Lola Cès, princesse du Disco

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Lola Cès dans DISCO (c) Bertrand Vacarisas
Lola Cès dans DISCO © Bertrand Vacarisas

Elle sur­git d’un couloir morte de rire, vous aperçoit et vous tombe direct dans les bras. Elle est comme ça Lola, chaleureuse, vire­voltante et tou­jours de bonne humeur. «Désolé, c’est un peu la course aujourd’hui» s’excuse l’attachée de presse. Pas de quoi inquiéter le moins du monde la décidé­ment ultra-punchy Lola. En chaus­settes — gris­es à pois blancs, pas tout à fait dis­co mais presque — elle est imper­turbable, avec son éter­nel œil rieur et sa cool atti­tude. Il y a encore cinq ans, elle chan­tait dans les pianos-bars. Aujour­d’hui, à son act­if, une liste impres­sion­nante de spec­ta­cles : Le Sol­dat Rose, Cen­drillon, Sis­ter Act, Hair­spray, Dracula…

Alors com­ment en est-elle arrivée là ? «J’ai eu sim­ple­ment beau­coup de chance… Je me pro­dui­sais en effet dans des petits pianos-bars lorsque Le Sol­dat Rose m’est tombé dessus, com­plète­ment par hasard. J’ai alors décidé de pren­dre des cours de théâtre, d’improvisation, même des cours de clown ! Ensuite, les spec­ta­cles se sont suc­cédé : Cen­drillon à Mogador, Les Mal­heurs de Sophie, Hair­spray au Casi­no de Paris, Drac­u­la au Palais des Sports, et enfin Sis­ter Act. » Bref, il est désor­mais loin le temps où Lola trou­vait le théâtre musi­cal un peu ringard : « Oh oui, j’ai large­ment épousé la cause depuis ! Je suis même défini­tive­ment tombée amoureuse de cette dis­ci­pline for­mi­da­ble qui per­met autant de jouer la comédie que de chanter, tout ce que j’aime !»

Et la voilà star de D.I.S.C.O. qui car­tonne depuis trois semaines aux Folies Bergère : « Je savais que le pro­jet se mon­tait. J’ai donc passé le cast­ing. J’ai décidé de chanter ‘Le mal aimé’ de Claude François dans une ver­sion gui­tare élec­trique-voix et ‘Some­body Else’s Guy’ de Joce­lyn Brown. Man­i­feste­ment, ce choix a plu. A l’issue du troisième tour d’audition, Stéphane Jarny m’a appelé en me dis­ant : ‘Je t’ai choisi, es-tu ok pour me choisir aus­si ?’ J’ai évidem­ment répon­du oui ! Et c’est un vrai bonheur ! » 

Un bon­heur dont elle est l’héroïne tous les soirs, mais qui ne va pas sans une cer­taine pres­sion :« Bien sûr que se retrou­ver rôle  prin­ci­pal cela fait peur ! D’autant que ce rôle est super joli. Non seule­ment c’est un vrai défi vocal, mais pour moi c’est un véri­ta­ble bas­cule­ment : j’incarne un vrai per­son­nage de femme avec tout ce que cela implique en jeu ou en sen­su­al­ité. A l’origine, le Dis­co est tout de même une musique ultra sen­suelle et hyper fémi­nine. Je suis à des années-lumière de sœur Marie-Patrick, la nonne de Sis­ter Act ! D’ailleurs je me suis remis à porter des robes et des talons ! Il y avait aus­si l’angoisse du pub­lic : est-ce qu’il va jouer le jeu, notam­ment lors de la leçon de dis­co ? Eh bien oui, tous les soirs la salle se lève !»

Flo Mal­ley passe une tête à tra­vers la porte. Ces deux-là s’entendent comme lar­rons en foire, ça ne fait aucun doute. Ils parta­gent plus que l’affiche de D.I.S.C.O. Le tal­ent et une vraie ami­tié née lors de l’audition : « C’est avec Flo que j’ai joué la scène de comédie. C’était la pre­mière fois que l’on tra­vail­lait ensem­ble. Après les répliques, nous avons chan­té, nos voix matchaient bien. C’était par­ti pour l’aventure ! » Une aven­ture pour le moins physique : « En couliss­es, c’est une véri­ta­ble course. J’ai sept tenues dif­férentes. Sitôt der­rière le rideau tout est min­uté, je pense que je ne peux pas me pos­er plus de 40 sec­on­des… Et sur scène, cela demande un vrai investisse­ment… Les chants, les dans­es, les choré­gra­phies, la troupe ne s’économise pas ! Mon avan­tage c’est que je sor­tais juste de Sis­ter Act donc j’étais bien échauf­fée lorsque les répéti­tions de D.I.S.C.O. ont démar­ré fin aout. » Un mois et demi d’entrainement inten­sif pour aboutir au résul­tat que l’on sait : un grand show musical.

