Lionel Bart 1930 — 1999 — Un autodidacte de génie

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A une époque où les Bea­t­les finis­saient l’ap­pren­tis­sage de leur méti­er et allaient révo­lu­tion­ner la musique, un autre anglais, Lionel Bart, élab­o­rait un spec­ta­cle plus tra­di­tion­nel des­tiné au théâtre musi­cal : Oliv­er ! Auto­di­dacte com­plet, il avait écrit quelques chan­sons à la mode avant de s’at­ta­quer au roman Les aven­tures d’O­liv­er Twist de Charles Dick­ens, l’his­toire d’un jeune orphe­lin qui apprend à sur­vivre dans les bas-fonds du Lon­dres du XIXe siè­cle. Bart écriv­it seul le livret, les paroles des chan­sons et même la musique ! Après avoir essuyé quelques refus de la part de pro­duc­teurs finale­ment peu inspirés, il parvient à le faire jouer en 1960. C’est un tri­om­phe qui va dur­er le temps de 2 618 représen­ta­tions ! A une époque où le théâtre musi­cal anglais était au plus mal, ce suc­cès augure de son renouveau.

Trois ans plus tard, précédé de sa flat­teuse répu­ta­tion, Oliv­er ! fran­chit l’At­lan­tique pour Broad­way où il con­naît le même accueil ent­hou­si­aste, précé­dant de peu, là aus­si, une autre expor­ta­tion anglaise : les Beatles !

Après ces deux suc­cès enreg­istrés dans les deux cap­i­tales du théâtre musi­cal, Lionel Bart a le plaisir de voir Oliv­er ! con­sacré par Hol­ly­wood. Réal­isé par Car­ol Reed, le film sort en 1968 et rafle 6 Oscars dont celui du meilleur film.

Dans la foulée de Oliv­er !, d’autres spec­ta­cles bri­tan­niques parvi­en­nent par inter­mit­tence à un suc­cès com­pa­ra­bles (Half a Six­pence de David Henek­er en 1965). Mais la défer­lante anglaise vien­dra surtout dans les années 70–80 avec les spec­ta­cles de Andrew Lloyd Web­ber (Jesus Christ Super­star, Evi­ta, Cats, Phan­tom Of The Opera) et Bou­blil /Schönberg (Les Mis­érables, Miss Saigon). Ces auteurs con­firmeront la dette dont ils sont redev­ables vis à vis du précurseur Lionel Bart.

La posi­tion his­torique de Lionel Bart dans le développe­ment du théâtre musi­cal anglais sem­ble bien acquise. Hélas, sa posi­tion artis­tique est tou­jours restée pré­caire. Il ne renou­vellera jamais son suc­cès ini­tial. La suite de sa car­rière est une longue suite pathé­tique de déboires que son accou­tu­mance à des sub­stances pro­hibées n’arrange pas. Pour financer ses pro­jets, ils en vient même à ven­dre les droits sur Oliv­er !. Mais les obscurs Blitz (1962), Mag­gie Day, Twang ! et La Stra­da (d’après le film de Felli­ni) ne ren­con­trent que l’indifférence.

Lionel Bart a con­nu il y a peu un retour en grâce lorsque le grand pro­duc­teur anglais Cameron Mack­in­stosh a décidé la reprise grandiose de Oliv­er ! sur la scène lon­doni­enne pour un suc­cès reten­tis­sant. Au moment où l’auteur/compositeur remis en selle espérait à nou­veau con­quérir la scène nord-améri­caine, il est mort, emporté par un can­cer, le 4 avril 1999 à l’âge de 68 ans.

« Lionel est le père du théâtre musi­cal anglais mod­erne. J’es­time que son génie n’a jamais été recon­nu à sa juste valeur par l’estab­lish­ment bri­tan­nique » déclare Sir Andrew Lloyd Web­ber à l’oc­ca­sion de la dis­pari­tion de Lionel Bart.

Pour en savoir plus :
Oliv­er ! (reprise de 1995): enreg­istrement du spec­ta­cle de Lon­dres pro­duit par Cameron Mack­in­tosh, avec Jonathan Pryce.

Oliv­er ! (le film de 1968): réal­isé par Car­ol Reed, inter­prété par Ron Moody, Oliv­er Reed, Har­ry Sec­ombe, Shani Wal­lid, Mark Lester. Choré­gra­phie de Onna White. Disponible en VO sous titrée chez Gaumont-Columbia-Tristar.