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Madame Mouchabeurre

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madame-mouchabeurreLivrets et lyrics de Michel Heim.
Choré­gra­phies de Nadine Féty.
Direc­tion musi­cale de Nico­las Kern.

Après le suc­cès rem­porté par Les Din­des galantes, leur précé­dent spec­ta­cle nom­iné aux Molières en 2006, la nou­velle créa­tion des Caramels Fous était très atten­due. Ils revi­en­nent en force et en forme avec Madame Mouch­abeurre, une ver­sion de Madame But­ter­fly « à la mode de Bre­tagne » ! Quand le rideau s’ouvre, on est déjà bluffés par l’esthétique et la qual­ité du décor conçu et fab­riqué par les Caramels eux-mêmes. Dans les années 50 à Plou Her Meur, petit port bre­ton, la jeune Gwen­da Chouchen, fiancée au brave Yvon Mouch­abeurre, se laisse séduire par John Pinker­ton, un marin améri­cain sans scrupule. Après leur pre­mière et dernière nuit d’amour, la marin doit repar­tir au grand dés­espoir de Gwen­da qui épouse Yvon Mouch­abeurre sans lui avouer que l’enfant qu’elle porte n’est pas de lui. Vingt ans plus tard, un navire améri­cain revient mais cette fois-ci c’est John Pinker­ton Jr qui en débar­que et fait ain­si la con­nais­sance de son demi-frère, le petit Jean qui a plus hérité de sa mère Gwen­da que de son père… A cette intrigue prin­ci­pale se greffe une his­toire par­al­lèle, l’amour tour­men­té du curé pour un jeune marin dont est témoin sa bonne folle­ment éprise de lui. Une fois de plus, les Caramels Fous nous offrent un spec­ta­cle riche en sit­u­a­tions cocass­es, improb­a­bles et drôles sor­ties de l’imagination débor­dante de Michel Heim, créa­teur de la troupe et auteur du livret et des chan­sons. Si l’humour et la déri­sion sont bien présents, des thèmes plus graves et sérieux sont abor­dés comme l’intolérance, l’exclusion, les non-dits, le par­don et la douleur des sen­ti­ments. Comme dans tous les spec­ta­cles des Caramels Fous, les chan­sons de Madame Mouch­abeurre sont des adap­ta­tions réussies de stan­dards de la var­iété française et inter­na­tionale (la réin­ter­pré­ta­tion de « Grace Kel­ly » de Mika mérite le détour), de l’opéra et de l’opérette. Mais en plus, cette fois-ci la part belle est faite à la comédie musi­cale avec des airs de West Side Sto­ry, Miss Saigon (déjà inspirée de Madame But­ter­fly), Les Mis­érables et même Hair­spray pour l’ébou­rif­fant final. Même si vocale­ment le niveau est iné­gal, les inter­prètes (tous ama­teurs) réalisent une presta­tion généreuse et pleine d’enthousiasme. Quelques uns se dis­tinguent par­ti­c­ulière­ment comme Michel Heim, hila­rante mère Chouchen alcoolique au pre­mier acte et émou­vante Gwen­da au deux­ième acte, Lau­ry André qui incar­ne la bonne du curé drôle et touchante qui va jusqu’à chang­er de sexe (!) et Thier­ry Ques­sa­da, déjà remar­qué dans Les Din­des galantes, qui con­firme ici son tal­ent de comé­di­en et de chanteur dans le rôle du marin John Pinker­ton. Effi­cace­ment mise en scène et choré­graphiée par Nadine Flé­ty, Madame Mouch­abeurre est une vraie comédie musi­cale avec du grand show, des moments d’émotion et une bonne dose d’humour qui séduira un large pub­lic. Du Caramel grand cru !