Les coulisses de La Cage aux Folles — Ouvrez, ouvrez La Cage…

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Patrick Rocca et Bernard Alane © Arnaud Cazet
Patrick Roc­ca et Bernard Alane © Arnaud Cazet
Depuis longtemps, la rumeur était dans l’air. La cage aux folles, la comédie musi­cale de Jer­ry Her­man d’après la célèbre pièce de Jean Poiret, devait être mon­tée sur une scène parisi­enne. Les bruits les plus insen­sés couraient… Michel Leeb ou Michel Sar­dou en Zaza ? Eddy Mitchell en Rena­to ? Les Folies Bergère ? Le Casi­no de Paris ? De spécu­la­tions incer­taines en hypothès­es improb­a­bles, on avait fini par croire que tout cela n’é­tait finale­ment qu’une rumeur comme tant d’autres.
Puis début avril, les annonces des audi­tions pour La Cage aux Folles à Mogador, mise en scène par Alain Mar­cel, met­tent un terme à tous les bruits pour offrir enfin du con­cret. Sortez boas et talons aigu­illes, la chas­se à la Zaza est enfin ouverte.
Alain Mar­cel n’avait pas mon­té de comédies musi­cales à Paris depuis Kiss Me, Kate en ce même Théâtre Mogador début 1993. Entre la Bel­gique et la province, Alain Mar­cel a surtout tra­vail­lé à des mis­es en scène d’opéras ces dernières années. C’est donc avec une exci­ta­tion mêlée de curiosité que le milieu du théâtre musi­cal parisien attend sa pro­duc­tion de La cage.

Cho­rus Line devant l’en­trée des artistes de Mogador 
Juste après le week-end de Pâques, les pre­mières audi­tions com­men­cent par la sélec­tion des danseurs. Sans avoir besoin de forcer les com­para­isons, il y dans cette atmo­sphère d’év­i­dentes réminis­cences de A Cho­rus Line ou de All That Jazz. Sur cette foule d’artistes qui se présen­tent le pre­mier jour, seuls quelques uns seront retenus pour for­mer le cho­rus des fab­uleuses Cagettes (ou Cag­elles dans la ver­sion améri­caine), les « girls » du cabaret « La Cage aux Folles ». Zane Book­er, choré­graphe améri­cain, apprend aux can­di­dats les com­bi­naisons clas­sique et mod­ern-jazz. Après quelques démon­stra­tions, ceux qui cor­re­spon­dent le mieux au pro­fil recher­ché revien­dront le lende­main pour mon­tr­er leurs tal­ents vocaux. La Cagette 1999 sera défini­tive­ment grande, racée et tein­tée d’un soupçon d’exotisme.

Quelques jours plus tard, Alain Mar­cel et son équipe pro­posent deux jours d’au­di­tions libres ouvertes à tous. Jeunes ou moins jeunes, pro­fes­sion­nels ou pas, la chance d’être vu, écouté et peut-être « décou­vert« est don­née à tous ceux qui le souhait­ent pen­dant deux journées intensives.

Alain Mar­cel explique que c’est dans ce type d’au­di­tions qu’il a trou­vé deux de ses cho­ristes de La petite bou­tique des hor­reurs. Le sec­ond jour, avec les effets du bouche-à-oreille, les can­di­dats sont de plus en plus nom­breux à atten­dre dans l’ar­rière-cour du Théâtre Mogador et il leur arrive d’avoir à patien­ter pen­dant plusieurs heures. Star­ma­nia et Notre Dame de Paris rem­por­tent un suc­cès cer­tain en réper­toire d’au­di­tions, Les Mis­érables sont juste der­rière. De cette fournée, ce n’est qu’un nom­bre très lim­ité de can­di­dats qui ira jusqu’à la sélec­tion finale. La com­péti­tion la plus dure reste encore à venir.

