Liza Pastor, amoureuse de l’homme derrière le masque

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Liza Pastor (c)Storybox Photo - Stéphane Ruet
Liza Pas­tor ©Sto­ry­box Pho­to — Stéphane Ruet

Liza Pas­tor, quelle for­ma­tion artis­tique avez-vous suivie ?
Je n’ai pas vrai­ment suivi de for­ma­tion. J’ai pris des cours de danse dès l’âge de six ans — clas­sique, con­tem­po­rain, jazz — mais c’était juste un loisir. Comme j’ai aus­si tou­jours aimé chanter, j’ai com­mencé à faire des con­cours de chant à dix ans. C’est d’ailleurs en par­tic­i­pant à un con­cours de chant dans le sud que j’ai été repérée et qu’on m’a dit que Glem [NDLR : société de pro­duc­tion de Gérard Lou­vin] recher­chait des jeunes filles pour deux spec­ta­cles musi­caux en pré­pa­ra­tion : Les Demoi­selles de Rochefort et Belles, Belles, Belles. J’ai envoyé à tout hasard une démo et une let­tre de moti­va­tion. Après plusieurs audi­tions, j’ai été prise pour Belles, Belles, Belles. J’ai signé mon con­trat en mars et passé mon bac en juin !

Quels sou­venirs gardez-vous de Belles, Belles, Belles ?
J’ai adoré cette pre­mière expéri­ence, je n’avais que 18 ans. J’arrivais par­mi des artistes expéri­men­tés alors que moi, je ne con­nais­sais rien. J’étais le bébé de la troupe. J’ai beau­coup appris à leurs côtés. Jouer tous les soirs devant un pub­lic un spec­ta­cle pop­u­laire avec des chan­sons de Claude François, en plus à l’Olympia, c’était génial. Je ne pen­sais pas que ça demandait tant de tra­vail. Peut-être que le plus dif­fi­cile pour moi, qui venais de Mont­pel­li­er, a été de per­dre mon accent du sud ; Red­ha [NDLR : le choré­graphe et met­teur en scène] y tenait beaucoup !

Pen­dant les cinq années qui ont suivi, on ne vous a pas vue dans des spec­ta­cles musicaux…
Je n’ai passé aucune audi­tion pour les pro­jets qui se mon­taient à l’époque, je ne les sen­tais pas. J’ai signé avec Gérard Lou­vin et AZ Uni­ver­sal pour un album. J’ai ren­con­tré plein d’auteurs et de com­pos­i­teurs. Tout allait dans des direc­tions qui man­quaient de cohérence et qui ne me cor­re­spondaient pas. C’était très for­maté. Ça a duré deux ans pour qu’à l’arrivée, il n’y ait rien. Là, je me suis dit qu’il fal­lait que je réagisse si je voulais vivre de ce méti­er. J’ai fait du cabaret, en par­ti­c­uli­er le Don Camil­lo où je chan­tais une demi-heure des stan­dards, accom­pa­g­née à la gui­tare. C’est une bonne école pour la scène, il faut aller chercher les gens, les intéress­er, leur par­ler, faire de l’humour. Je me suis remise à pass­er des audi­tions pour Grease, la pro­duc­tion qui devait être mise en scène par Jean-Luc Revol. J’ai été prise pour le rôle de Sandy. Et puis finale­ment, il y a eu un prob­lème au niveau de la pro­duc­tion qui a été reprise par Serge Tapier­man et une nou­velle équipe. Sans même me voir, on m’a pro­posé de rester sur le pro­jet mais cette fois sim­ple­ment comme dou­blure Sandy. J’étais écœurée. Heureuse­ment, ensuite, il y a eu Hair qui m’a remise dans le bain des musicals.

Vis­i­ble­ment, vous avez pris beau­coup de plaisir sur Hair
J’ai revécu l’envie d’être ensem­ble, de partager. J’ai com­mencé à pren­dre du plaisir à jouer la comédie, ce qui ne m’était pas arrivé sur Belles, Belles, Belles où j’avais un rôle de pépette blonde pas évi­dent à assumer. J’étais entourée de Lau­rent Ban, Fabi­an Richard, Antoine Lelandais qui sont de vrais comé­di­ens-chanteurs. Ca fait du bien, on a envie d’avancer, d’être à la hau­teur. J’ai com­plète­ment adhéré au par­ti pris de Ned Gru­jic, le met­teur en scène, qui a partagé le pub­lic entre ceux qui ado­raient et ceux qui détes­taient. On était vrai­ment une vraie tribu entre nous comme dans le spectacle.