Mais D.I.S.C.O. offre aus­si quelques bal­lades : « Oui, ce sont de superbes moments et autant de raisons pour lesquelles j’avais vrai­ment envie de jouer le rôle de Lucie. Aupar­a­vant, je cam­pais surtout des per­son­nages rigo­los, fes­tifs ou même com­plète­ment imag­i­naires car sor­tis de con­tes de fée. Avec D.I.S.C.O., j’ai com­pris que le met­teur en scène Stéphane Jarny avait la volon­té d’apporter à l’héroïne une vraie sen­si­bil­ité. Mon inter­pré­ta­tion du ‘Mal aimé’ lors du cast­ing a répon­du à cette attente. Je crois même qu’elle a sus­cité chez lui l’envie de creuser cet aspect-là de Lucie. Nous en avons beau­coup par­lé ensem­ble. Je suis vrai­ment très heureuse que mon pre­mier titre sur scène soit ‘Une femme avec toi’… D’un seul coup, le pub­lic cerne le per­son­nage. On le décou­vre avec sa sen­si­bil­ité et sa pro­fondeur. C’est un moment cap­i­tal du spec­ta­cle. Pour moi, c’est pri­mor­dial que le pub­lic s’attache à Lucie, sinon tous ses déboires et les péripéties per­dent de leurs charmes… Quant au ‘Sud’, c’est une chan­son  très émou­vante pour moi qui suis d’origine Corse… J’y mets tout mon cœur. » Lola com­mence à fre­donner. On voit du linge éten­du sur la ter­rasse. Et c’est joli.

Une respon­s­able de la pro­duc­tion frappe : le temps presse. Direc­tion le maquil­lage. D’ailleurs com­ment Lola gère-t-elle cette pro­mo ? « Ça me parait nor­mal, cela fait par­tie aus­si du job ! En plus, je suis une papo­teuse, donc je n’ai pas trop à me forcer. Et puis, j’avais déjà con­nu un peu cela lors de Hair­spray, même si c’était une pro­duc­tion plus petite. » 
Hair­spray encore et tou­jours : « J’ai vrai­ment adoré joué Tra­cy. C’était un souhait que j’avais depuis longtemps. C’est peut-être le rôle auquel je tiens le plus dans le monde des comédies musi­cales. Il faut dire qu’il n’y a pas énor­mé­ment de per­son­nages féminins que je puisse incar­n­er, je sais très bien que je n’ai pas le pro­fil pour jouer une princesse ! »
Der­rière la bonne humeur se cache pour­tant une vraie bosseuse qui voit ses efforts récom­pen­sés : depuis cinq ans elle n’a jamais ter­miné un con­trat sans en voir un autre démar­rer. « Pas de mys­tère, c’est du boulot. Comme je suis une pas­sion­née, je ne fais jamais les choses à moitié. Mes débuts en danse par exem­ple étaient cat­a­strophiques, j’ai heureuse­ment fait des pro­grès depuis!» 

La maquilleuse attaque les faux cils, on attaque les pro­jets : « Mon pro­jet d’un groupe de filles, Les Coquettes, avec Marie Facun­do (vue dans Salut les Copains) et Juli­ette Fau­con devrait voir le jour en 2014. D’ici là, mi-novem­bre, sor­ti­ra mon pre­mier clip en solo: ‘Love again’. C’est un titre très pop –musique que j’adore- que j’ai co-écrit avec Nico­las Nebot, adap­ta­teur en France de Mam­ma Mia, Sis­ter Act… Pour le reste, je prof­ite pleine­ment de D.I.S.C.O., ce qui ne m’empêche de con­tin­uer à aller de temps en temps pouss­er la chan­son­nette dans des clubs de jazz!»

L’attachée de presse appa­rait dans l’embrasure de la porte. Allez une dernière ques­tion : Et si, comme Lucie, elle rem­por­tait elle aus­si 1 mil­lion d’euros ? Lola se redresse: « J’achèterais deux maisons : une pour mes par­ents et une pour moi. Et je mon­terais une mai­son de pro­duc­tion pour fil­er un coup de main à mes amis musi­ciens car c’est un milieu très dur. Ce serait for­mi­da­ble d’avoir un théâtre ou un endroit pour accueil­lir des con­certs et aider la créa­tion. Finale­ment c’est ce qui nous ani­me et ce que l’on préfère. »    Et Lola repart dans un sourire. Pétil­lante. Elle est comme ça Lola !