Le Tout-Paris musi­cal audi­tionne devant Alain Marcel 
En effet, en deux­ième semaine vien­nent les audi­tions sur ren­dez-vous. Pour cette par­tie plus sélec­tive, ce sont des artistes con­fir­més qu’Alain Mar­cel a choisi de recevoir indi­vidu­elle­ment pour un petit ren­dez-vous per­son­nal­isé. Le Tout-Paris musi­cal défile allè­gre­ment, comé­di­ens-chanteurs venus de Hair ou des spec­ta­cles de Roger Louret, des Mis­érables ou du Passe-Muraille. Petit à petit, la sélec­tion se resserre. Alain Mar­cel explique à ses comé­di­ens poten­tiels que la dis­tri­b­u­tion entière dépen­dra de sa Zaza. Si la Zaza est de grande taille, le reste suiv­ra. Et sa Zaza sera effec­tive­ment grande en la per­son­ne de Patrick Roc­ca. Ce dernier s’é­tait déjà illus­tré sur la scène de Mogador en inter­pré­tant le rôle plus vir­il de Javert dans Les mis­érables. Sa belle voix de bary­ton sem­ble par­faite pour la par­ti­tion — pas si évi­dente que ça — de Jer­ry Her­man. A ses côtés, on retrou­ve un com­plice d’Alain Mar­cel et un habitué des scènes parisi­ennes, Bernard Alane en Georges-Rena­to. Alane avait déjà tra­vail­lé avec Mar­cel sur Peter Pan, Kiss Me, Kate et My Fair Lady (en Bel­gique). Alane peut même se tar­guer d’avoir joué à Lon­dres (Can-Can) ain­si qu’en Aus­tralie (South Pacif­ic) sous la direc­tion de Christo­pher Ren­shaw (qui a mis en scène la reprise récente du Roi et moi à Broad­way).

Le cou­ple de jeunes pre­miers (le fils de Georges-Rena­to et sa fiancée) sera inter­prété par deux jeunes artistes issus de la troupe de Roger Louret : Arnaud Denis­sel que l’on a pu voir dans La Fièvre des Années 80 et Alexan­dra Gonin qui était dans Les Années Twist. Cer­tains se sou­vien­dront plutôt d’Alexan­dra comme étant la petite Saman­tha dans La Boum (1 et 2 !). Les per­son­nages de La cage com­men­cent enfin à avoir un vis­age, une voix, une démarche. Cette pre­mière étape passée, Alain Mar­cel se retire à la cam­pagne pour finir défini­tive­ment son adap­ta­tion du script.

Début juin, Alain Mar­cel réu­nit toute sa dis­tri­b­u­tion pour leur offrir la pre­mière lec­ture com­plète du spec­ta­cle. Assis à une grande table avec d’autres mem­bres du staff, Alain Mar­cel va livr­er son adap­ta­tion encore toute chaude à son cast réu­ni en arc de cer­cle devant lui. Il lit toutes les indi­ca­tions scéniques, inter­prète tous les per­son­nages et chante pra­tique­ment toutes les chan­sons. L’équipe sem­ble ravie, il est vrai que l’adap­ta­tion française, exer­ci­ce périlleux, est par­ti­c­ulière­ment brillante.

Mi-août, les répéti­tions com­men­cent. Entre-temps, les danseurs, un peu moins à l’aise avec le chant, ont suivi un cer­tain nom­bre de séances de tra­vail afin d’en­tamer les répéti­tions avec leur poten­tiel vocal max­i­mal. Après une pre­mière semaine de répéti­tions stricte­ment musi­cales, la troupe attaque de plain pied. Il reste à peine plus d’un mois avant la grande pre­mière. Pen­dant que les acteurs répè­tent, les cos­tumes et les décors se pré­par­ent. Petit à petit, tout se met en place et dans quelques semaines, La cage ouvri­ra enfin ses portes pour livr­er au pub­lic impa­tient ses créa­tures de plumes et de poils.