Et vous voilà main­tenant sur Zor­ro le musi­cal
Ça a fail­li ne pas se faire. J’avais envoyé mon CV mais quand Stage m’a appelée pour la pre­mière audi­tion, je n’y suis pas allée, pen­sant que c‘était per­du d’a­vance. Ils cher­chaient une brune typée méditer­ranéenne, la voix très lyrique d’Emma Williams [NDRL : la Luisa de Lon­dres] n’avait rien à voir avec la mienne. C’est la pre­mière fois que je pas­sais une audi­tion pour Stage, je n’avais pas envie d’arriver en ne cor­re­spon­dant pas du tout à ce qu’ils recher­chaient. Tous mes parte­naires de Hair pas­saient les audi­tions pour Zor­ro et me pous­saient à y aller. Stage m’a rap­pelée un mois après car ils n’avaient tou­jours pas trou­vé les deux rôles féminins. Cette fois-ci, j’y suis allée, et au bout de qua­tre audi­tions j’ai eu le rôle de Luisa.

Et vous avez retrou­vé Lau­rent Ban (Diego/Zorro) qui était déjà votre parte­naire sur Hair
A la dernière audi­tion, Lau­rent et moi nous sommes passés ensem­ble. C’est vrai que c’était beau­coup plus facile pour nous : on se con­nais­sait bien, on venait de jouer ensem­ble. Quand on a su qu’on allait pass­er ensem­ble, la semaine précé­dente, on a répété tous les matins à huit heures au Théâtre Le Tri­anon où nous venions de jouer Hair ! On tra­vail­lait le fla­men­co sur le par­quet. Nous avions même pris deux cours ensem­ble en prévi­sion. Ash­ley, la direc­trice de cast­ing de Stage, était venue nous voir dans Hair et avait adoré l’énergie que nous déga­gions tous les deux et notre com­plic­ité. Elle l’avait dit à Christo­pher Ren­shaw, le met­teur en scène. Je pense que ça nous a bien aidés.

Etiez-vous sen­si­ble à la musique des Gyp­sy Kings ?
Oui. Je suis du sud et d’origine espag­nole par mon père, même si ça ne se voit pas beau­coup ! J’ai gran­di avec ce style de musique. Je n’ai pas eu peur que ce soit ringard mais j’ai eu peur que les gens le pensent. Et c’est vrai qu’il y en a beau­coup qui ont un a pri­ori, pen­sant que Zor­ro est juste un enchaîne­ment de chan­sons des Gyp­sy Kings alors que ce n’est pas le cas. La pro­mo­tion a été ori­en­tée sur « Bam­boléo » et « Baila me », ça peut se com­pren­dre mais c’est un peu réduc­teur par rap­port à la réal­ité du spectacle.

Par rap­port à vos précé­dentes expéri­ences, avez-vous noté des dif­férences impor­tantes dans la façon de travailler ?
Une rigueur à tous les niveaux, surtout pour les horaires. A l’Académie Fratelli­ni où nous répé­tions, il y avait trois salles, une con­sacrée à la danse, une à la mise en scène générale et une où on tra­vail­lait la comédie et les chan­sons. Pour chaque salle, il y avait un plan­ning demi-heure par demi-heure, à la minute près. Grâce à cette rigueur, nous avons pu mon­ter le spec­ta­cle en un mois. Même encore main­tenant, aucun retard n’est toléré. Par exem­ple, quand les garçons sont en retard au fight call (répéti­tion quo­ti­di­enne des com­bats avant le spec­ta­cle), ils ne jouent pas dans les com­bats le soir, c’est trop dan­gereux. Une telle rigueur est assez rare dans ce méti­er artis­tique, du moins en France. Moi j’aime ça.

Zor­ro fait la part belle aux scènes de comédie. Etait-ce un aspect que vous appréhendiez ?
Oui, j’appréhendais, surtout parce que je savais que j’allais jouer avec de vrais comé­di­ens de théâtre comme Georges Beller, Yan Duf­fas et Benoit de Gaule­jac. Lors de la pre­mière lec­ture devant toute la troupe et la pro­duc­tion, je trem­blais comme une feuille, je crois que j’ai plus stressé qu’aux audi­tions et qu’à la pre­mière. Moi qui n’avais jamais fait de lec­ture, c’était un enfer. Et puis, quand j’ai vu qu’apparemment je m’en étais bien tirée, ça m’a ras­surée, j’ai repris con­fi­ance. Petit à petit, je me suis sen­tie de plus en plus à l’aise. Quand on a com­mencé les représen­ta­tions, Frédéric Bap­tiste [NDRL : le met­teur en scène rési­dent] m’a beau­coup aidée à affin­er mon jeu, à trou­ver des subtilités.

