Les coulisses de la comédie musicale Footloose

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Footloose 2010Lun­di 26 avril, l’Espace Pierre Cardin est en ébullition.
C’est en effet aujourd’hui que com­mence le sec­ond tour des audi­tions de la comédie musi­cale Foot­loose pour les pos­tu­lants au rôle du Révérend Shaw Moore et du jeune ado­les­cent Ren, le per­son­nage principal.

La semaine précé­dente, l’équipe artis­tique s’était ren­due en ban­lieue parisi­enne, à  Gen­nevil­liers pour y organ­is­er la pre­mière par­tie des audi­tions au sein de la Mai­son de développe­ment cul­turel de la cité des Agnettes. Pas moins de 1000 can­di­dats s’y sont présen­tés, espérant décrocher l’un des 14 rôles à pourvoir.

Entre pro­fes­sion­nels aguer­ris et vis­ages fam­i­liers des spec­ta­cles musi­caux ou ama­teurs chevron­nés en quête d’un avenir de nou­velle star de la comédie musi­cale,  les met­teurs en scène ne refusent per­son­ne et don­nent leur chance à cha­cun. Les lumières de la salle de l’Espace Pierre-Cardin s’éteignent à chaque pas­sage des can­di­dats, qui n’ont que quelques min­utes pour con­va­in­cre de leurs tal­ents de comé­di­en et de chanteur ; avec plus ou moins de bon­heur (les Bee-Gees s’en sou­vi­en­nent encore !).

Rien n’échappe à Mar­co Dav­e­rio, le directeur artis­tique, qui observe et écoute avec beau­coup d’attention les presta­tions de cha­cun. L’instant est impor­tant : c’est en effet en fonc­tion des artistes choi­sis pour ces rôles que le reste de la troupe sera con­sti­tuée. Un peu plus tard dans la journée, une poignée de can­di­dats sélec­tion­nés à Gen­nevil­liers pour des rôles bien spé­ci­fiques, se présente sur la scène vide de l’Espace Pierre Cardin pour une épreuve de danse col­lec­tive. Impos­si­ble de ne pas penser au numéro d’ouverture de Cho­rus Line.

Pen­dant ce temps-là, tan­dis que les audi­tions se pour­suiv­ent, d’autres can­di­dats patien­tent dans le hall et ten­tent de se ras­sur­er en écoutant les presta­tions de leurs cama­rades ou en retrou­vant avec plaisir cer­taines de leurs con­nais­sances. Les deux jours suiv­ants, d’autres can­di­dats se présen­teront tan­dis que l’équipe créa­tive (décors, cos­tumes…) se con­stitue en par­al­lèle. D’ici l’été, la pro­duc­tion dévoil­era le nom de ceux et celles qui ont été choi­sis et qui fouleront les planch­es de l’Espace Pierre-Cardin dans quelques mois ;  avant de se lancer dans un nou­veau pro­jet. Regard en Coulisse a ren­con­tré Raphaël Kaney-Duverg­er et Guil­laume Ségouin, met­teurs en scène et choré­graphes de la comédie musi­cale Foot­loose.

