Londres : Road Show (Critique)

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Road-Show-Poster-London-Union-Theatre-2016

Musique & Lyrics : Stephen Sondheim
Livret : John Weidman
Orches­tra­tions : Jonathan Tunick
Mise en scène : Phil Will­mott Company

Notre avis : Après la pre­mière pro­duc­tion lon­doni­enne à la Menier Choco­late Fac­to­ry en 2011, le Union The­atre offre une nou­velle occa­sion de voir Road Show. C’est l’œu­vre la plus récente et la moins con­nue de Sond­heim, mal­menée par les cri­tiques à sa sor­tie et réécrite plusieurs fois sous dif­férents titres : Gold!, Wise Guys et Bounce (joué Off Broad­way en 2003) avant cette ver­sion défini­tive en un acte. Cette pro­duc­tion en mode « fringe » lui fait un par­fait honneur.

Côté jardin, il y a une machine à écrire antique et des cadavres de bouteilles Jack Daniels sur un bureau de tra­vail ; une table ronde crée une atmo­sphère de bar côté cour. Un large miroir sans tain cou­vre entière­ment le loin­tain, der­rière lequel les acteurs peu­vent évoluer sous un puits de lumière de façon un peu fan­toma­tique, une per­spec­tive orig­i­nale comme un tableau vivant. La mise en scène utilise à plein ce décor fru­gal pour men­er le pub­lic dans l’histoire rocam­bo­lesque de deux frères insé­para­bles que tout oppose, par­tis à l’aventure faire for­tune sur l’in­sis­tance du père mourant. L’un court les tripots et les femmes, l’autre cherche un sens à sa vie – et, de façon impromptue, un homme. Mis­ant sur la ruée vers l’or en Alas­ka du début du siè­cle dernier puis la spécu­la­tion fon­cière en Floride, le frère insa­tiable entraîne irrémé­di­a­ble­ment son alter ego dans sa chute.

On recon­naît le pes­simisme forcené de Sond­heim sur la nature humaine et les issues fatales. Le show est néan­moins aus­si drôle qu’il peut l’être pour une spi­rale dépres­sive et enchaîne des tableaux vivaces et ten­dres. Une nar­ra­tion fournie, presque chan­tée de bout en bout, sonne juste dans le fond et la forme. La musique, bien que sophis­tiquée, regorge de mélodies entê­tantes. Le tout porte la mar­que de fab­rique de Sondheim.

Comme tou­jours à Lon­dres, la troupe d’une quin­zaine d’acteurs fait des mer­veilles sur la petite scène du Union The­atre. Men­tion spé­ciale pour le jeune Cana­di­en Joshua LeClair qui cam­pait déjà un sym­pa­thique Las­z­lo dans She Loves Me au Lan­dor The­atre l’an dernier. Dans le rôle sec­ondaire de l’amant idéal­iste, son physique de gringalet dégageant une voix de sten­tor le dis­tingue assurément.