Par­lez-nous de votre per­son­nage de Luisa, si naïve, si romantique…
C’est une jeune femme naïve mais qui a quand même du car­ac­tère, de la force et un cer­tain courage. C’est la pre­mière fois qu’elle tombe amoureuse de quelqu’un, qu’elle fan­tasme sur quelqu’un, qu’elle est déçue par quelqu’un, c’est la pre­mière fois pour tout pour elle. Du coup, elle apprend à grandir, à devenir une femme tout en restant fraîche et naïve. Je voulais surtout arriv­er à être sincère parce que Luisa est com­plète­ment au pre­mier degré. Si elle, elle n’y croit pas, per­son­ne n’y croit et tout le monde rit dans la salle. Ce n’était pas évi­dent. Ne pas être trop dans le mélo mais quand même un peu. Finale­ment, je pense y être arrivée, ça m’a même étonnée.

Liza Pastor dans Zorro le musical (c)Brinkhoff / Mögenburg © 2009 ZLL
Liza Pas­tor dans Zor­ro le musi­cal ©Brinkhoff / Mögen­burg © 2009 ZLL

Quel est votre moment préféré dans le spectacle ?
J’adore la scène où je chante « L’homme der­rière le masque ». Je trou­ve cette chan­son mag­nifique. Rien que pour la chanter, j’étais heureuse de pass­er les audi­tions. C’est un moment qui me tétanise de peur. Si je me plante sur cette chan­son, Luisa ne va pas exis­ter. Quand je suis en couliss­es et que je viens de me pré­par­er pour la scène, il n’y a plus per­son­ne qui me par­le, je suis déjà dans la con­cen­tra­tion et l’émotion de la scène. J’adore ce moment intense et assez mag­ique. Je suis seule en avant-scène, je ne vois pas les gens, je ne vois rien.

Auriez-vous une ou deux anec­dotes à nous raconter ?
Dans la scène de la salle de bains, je suis dans la baig­noire, nue, juste avec une culotte chair. Je prends la servi­ette, je vais der­rière le par­avent et der­rière ce par­avent, il y a un peignoir blanc et je m’habille avec un petit gilet et un panty que Zor­ro me tend avec son épée. Lors d’une représen­ta­tion, je mets ma servi­ette et là je me rends compte qu’il n’y a ni panty, ni peignoir, ni gilet ! Panique totale. J’ai dû jouer toute la scène et chanter la chan­son « La terre était brûlante » juste avec la servi­ette de bain sur moi !
Lors de l’affrontement final dans l’église, Ramon (Yan Duf­fas) prend un pied de tabouret pour frap­per Diego et le jette après, mais le bâton atter­rit n’importe où sur la scène. Depuis un cer­tain temps, il est tou­jours sur mon chemin quand je ren­tre pour retrou­ver Diego. La pre­mière fois que ça s’est passé, je l’avais pour­tant vu, j’avance pour pren­dre la main de Diego et l’embrasser et bien sûr je marche sur le bâton, je trébuche et si Lau­rent n’avait pas été là, je m’étalais !

Diriez-vous que Zor­ro vous fait gag­n­er en maturité ?
Absol­u­ment, Zor­ro me fait avancer à la puis­sance dix, à tous les niveaux. Le spec­ta­cle est telle­ment riche qu’il demande beau­coup. Le rôle est assez chargé, il faut aller chercher des choses au fond de soi. Cela me fait grandir, mûrir. Dans le jeu, ça m’a per­mis d’évoluer aus­si, de pren­dre plus con­fi­ance, d’oser plus, de moins com­plex­er sur le fait que je ne suis pas comé­di­enne parce que je n’ai pas pris de cours de théâtre. Et humaine­ment, c’est une super troupe. J’ai com­pris main­tenant que ce qui me fait vibr­er et me rend heureuse, c’est vrai­ment de jouer avec une troupe, d’être entourée de gens sincères avec qui on défend le même spec­ta­cle dans une belle énergie communicative.

Après une telle aven­ture, com­ment envis­agez-vous l’avenir ?
Avec Zor­ro, j’ai vrai­ment pris goût à la comédie. A la ren­trée, je vais pren­dre des cours de théâtre pour me per­fec­tion­ner. J’aime chanter au-delà de tout mais je ne serais pas frus­trée de ne pas chanter si on me pro­po­sait de jouer seule­ment la comédie sur un pro­jet. Mais là, ce serait un autre chal­lenge pour moi !