Avec : Alexandrine, Joséphine, Léopoldine et Volodia Serre, Jacques Alric, Olivier Balazuc, François de Brauer, Carol Cadilhac, Juliette Delfau, Mireille Franchino, David Geselson, Anthony Paliotti, Jacques Tessier et Marc Voisin.
Résumé : Dans l’atmosphère délétère d’une ville de garnison, trois jeunes femmes s’étiolent lentement. Peut-être se résigneraient-elles plus facilement à leur sort si leurs esprits n’avaient été remplis de musique et de littérature, de romantisme et de mots italiens… Trop élevées par leur défunt père, comment pourront-elles affronter un environnement tristement terre-à-terre ? En étalant l’action sur plusieurs années, Tchekhov façonne sa pièce comme un roman, un ballet des espoirs et des renoncements, scandé par un rêve récurrent : aller à Moscou, ce monde meilleur – et inaccessible – de la culture… Inspirées par les sœurs Brontë, ses héroïnes évoluent ensemble, protagonistes à parts égales, puisque chacune est aussi le produit de l’autre. Mais on aurait tort de l’oublier : les trois sœurs ont un frère !
Notre avis : Prenant à bras le corps cette avant dernière pièce de Tchekhov, Volodia Serre en offre une vision où les époques se mélangent, où les comédiens jouent et, parfois, chantent, pour mieux donner à ressentir la profondeur du texte. La lente mais inexorable angoisse qui sourd durant ces années pour le bilan, jamais avoué, fait de vies ratées, de rendez-vous manqués devient alors palpable. Deux guitares évoquent Ravel, Simon and Garfunkel ou même Françoise Hardy avec « Le temps de l’amour ». La présence de films de famille en Super 8 pour ouvrir les trois premiers actes, une caméra vidéo qui s’invite lors d’une fête d’anniversaire… Tous ces éléments pourraient sembler iconoclastes et déplacés, or il n’en est rien et ils jouent, bien au contraire, en faveur de la pièce. Volodia Serre a choisi de donner un tempo alerte à sa mise en scène. Du coup les 3 heures de spectacle passent comme un rêve éveillé. La scénographie maligne et le travail sur les lumières participent également de cette sensation. Par ailleurs le metteur en scène, qui incarne Andreï, le frère, a eu l’excellente idée de distribuer ses propres trois soeurs dans les rôles… des trois soeurs. Voilà qui ajoute à la mise en abîme que constitue en elle-même cette oeuvre. Il ne faut pas manquer de saluer l’ensemble de la troupe qui donne à entendre cette délicate partition où chacun joue à son rythme. Des tempi différents comme autant de sentiments contrastés. Et l’humour en contrepoint, toujours. Un classique à découvrir, sans a priori.