Liliane Montevecchi — Sillonnant le globe, Liliane Montevecchi fait une halte à Londres début février pour Follies

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Liliane Montevecchi © Rémy Batteault
Lil­iane Mon­tevec­chi © Rémy Batteault

Par­lez-nous de votre pre­mier con­tact avec Fol­lies.
C’é­tait l’époque de Nine, spec­ta­cle dans lequel j’in­ter­pré­tais le rôle de Lil­iane La Fleur, une pro­duc­trice énergique. On est venu me pro­pos­er cette représen­ta­tion de Fol­lies au Lin­coln Cen­ter. Imag­inez-vous : être au milieu de ces grandes stars de Broad­way, avec l’Orchestre Phil­har­monique de New York… Impos­si­ble de refuser ! Nous avons répété plusieurs semaines. Je me sou­viens que Stephen Sond­heim était présent à chaque ses­sion, tou­jours très métic­uleux. Evidem­ment il me dis­ait que je chan­tais comme une patate et n’ar­rê­tait pas de répéter : « de la dic­tion, du rythme ! ». J’ai souf­fert mais en même temps c’é­tait telle­ment drôle.
Je me sou­viens surtout que j’é­tais morte de trac. Le jour J j’avais telle­ment les chocottes que j’avais inscrit sur ma main les paroles de la chan­son que j’in­ter­pré­tais : « Ah Paree ! ». Mais mon taux d’adré­naline était tel que j’ai tran­spiré et que l’en­cre a coulé : l’hor­reur ! D’ailleurs je crois qu’on voit mon embar­ras sur la vidéo du con­cert : pen­dant que je chante, j’é­tends les bras et je jette des regards désem­parés vers ma main droite puis vers ma main gauche, comme si c’é­tait un par­ti pris de mise en scène.

Vous êtes rede­v­enue Solange Laf­fite quelques années plus tard ?
Tout à fait. Nous étions en 1998 lorsque j’ai de nou­veau inté­gré la troupe de Fol­lies au Paper­mill Play­house. Mon trac ne m’a pas lâché. Nous avons joué pen­dant trois mois, c’é­tait chaque soir la panique. D’ailleurs lors d’une représen­ta­tion, j’ar­rive sur scène et… le blanc total. Je ne sais plus ce que j’ai fait : « lalala » ou quelque chose d’ap­prochant. Ce dont je me sou­viens c’est que j’ai cru avoir une attaque car­diaque en règle ! C’est très dif­fi­cile de par­ticiper à un spec­ta­cle où vous n’avez qu’un seul pas­sage : tout miser sur une seule chan­son, voilà un vrai pari. D’ailleurs en évo­quant tout cela je com­mence à avoir la pétoche pour Lon­dres : vous n’au­riez pas les paroles de la chan­son avec vous (rire) ?

Finale­ment, quel est le sou­venir le plus marquant ?
Je me sou­viendrai toute ma vie de Fol­lies au Lin­coln Cen­ter. Il est très dif­fi­cile d’imag­in­er ce que cela peut représen­ter, le pub­lic hurlait dès l’ou­ver­ture, avec cette musique superbe, une émo­tion qui emporte tout. Des moments aus­si intens­es et excep­tion­nels, on en vit rarement. Avec Car­ol Bur­nett, qui inter­pré­tait Car­lot­ta Cam­pi­on, la superbe Lee Remick que j’ado­rais, on s’est bien amusées. Bar­bara Cook était boulever­sante dans son inter­pré­ta­tion de « Los­ing my mind ». Et Elaine Stritch : elle était beur­rée en per­ma­nence. Elle se pointait avec un ther­mos rem­pli soit-dis­ant de thé. En fait, c’é­tait de la vod­ka et plus la journée avançait, plus elle était pom­pette. Elle met­tait des chemis­es d’hommes cour­tes pour qu’on voit ses jambes qu’elle avait très jolies je dois dire… Et quel charisme : elle cas­sait la baraque avec « Broad­way Baby » !
Stephen Sond­heim, dont j’adore le tra­vail, est quelqu’un de très dis­tant. Il est très par­ti­c­uli­er et par­fois glaçant. Ses oeu­vres sont très dif­fi­ciles à chanter, il n’hésite pas à met­tre une parole sur chaque note, quel culot (rires). D’ailleurs, un jour je lui ai dit « cher Stephen, pourquoi tant de paroles pour si peu de notes ? ». Je ne suis pas cer­taine qu’il ait appré­cié ! Bernadette Peters reste son inter­prète idéale. Cette femme est extra­or­di­naire, exquise et drôle. De plus, elle colle par­faite­ment bien avec son univers. Je garde des sou­venirs très forts de ses inter­pré­ta­tions, par exem­ple dans Sun­day In The Park With George. Il l’adore et ça se sent, d’ailleurs, il me l’a dit ! Moi je suis plus à l’aise dans l’u­nivers de Jer­ry Herman.

