : de la gour­mande, à la romanesque, en pas­sant par la femme de car­ac­tère… Je fais par­ticiper le pub­lic, je m’a­muse bien car je ne fais pas que chanter. Après cela une tournée d’un opéra de Boildieu en Hol­lande est pro­gram­mée, j’ai égale­ment le pro­jet pour l’an­née prochaine d’adapter du Bar­bi­er de Séville de Rossi­ni pour l’opéra de Limo­ges, je dois tra­vailler sur le livret et être assis­tante du met­teur en scène Philippe Labonne, qui a plus l’habi­tude aux acteurs qu’aux chanteurs. De nou­velles aven­tures qui m’ex­al­tent. Et puis j’ai créé un spec­ta­cle : Folie, fureur et dérai­son qui traite, sous forme musi­cale et théâ­trale, de la folie à tra­vers l’aven­ture d’une femme.

Com­ment vous sen­tez-vous à quelques semaines de la première ?
Je ne suis pas très traque­use, je suis surtout excitée : j’ai envie d’y être, que les spec­ta­teurs vien­nent s’a­muser avec nous !