Les Tony Awards 2005 — De Spamalot à Light in the Piazza

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The Light in the Piazza ©DR
The Light in the Piaz­za ©DR
New York est la cité des anges du théâtre et du musi­cal. Ici, les étoiles ne sont pas frap­pées sur le pavé de la 42ème rue, elles sont sur scène, devant un pub­lic nom­breux, huit fois par semaine pen­dant des mois, des années par­fois. Broad­way est au spec­ta­cle sous les pro­jecteurs ce que Hol­ly­wood est au spec­ta­cle par pro­jecteurs. Hol­ly­wood a ses Oscars, Broad­way a ses Tonys. Et ce dimanche 5 juin, dans le mythique Radio City Hall, s’au­to-con­grat­u­lait le gratin de pro­fes­sion­nels du live entertainment.

Ici comme ailleurs, le téléspec­ta­teur est invité à con­sacr­er un peu de son temps de cerveau disponible pour par­ticiper à la fête, où sont servis les tra­di­tion­nels dis­cours de remer­ciements, longs et con­fi­den­tiels. Que peut-on donc retenir de la sai­son 2005 pour les musicals ?

A l’is­sue de cette 59e céré­monie, le grand vain­queur est un show presque passé inaperçu pour les non ini­tiés. Pro­gram­mé au Lin­coln Cen­ter, ce qui mar­que son excep­tion cul­turelle, hors du brouha­ha com­mer­cial de Times Square, The Light in the Piaz­za est comme un havre de paix sur Upper West Side, une douce carte postale ani­mée de Flo­rence dans les années 50. Ne cherchez pas ici les cla­que­ttes, le raz­zle daz­zle et le swing ; l’u­nivers est plutôt formel, artis­tique et lyrique, à deux pas de l’opéra. Out­re le meilleur pre­mier rôle féminin et la meilleure par­ti­tion, le show rafle tous les Tonys tech­niques : éclairage, orchestre, cos­tumes, décor.

Spa­malot est le Pouli­dor des Tonys 2005. Gavé de nom­i­na­tions (14), il n’en con­cré­tise que trois, dont celle du meilleur spec­ta­cle, la plus con­voitée pour des raisons com­mer­ciales. Il s’ag­it d’un remake en musique du film Sacré Graal, par Eric Idle, l’un des Mon­thy Python lui-même. Les cri­tiques sug­gèrent que l’hu­mour médié­val de bon aloi tombe en ruines et que les chan­sons sont façon­nées à la mode Broad­way au marteau à enclume. Autant dire, la déli­cate lumière de la renais­sance ital­i­enne n’a point atteint cette place là !

Le dernier Tony pres­tigieux est attribué à l’un des deux pre­miers rôles mas­culins de Dirty Rot­ten Scoundrels, le seul pour 11 nom­i­na­tions ! Le spec­ta­cle met en scène des escrocs spo­liant des femmes sans défense, croient-ils. Là encore, il s’in­spire d’un film de ciné­ma et plaque une par­ti­tion orig­i­nale sur un scé­nario qui l’est moins. Du coup, les acteurs ont beau être bril­lants, cela sonne un peu comme une pièce de théâtre entre­coupée d’in­ter­ludes de chan­sons de var­iété. Les quelques touch­es qui font la magie de Broad­way man­quent : dia­logues artic­ulés tout en chan­son et artistes com­plets à la fois acteurs, chanteurs et danseurs. Mal­gré tout, ils étaient deux nom­inés, pro­fes­sion­nels d’é­gale mesure, mais dont l’un avait un rôle moins extrav­a­gant que l’autre. Le jury aura con­sid­éré que la récom­pense devait aller au plus… tony-truand de la paire !

Enfin, un spec­ta­cle transfuge de Off-Broad­way avait fait sen­sa­tion l’an dernier : l’ex­tra­or­di­naire Avenue Q ! Cette année, l’ex­ploit fail­lit être récidi­vé par un autre transfuge encen­sé par la cri­tique : The 25th Annu­al Put­nam Coun­ty Spelling Bee. Ce show au titre incom­préhen­si­ble pour une per­son­ne de cul­ture non améri­caine — comme tout le reste de la pièce d’ailleurs — tourne en déri­sion l’une des com­péti­tions les plus célèbres du pays : le Spelling Bee, un con­cours nation­al d’orthographe à mi chemin entre la dic­tée de Piv­ot et le Con­cours Général. Spelling Bee reçoit le Tony du meilleur livret, car il est bon d’en­cour­ager les créa­tions, et celui du meilleur sec­ond rôle mas­culin. Cepen­dant, le spec­ta­cle manque de charme et restera her­mé­tique à bon nom­bre de spec­ta­teurs européens de passage.

Il reste à men­tion­ner La Cage aux Folles, Tony des meilleurs revival et choré­gra­phie. Pour nous autres Français, La Cage et son French Can­can à plumes et poils peu­vent sem­bler un revival de trop. Son chal­lenger, Sweet Char­i­ty, la pro­duc­tion la plus médi­atisée du moment, aurait été un choix plus orig­i­nal. La vedette, Christi­na Apple­gate, habituée des feuil­letons télévisés, nous a tenu en haleine pen­dant des semaines. La pau­vre s’é­tait cassé le pied lors d’une avant-pre­mière à Chica­go. Le show fut annulé, puis relancé sur l’in­sis­tance de l’artiste, décidée à braver le des­tin, à l’in­star de son per­son­nage dans la pièce. Tant et si bien qu’elle finit nom­inée pour le Tony du meilleur pre­mier rôle féminin. Mais le rêve s’ar­rête là, puisque Sweet Char­i­ty n’ob­tient rien. Certes, Apple­gate n’a pas la stature d’un pre­mier rôle sur Broad­way, mais son ingé­nu­ité, ses mal­adress­es et sa ferme volon­té la ren­dent extrême­ment crédi­ble dans le rôle de Char­i­ty. Tout le reste de la pro­duc­tion est un sans fautes.

Alors, si l’on vient pass­er quelques jours à New York, tant que l’Eu­ro reste fort, que peut-on donc aller voir sur Broad­way ? Eh bien à moins que vous soyez adeptes des salons où l’on dis­cute unique­ment des pièces à la mode, allez donc voir les Tonys des années précé­dentes : Avenue Q, Chica­go, Hair­spray, The Pro­duc­ers et Wicked. Ces derniers étant encore pris d’as­saut par des hordes de fans incon­di­tion­nels, vous pou­vez vous rabat­tre sur le mal aimé Sweet Char­i­ty, grand per­dant des Tonys mais mer­veilleux spec­ta­cle multicolore !