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L’Ombre d’un géant

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Paroles et musique de François Valéry.
Dia­logues de Thier­ry Sforza.
Mise en scène de Odile Bastien.
Décor de Char­lie Mangel.
Avec Sophie Del­mas, Han­na H, Jonathan Kerr, Bruno Des­planche, Kwin, Rose Lau­rens, Philippe Lof­fre­do, Frédéric Fontan.

La créa­tion d’une nou­velle comédie musi­cale à Paris mérite tou­jours d’être saluée. De L’Om­bre d’un géant, on con­nais­sait déjà les affich­es qui n’ont pu échap­per à per­son­ne, le CD pas très con­va­in­cant et des rumeurs lais­sant augur­er du pire. C’est avec une grande curiosité et, autant le dire, un a pri­ori pas très favor­able que nous avons vu le spectacle.
Si L’om­bre d’un géant cumule beau­coup d’im­per­fec­tions et de mal­adress­es, il y a aus­si de bonnes choses dans cette pro­duc­tion. Con­traire­ment aux Pla­m­on­don, Obis­po et Pres­gur­vic, François Valéry a au moins le mérite d’avoir voulu faire une vraie comédie musi­cale (qui n’ou­blie pas l’aspect comédie) et ne s’est pas con­tenté d’adapter en chan­sons un grand clas­sique de la lit­téra­ture dont l’his­toire est déjà con­nue de tous. Ces bonnes inten­tions de départ méri­tent d’être soulignées. Il y a bien une his­toire mais hélas, la sonori­sa­tion est telle­ment exécrable, la musique telle­ment forte, qu’on a bien du mal à la suiv­re tant une grande par­tie du texte nous arrive sous forme de bouil­lie. D’autre part, les dia­logues (quand on arrive à les com­pren­dre) parais­sent sou­vent sor­tir tout droit d’une sit­com pour ados style Hélène et les garçons ou Sous le soleil. Pour­tant quelques scènes trop rares ne sont pas dénuées de force et d’é­mo­tion mais elles ne sont pas assez dévelop­pées, on passe trop vite d’une scène à l’autre, on n’a pas le temps de ren­tr­er dans l’his­toire. Quant aux paroles des chan­sons, elles sont assez iné­gales. Cer­taines ont un vrai sens et appor­tent quelque chose à la com­préhen­sion de l’his­toire et des per­son­nages. En revanche, d’autres sem­blent tomber comme un cheveu sur la soupe avec des refrains répétés à l’in­fi­ni. Mièvres et siru­peuses, elles n’ont que peu d’in­térêt mais ne sont pas pires que ce qu’on a pu enten­dre dans cer­taines pro­duc­tions récentes. Les musiques de François Valéry son­nent évidem­ment très « var­iétés », cer­taines ne sont pas sans faire penser à des airs de Star­ma­nia et Notre Dame de Paris entre autres, mais il y a des mélodies plutôt plaisantes qui col­lent en général bien à la sit­u­a­tion et à la per­son­nal­ité des pro­tag­o­nistes. Les per­son­nages prin­ci­paux ne man­quent pas d’in­térêt même si les traits sont par­fois exces­sifs et proches de la car­i­ca­ture avec son lot de clichés comme ce vilain méchant pro­duc­teur pour­ri drogué per­vers du show­biz qui abuse des jeunes filles naïves qui veu­lent être « stars ». Du fait de la trop grande rapid­ité des scènes, les rela­tions entre eux man­quent de pro­fondeur, voire même de crédi­bil­ité. Heureuse­ment, ils sont pour la plu­part bien inter­prétés car, une fois n’est pas cou­tume dans les comédies musi­cales « à la française », François Valéry a vis­i­ble­ment choisi des artistes sachant jouer la comédie (sauf pour les petits rôles joués par des danseurs pas très à l’aise en comédie). Même s’il en fait un peu trop, Jonathan Kerr donne toute sa dimen­sion et sa puis­sance à son per­son­nage d’odieux pro­duc­teur sans foi ni loi. Alors qu’il n’a pas un per­son­nage facile à jouer, Bruno Des­planche, dont c’est le pre­mier grand rôle, s’en tire très hon­or­able­ment, il parvient à dégager une vraie émo­tion, c’est aus­si un très bon chanteur. De manière générale, la qual­ité des voix est cer­taine­ment le point fort de ce spec­ta­cle. Sophie Del­mas, Han­na H et l’im­pres­sion­nante Kwin nous offrent trois belles voix féminines très dif­férentes et sont bien dans leur per­son­nage. Quant à l’héroïne du spec­ta­cle qui fait là son grand retour, Rose Lau­rens, elle est par­ti­c­ulière­ment touchante et émou­vante dans son rôle de ten­an­cière de Piano-Bar, brisée par le show biz et por­teuse d’un lourd secret. On retrou­ve avec plaisir celle qui fut la pre­mière Fan­tine dans Les Mis­érables de Schön­berg et Bou­blil. Et dire qu’elle se fait traiter de Madame Thé­nardier dans le spec­ta­cle, c’est un comble !
Mal­gré des efforts louables, on sent que la choré­graphe Odile Bastien, qui signe la mise en scène, n’a pas l’habi­tude de diriger des comé­di­ens. C’est vrai aus­si qu’elle a du com­pos­er avec un livret pas évi­dent à met­tre en valeur. Quant à ses choré­gra­phies exé­cutées par de bons danseurs, elles ne man­quent pas d’én­ergie mais sont un peu trop envahissantes et pas tou­jours justifiées.

Si la matière est là pour faire une bonne comédie musi­cale, trop d’im­per­fec­tions nous lais­sent un goût d’i­nachevé. Il n’en reste pas moins qu’on ressent une vraie sincérité dans le tra­vail des artistes mais aus­si de François Valéry qui a, sem­ble-t-il, mis beau­coup de lui-même dans ce spec­ta­cle. L’his­toire de Jo, le pianiste de Piano-Bar, c’est un peu la sienne. La meilleure des volon­tés ne suf­fit pas à faire un bon spec­ta­cle mais si le résul­tat est loin d’être géant, il ne mérite pas pour autant de rester dans l’ombre.