Ma plus belle histoire d’amour … Barbara

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Mise en scène : Bruno Agati

Décor : Marie-Car­o­line de Baecque
Lumières : Jacques Rouveyrollis

Avec :
Chant : Ann’So
Piano : Roland Romanelli

Ann’­So est mag­nifique dans Ma plus belle his­toire d’amour … Bar­bara. Tel un oiseau frag­ile, elle entre sur la scène en robe de maille velours de couleur rouge rubis, et déjà une force immense se dégage de sa jolie sil­hou­ette gracile. Au début, on est sur­pris d’en­ten­dre dans sa bouche les mots de feu la chanteuse en noir Bar­bara (1930–1997). En effet, les chan­sons de celle-ci sup­posent un long et douloureux vécu sen­ti­men­tal. Qu’im­porte sa jeunesse, Ann?So se les réap­pro­prie preste­ment en con­tour­nant l’ob­sta­cle. Elle n’est pas là pour une imi­ta­tion. La sim­ple repro­duc­tion de la voix et la dic­tion lui serait facile, elle le mon­tre par instants. Mais elle préfère chanter à sa façon, et s’ap­puy­er sur ce que ces chan­sons ont apporté à son pro­pre vécu. Les inter­mèdes par­lés avec le musi­cien Roland Romanel­li, accordéon­iste et com­plice de Bar­bara durant 20 ans, per­me­t­tent de décou­vrir la face privée de la chanteuse. Ils par­ticipent à ren­dre très attachante cette femme ténébreuse qu’on aurait ten­dance à enfer­mer dans son per­son­nage pub­lic. Au tra­vers d’anec­dotes savoureuses ou émou­vantes, les deux artistes sur scène recréent la présence de la chanteuse absente. Occa­sion­nelle­ment, leurs inter­ven­tions sont pro­longées par la voix off de Bar­bara, qui vient con­firmer les traits curieux et attachants de son com­porte­ment : exigeante, excen­trique et très chaleureuse.
Par la présence de Roland Romanel­li, un des déposi­taires de l’art de Bar­bara, et de la jeune Ann’­So, témoin par­mi d’autres de l’im­pact de la chanteuse, les chan­sons passent d’une généra­tion à la suiv­ante. Les plus jeunes appren­nent ain­si à con­naître Bar­bara. La mise en scène s’af­firme pudique et chaleureuse et tire un très beau par­ti de l’élé­gance de danseuse de Ann’­So. Le décor est sobre (un piano, et une loge de chanteuse en arrière plan). Le dépouille­ment visuel du spec­ta­cle ren­force la présence des deux pro­tag­o­nistes, eux-mêmes con­cen­trés à ren­dre vivante la chanteuse. Les chan­sons de Bar­bara sont par­ties pour défi­er le temps, ce spec­ta­cle le prou­ve avec intel­li­gence, respect et une immense tendresse.