Les vingt ans d’Orphée-Théâtre(s) par son créateur : Jean-Michel Fournereau

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Quel bilan tirez-vous de ces vingt ans ?
Je me rends compte que nous avons tra­vail­lé comme des fous ! Imag­inez : plus de 50 créa­tions , le théâtre musi­cal sous toutes ses formes, comédie musi­cale ou opéra… Par­fois d’énormes spec­ta­cles avec 70 artistes sur scène, mais aus­si de petites formes de cabaret et des spec­ta­cles de rue. Nous avons engagé des cen­taines d’artistes, co-pro­duit avec de nom­breux théâtres et com­pag­nies, obtenu, en plus des aides du départe­ment Mor­bi­han et Région Bre­tagne, des sub­ven­tions du Min­istère de la Cul­ture ou d’Arcadi Île de France. Des tournées en France et en Alle­magne (où j’ai fait ma for­ma­tion, vécu et tra­vail­lé plus de dix ans). Ce sont vingt années incroy­able­ment rich­es en ren­con­tres, émo­tions, grandes joies (et par­fois grands décourage­ments !). Au tout début, nous avions créé avec mon frère Gilles et un ami, Pierre Kechkéguian, aujourd’hui directeur du Théâtre d’Auxerre, le Fes­ti­val « Not’en bulles », qui a peut-être été le tout pre­mier fes­ti­val entière­ment dédié à toutes les formes de théâtre musi­cal, et dont vous avez par­lé généreuse­ment dans vos arti­cles : plus de 7000 spec­ta­teurs sur qua­tre jours chaque été, dans notre petite ville bre­tonne d’Auray ! Le fes­ti­val a vécu 17 ans , mené avec une énergie incroy­able par une équipe de 40 bénév­oles. Un peu plus tard, et par­al­lèle­ment au fes­ti­val, nous avons créé le Trem­plin Jeunes Tal­ents , qui a été par­rainé, entre autres, par Mar­i­anne James, Jean-Luc Revol, Alain Sur­rans, Anne Baquet, Isabelle Aboulk­er, Jérôme Pradon, Pierre Jacque­mont, Stéphan Druet, etc. Depuis trois ans, nous avons préféré arrêter le fes­ti­val (trop lourd à gér­er) pour mieux faire tourn­er nos créa­tions. Ce fut un bon choix, qui nous a , entre autres , ouvert les portes de l’Opéra de Paris !

Quelles sont les oeu­vres majeures, celles qui ont le plus comp­té et pour quelle raison ?
Gian­ni Schic­chi, un opéra de Puc­ci­ni avec mar­i­on­nettes, par exem­ple : cinq ans de pré­pa­ra­tion, des journées d’auditions, une recherche usante de parte­naires financiers… le pari fou de faire manip­uler des mar­i­on­nettes (de 70 cm à 2 mètres !) par des chanteurs d’opéra, et à l’arrivée, un spec­ta­cle accueil­li partout avec un ent­hou­si­asme fou, et donc l’Opéra de Paris ! Mais surtout, ultime récom­pense pour le met­teur en scène/directeur artis­tique que je suis : la troupe réu­nis­sait  de jeunes chanteurs que j’avais accom­pa­g­nés pour cer­tains sur plusieurs années dans notre fes­ti­val, et presque tous sont main­tenant encen­sés par les pro­fes­sion­nels et la presse , débu­tant de superbes car­rières à l’Opéra Bastille, Opéra Comique, grands fes­ti­vals inter­na­tionaux… Pour les musi­cals, notre fierté a été de mon­ter de grands spec­ta­cles (L’homme de la Man­cha, Un vio­lon sur le toit, La petite bou­tique des hor­reurs, etc.) avec tou­jours un orchestre et pas de bande son, allant, pour Anges et démons de Lau­rent Cou­son et Dorine Hol­lier, à 15 musi­ciens pour douze solistes chanteurs.

En vingt ans, la sit­u­a­tion con­cer­nant le théâtre a‑t-elle changé ?
Nous étions  des « pio­nniers », surtout en Bre­tagne. Le « théâtre musi­cal », ça ne dis­ait pas grand chose et, à part Star­ma­nia , le musi­cal n’avait pas franche­ment de suc­cès. Et puis voilà, année après année , les ini­tia­tives se sont dévelop­pées partout : Diva, Regard en Coulisse, le fes­ti­val des musi­cals à Béziers , les con­cours et trem­plins divers, le tra­vail de nom­breuses com­pag­nies , 42e rue sur France Musique, l’évolution du Châtelet délais­sant le clas­sique pour les grands suc­cès de Broad­way, l’arrivée de Stage Enter­tain­ment et le virage Roi Lion, en par­al­lèle les « gross­es machines com­mer­ciales » …  Les propo­si­tions se sont mul­ti­pliées, le pub­lic a gran­di , le terme « théâtre musi­cal » appa­raît de plus en plus dans les brochures de pro­gram­ma­tion,  Stephen Sond­heim n’est plus com­plète­ment incon­nu… et , pour beau­coup, ça con­sole de : « Aimer, c’est c’qu’il y a de plus beau ! »