Raphaël Kaney-Duverger © D.R
Raphaël Kaney-Duverg­er © D.R

Par­lez-nous de votre parcours ?
Raphaël Kaney-Duverg­er : J’ai choré­graphié et par­tielle­ment mis en scène un spec­ta­cle musi­cal qui s’appelait Salut Joe ! présen­té au Cirque d’Hiver avec des anciens par­tic­i­pants de la Star Acad­e­my et tra­vail­lé sur l’adaptation scénique du film Orange Mécanique, présen­tée égale­ment au Cirque d’Hiver. Plus récem­ment, j’ai signé les choré­gra­phies des comédies musi­cales Fame et Hair.
En tant qu’interprète, je tra­vaille pour des com­pag­nies de danse con­tem­po­raine ain­si que pour des comédies musi­cales à grand spec­ta­cle comme Les Dix Com­man­de­ments ou dernière­ment Cléopâtre, spec­ta­cle pour lequel j’ai égale­ment fait des cos­tumes ; mais mon pre­mier amour reste le théâtre.
Même si j’en vis prin­ci­pale­ment aujourd’hui, je me suis mis à la danse tar­di­ve­ment. Avec Guil­laume, nous avons fondé une com­pag­nie de théâtre.
Guil­laume Ségouin : On se con­naît depuis longtemps car on s’est ren­con­trés au lycée, nous étions dans la même sec­tion théâtre. Je suis comé­di­en de for­ma­tion et très rapi­de­ment, j’ai eu à diriger des ate­liers pour adultes et ado­les­cents et cela m’a don­né le goût de la mise en scène. Dans la for­ma­tion de théâtre que j’ai reçu aux Ate­liers du Théâtre Gérard Philippe, il y avait d’ailleurs une par­tie con­sacrée à la mise en scène qui m’a don­né un bon nom­bre d’outils pour la suite. Ain­si, avec Raphaël, nous avons fondé notre pro­pre com­pag­nie, mêlant la danse et le théâtre en 1999. Puis, au gré des ren­con­tres et des con­trats, j’ai joué dans divers­es pièces con­tem­po­raines et en tant qu’assistant à la mise en scène et col­lab­o­ra­teur, j’ai tra­vail­lé auprès de Kamel Ouali sur Le Roi Soleil et Cléopâtre. Une sacrée école !

Com­ment se passe la tran­si­tion entre un spec­ta­cle de l’envergure de Cléopâtre à Foot­loose ?
G.S : Des spec­ta­cles comme Le Roi Soleil ou Cléopâtre sont des spec­ta­cles excep­tion­nels, car il y en a peu de cette enver­gure là avec de pareils bud­gets. Un spec­ta­cle comme Foot­loose c’est…
R.K‑D : …c’est plus humain !
G.S : Cela reste humain, mais ce n’est pas le même rap­port au spec­ta­teur. Son attente ne sera pas la même dans une salle de 4000 places que dans une salle de 700…
R.K‑D : Il y a aus­si toute une dimen­sion théâ­trale qui est peut-être plus fouil­lée sur un tel pro­jet que sur les gross­es comédies musi­cales, même si on remar­que une volon­té de théâ­tralis­er de plus en plus les choses. Ici, on est plutôt sur une base de jeu.
G.S : La grande dif­férence, c’est pour que Le Roi Soleil ou Cléopâtre marche, il faut ven­dre du disque en amont. Nous n’avons pas cette contrainte.

Une con­trainte ?
G.S : En pleine crise du disque, oui ! C’est un argu­ment pour les audi­teurs, que de pro­pos­er un disque avant le spec­ta­cle. Nous n’avons pas de radio der­rière nous pour pro­duire ce pro­jet. Il y a une dimen­sion plus intime de ce fait. Cette tran­si­tion dont on par­lait à l’instant se fait dans une cer­taine intimité.
R.K‑D : Et puis Foot­loose, ça par­le aux gens. Le film a mar­qué toute une généra­tion, il y a un pas­sif der­rière ce titre.

Guillaume Ségouin © D.R
Guil­laume Ségouin © D.R

Juste­ment, par­lez-nous de Foot­loose ?
R.K‑D : Vivant à Chica­go, Ethel McCor­ma­ck et son fils Ren sont con­traints de quit­ter la grande ville pour s’installer à Beau­mont , une petite ville vivant sous le joug d’une loi sévère imposée par le Révérend Shaw Moore, où la danse et la musique sont totale­ment proscrites.
G.S : C’est basé sur des faits réels.
R.K‑D : C’est surtout l’histoire d’une famille qui essaie de se recon­stru­ire après un acci­dent mor­tel, en l’occurrence, celui du fils du Révérend Shaw Moore, tué dans un acci­dent de voiture. C’est ce qui créé le trau­ma­tisme et qui a engen­dré cette loi, des­tinée à éloign­er la jeunesse de toutes perversions.
G.S : C’est une pièce sur l’adolescence, sur les inter­dits qu’on donne aux jeunes et la manière dont ils intéri­orisent cela en terme de lib­erté. La chan­son « I’m free », qui ter­mine le 1er acte, reflète très bien cet état d’esprit.
Pourquoi cette loi, alors que chanter et danser fait par­tie de la nature humaine ? Pourquoi nous inter­dire cela ? Pour des ado­les­cents, c’est juste impens­able ! En par­ti­c­uli­er pour Ren, qui vient de Chica­go, une grande métro­pole, où il jouis­sait d’une grande lib­erté en allant en dis­cothèque et en écoutant David Bowie comme bon lui sem­blait. En arrivant à Beau­mont, il est con­fron­té à cette loi qui l’empêche de s’épanouir dans sa jeunesse.