Vous reprenez donc du ser­vice pour cette unique représen­ta­tion londonienne ?
Effec­tive­ment. Je suis ravie de retrou­ver mon met­teur en scène de The Boyfriend : Bill Deam­er, un amour. En revanche, je ne con­nais pas l’ensem­ble de la troupe, mais ce n’est pas un souci, bien au con­traire : c’est for­mi­da­ble de ren­con­tr­er de nou­velles per­son­nes. Tout comme pour la représen­ta­tion au Lin­coln Cen­ter, les répéti­tions sont nom­breuses. On ne plaisante pas avec ça. Nous sommes con­vo­qués dès le 22 jan­vi­er. Je viendrai peut-être un peu plus tard et cette fois-ci, j’u­tilis­erai une encre qui ne s’en va pas comme anti-sèche !

Quels souhaits for­mulez-vous pour 2007 ?
Je ne peux pas encore en par­ler de manière pré­cise, mais j’ador­erais que le pro­jet théâ­tral parisien prévu pour sep­tem­bre 2007 se con­cré­tise. J’ai très envie de revenir jouer ici, me pos­er un peu dans ma ville natale. Il ne s’a­gi­ra pas d’une comédie musi­cale, mais ce ne sera pas totale­ment par­lé. Enfin, je ne peux pas en dire plus pour le moment.

Com­ment définiriez-vous ces dernières années ?
Je pour­su­is mon chemin, vis­ite des lieux dif­férents, ren­con­tre de nou­veaux publics avec tou­jours autant de plaisir. Mes ren­con­tres pro­fes­sion­nelles se sont presque tou­jours faites un peu par hasard. On vient me voir dans un spec­ta­cle et on m’en­gage… Depuis qua­tre ans, je suis dans la troupe du Teatro Zin­zan­ni. J’adore ça. J’in­ter­prète le rôle de Madame Zin­zan­ni, je suis pen­dant le temps de la représen­ta­tion la maîtresse de céré­monie et celle des lieux. Autant vous dire que si des spec­ta­teurs se mon­trent trop pénibles, je les fous dehors ! C’est lors d’une représen­ta­tion que l’on m’a approchée pour venir à Franc­fort et hop, c’est par­ti : j’in­tè­gre la troupe du Tiger Palast, un cabaret très chic où je peux par­faite­ment m’é­panouir puisque j’en suis la star incon­testée (rire). J’ai vrai­ment de la chance : j’ai tou­jours tra­vail­lé, je me suis tou­jours amusée, on con­tin­ue à m’of­frir des huîtres et du cham­pagne… Je vis tou­jours dans l’ex­ci­ta­tion du lendemain.

Fol­lies sera à l’af­fiche du Lon­don Pal­la­di­um le dimanche 4 févri­er 2007. Représen­ta­tion à 19h15.
Lon­don Pal­la­di­um : Argyll Street
Télé­phone : 0870 1670002