Com­ment est née l’aven­ture Tri­wap et quelles sont les car­ac­téris­tiques de ce groupe ?
Jean-Michel Fournereau : Emmanuel m’a présen­té son trio il y a un peu plus d’un an, dans un fes­ti­val où ils se pro­dui­saient en con­cert. J’ai tout de suite été embal­lé par leurs chan­sons, leurs arrange­ments et le charme incroy­able qui ray­on­nait sur scène. Nous avons alors imag­iné ensem­ble de trans­former le con­cert en véri­ta­ble spec­ta­cle théâ­tral­isé. Ma com­pag­nie a porté la pro­duc­tion, je leur ai pro­posé une scéno­gra­phie et j’ai tra­vail­lé avec eux la mise en scène, leur jeu d’acteur et inclus quelques scènes de liai­son. Est né le spec­ta­cle Tri­wap : Et si on s’en mêlait ?!, présen­té tout l’été à guichets fer­més au fes­ti­val Off d’Avignon … Alors , je vous présente « mes garçons » et les laisse répon­dre ! Voici « le grand blond », Emmanuel Lanièce (voix/piano/guitare), un des lau­réats de notre Trem­plin , « le grand brun » Mar­tin Pau­vert (voix/contrebasse/guitare/piano) et … « l’un peu moins grand » Pierre Leblanc (voix/trombone/flûte) ..
Pierre : L’aven­ture a débuté il y a trois ans à Paris, mais nous nous con­nais­sons depuis dix ans, nous étions à la fac de Rennes…
Emmanuel : Nous sommes tous les trois musi­ciens de for­ma­tion « clas­sique » : Con­ser­va­toire, Maîtrise. Nous nous sommes très vite trou­vé des affinités musi­cales, aus­si bien pour les styles que pour les références.
Mar­tin : Ce qui a fait la force de ce trio dans un pre­mier temps c’est que l’on avait des goûts musi­caux com­muns (jazz, sal­sa, funk, var­iété, clas­sique), des « références » com­munes (Trénet, Nougaro, Mon­tand, avec qui on avait « gran­di ») bien que nous venions d’u­nivers dif­férents. Cha­cun de nous a beau­coup appris au con­tact des deux autres, en s’im­prég­nant de leurs univers.
Pierre : On peut dire que c’est « comme ça », sans s’en ren­dre vrai­ment compte, qu’est né Tri­wap, le plaisir de chanter à trois voix, de réarranger des stan­dards que nous aimions, de com­pos­er des chan­sons en se moquant avec ten­dresse des petits tra­vers de nos sem­blables mais aus­si et surtout de nous-mêmes.
Emmanuel : C’est la poly­va­lence des musi­ciens qui fait la force de ce pro­jet. L’é­clec­tisme des gen­res (clas­sique, swing, lati­no, chan­son) nous amène à créer un « genre »… Une par­tic­u­lar­ité dans l’har­monie et la poly­phonie vocale et l’arrange­ment instru­men­tal dans un esprit acous­tique et humoris­tique. L’in­ter­ac­tiv­ité avec le pub­lic a une place très impor­tante dans l’ écri­t­ure des chansons.

Quels sont vos projets ?
Jean-Michel Fournereau : Tout d’abord , le suc­cès de Tri­wap nous entraîne en tournée vers de pres­tigieux fes­ti­vals, et nous espérons bien enten­du pro­longer l’aventure à Paris, qui débute au Ciné 13 Théâtre. J’encourage les garçons à écrire de nou­velles chan­sons, et nous fer­ons égale­ment appel à de nou­veaux auteurs. Mais Orphée-Théâtre(s) portera aus­si de nou­veaux pro­jets : il y a par exem­ple l’adaptation d’un roman en cours (nous lancerons bien­tôt de nou­velles audi­tions pour for­mer la troupe), de nou­velles co-pro­duc­tions avec des ensem­bles pres­tigieux, notam­ment en Bour­gogne, de nou­velles aven­tures avec le Tiger­palast à Franc­fort, une Madame But­ter­fly… et le prochain anniver­saire : mes 50 ans, dont 30 sur scène, dirigé, entre autres, par : Jean-Luc Revol, Didi­er Ruiz, Har­ry Kupfer, Eber­hard Streul, Vin­cent Vit­toz, Eric Cheva­lier, Jean-Louis Benoît , Julie Tay­mor /John Stefaniuk…
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