Allons nous retrou­ver les élé­ments du film sur scène ?
R.K‑D : Le livret est très proche du film. La trame est iden­tique, mais nous allons faire en sorte qu’on n’oublie pas le trau­ma­tisme de base, c’est-à-dire la perte d’un enfant.
G.S : Le film a été réal­isé en 1984 et nous allons essay­er de retran­scrire cet esprit années 80 sur le plateau. Au niveau de la musique, vous noterez que les plus gros tubes de ces années là sont des musiques dansantes sur des sujets dra­ma­tiques. « Papa don’t preach » de Madon­na, qui est une chan­son sur l’avortement, en est le meilleur exemple.

Com­ment se déroulent les auditions ?
R.K‑D : C’est notre 4ème jour et cela se passe plutôt bien. On a retenu pour l’instant 4 can­di­dats poten­tiels pour le rôle de « Ren » et nous avons préféré audi­tion­ner les rôles de jeunes dans un pre­mier temps avant de con­stituer ensuite la famille.
G.S : Le pro­jet nous oblige à être exigeants, car le rôle de Ren néces­site d’être un excel­lent danseur, chanteur et comé­di­en. Cela reste dif­fi­cile de trou­ver un artiste aus­si complémentaire.
R.K‑D : Cepen­dant, Ren n’est pas un danseur pro­fes­sion­nel, il s’exprime avec son corps et comme la choré­gra­phie sera très présente, il faut que l’acteur qui l’incarnera porte cela à 100%.

Décou­vrez un reportage sur les répétitions :

Décou­vrez Cast­ing de la comédie musi­cale culte « Foot­loose » sur Culturebox !

A quoi doivent s’attendre les spec­ta­teurs de l’Espace Pierre Cardin à par­tir du 12 octobre ?
R.K‑D : Notre volon­té c’est de retran­scrire sur scène les années 80. Il y aura cinq musi­ciens car nous aime­ri­ons que les sonorités se rap­procher véri­ta­ble­ment de ce son typ­ique. On trou­ve que la musique de la comédie musi­cale manque de pétil­lant. On souhait­erait donc retrou­ver ce côté un peu élec­tro, un peu synthé…
G.S : Dès l’entrée du théâtre, on voudrait que les spec­ta­teurs soient hap­pés dans une sorte de flash­back années 80. Boules à facettes, musique d’ambiance avec Duran-Duran ou encore Eury­th­mics, ou même la pos­si­bil­ité de sirot­er une bois­son aux couleurs de Foot­loose
L’idée est de rester dans cet univers y com­pris durant l’entracte, de ne pas avoir envie de ral­lumer son télé­phone portable le temps de cette expérience.
Nous tra­vail­lons égale­ment sur la con­cep­tion des décors, mais nous ne pou­vons pas en dire plus pour le moment, si ce n’est que la lumière sera très impor­tante et qu’il ne fau­dra pas avoir peur des effets, y com­pris dans les cos­tumes et les coiffures.
R.K‑D : Les chan­sons inter­prétées par les jeunes sont comme des rêves, des fan­tasmes et ces moments là seront traités de manière très pop, un peu à la manière d’un clip.

Décou­vrez quelques pho­tos des audi­tions de la comédie musi­cale Foot­loose :
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