Léovanie Raud — Sereine quant à son rôle dans Fame

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Léovanie Raud dans Fame ©DR
Léo­vanie Raud dans Fame ©DR

Quel a été votre par­cours depuis votre dernière ren­con­tre avec Regard en Coulisse ?
Vous m’aviez inter­viewée pour mon rôle dans Non­nesens. C’é­tait il y a déjà trois ans, il s’est passé telle­ment de choses depuis… Ce spec­ta­cle m’a offert pas mal de vis­i­bil­ité, ce qui m’a per­mis d’avoir accès à des pro­jets d’en­ver­gures et de gen­res très dif­férents : du théâtre, de l’opérette, de la var­iété et du gospel. J’ai même inter­prété des chants de Noël au Japon et don­né des cours à des enfants en colonie de vacances ! J’ai bien enten­du per­sévéré dans mon reg­istre préféré, la comédie musi­cale, avec la tournée d’Un vio­lon sur le toit et quelques dates de Chance ! L’in­térêt de ces trois dernières années a été avant tout l’ap­pren­tis­sage, encore et encore. Toutes les expéri­ences du méti­er, les heureuses comme les moins heureuses, et surtout les mag­nifiques ren­con­tres artis­tiques et humaines m’ont forgée à jamais. J’aimerais juste citer Yoni Amar, que j’ai retrou­vé sur de nom­breux pro­jets et qui compte par­ti­c­ulière­ment pour moi. Et donc, depuis peu, il y a Fame !

Com­ment s’est déroulé le cast­ing de Fame ?
Cela a pris beau­coup de temps, au moins un mois à ne pas savoir si j’avais décroché un des rôles pos­si­bles, Ser­e­na ou Car­men, ou même une place dans l’ensem­ble. Il y a quelques années, j’avais vu une représen­ta­tion de Fame à Lon­dres en com­pag­nie d’Er­ic Jet­ner [NDLR : lui aus­si dans la troupe de Fame] et nous avions tous les deux choisi le rôle idéal pour cha­cun de nous sur le pro­gramme : nous avions vu juste ! Je suis très heureuse d’in­ter­préter Ser­e­na, un per­son­nage dont la trame est loin de m’être com­plète­ment étrangère… En d’autres ter­mes, il y a un peu d’elle en moi : pudique plutôt que jeune pre­mière, mais loin d’être niaise !

Com­ment se sont déroulées les répétitions ?
« Hard work » vous con­nais­sez ? [NDLR : une des pre­mières chan­sons de Fame, traduite par « Faire mieux »] On a répété pen­dant deux mois à rai­son de qua­tre heures de danse et qua­tre heures de chant et théâtre alternés par jour. Il y avait vrai­ment matière à appren­dre, car le spec­ta­cle est com­plet entre choré­gra­phies, inter­mèdes théâ­traux et per­for­mances vocales. Ned Gru­jic, le met­teur en scène, nous a apporté beau­coup. Avec lui, j’ai con­stru­it Ser­e­na couche après couche, sur des bases solides cor­re­spon­dant aux exi­gences assez strictes de la production.

Quels sont les prin­ci­paux défis du rôle ?
Vous voulez dire : à part tenir la note sur le « ee » de Meryl Streep dans mon solo « Quand je pense à Meryl Streep » ? (rire) Les notes tenues sont quand même net­te­ment plus faciles avec les autres voyelles. J’ai dit en blaguant à Stéphane Laporte qu’il était bien dur avec moi d’avoir gardé le « i » dans la ver­sion française, mais avait-il le choix ? A part ce point amu­sant, qui est néan­moins une vraie dif­fi­culté pour le solo, le rôle de Ser­e­na est une belle per­for­mance d’ac­trice, car elle a beau­coup de pro­fondeur et j’ai peu de temps et peu de texte pour l’ex­primer. Sa pre­mière appari­tion, qui dure à peu près trois min­utes, donne la pre­mière impres­sion qui la suiv­ra durant tout le reste de la pièce. Or, comme évo­qué précédem­ment, elle est aus­si pétil­lante intérieure­ment que dis­crète extérieure­ment. Au-delà de son admi­ra­tion évi­dente pour Nick, il ne faut pas que les spec­ta­teurs la cat­a­loguent comme une fille juste « gen­tille », au mau­vais sens du terme. J’ai déjà tenu pas mal de rôles de gen­tilles princess­es en robes soyeuses dans le passé (Blanche-Neige, Sis­si), aus­si je tiens à ce que Ser­e­na soit perçue comme une force de caractère !

Que pensez-vous de l’adap­ta­tion française ?
Je con­nais à peine la ver­sion orig­i­nale, que je n’ai vue que cette fameuse fois, à Lon­dres. Et j’ai volon­taire­ment évité d’é­couter les enreg­istrements des troupes anglais­es et améri­caines pour ne pas influ­encer ma pro­pre inspi­ra­tion. Donc, j’au­rais bien du mal à juger de la pré­ci­sion de l’adap­ta­tion. Ce que je peux dire en revanche, c’est que Stéphane Laporte a été très à l’é­coute et n’a jamais hésité à mod­i­fi­er son texte en cas de dif­fi­culté de dic­tion ou d’in­ter­pré­ta­tion. Quelque part, on a tra­vail­lé comme pour une créa­tion, le texte a beau­coup changé et con­tin­ue à évoluer au rythme des représentations.

Qu’avez-vous pen­sé de la cri­tique un brin sévère dans Regard en Coulisse ?
Cela ne fait jamais plaisir, mais j’aime quand les gens dis­ent ce qu’ils pensent réelle­ment. Je vois deux raisons pos­si­bles à un juge­ment plutôt défa­vor­able : d’abord, la cri­tique a été écrite après la deux­ième représen­ta­tion offi­cielle et peut-être n’é­tions-nous pas par­faite­ment rodés, éventuelle­ment desservis par des petits couacs tech­niques au son et à la lumière qui n’arrangent rien. Ensuite, Regard en Coulisse offre un point de vue assez éli­tiste con­statant des défauts que seuls les experts pour­raient repér­er. Fame est un spec­ta­cle pop­u­laire, beau­coup de nos spec­ta­teurs voient là leur pre­mière comédie musi­cale et ils l’ap­pré­cient. Pour ma part, je prends néan­moins bonne note des reproches qui nous ont été faits pour m’amélior­er. J’es­time que nous faisons du très bon tra­vail et je vous invite à revenir nous voir pour mesur­er les pro­grès réalisés !

Pour finir sur une note plus légère, y a‑t-il des anec­dotes amu­santes sur scène ?
De manière générale, on s’a­muse beau­coup entre nous, dans une ambiance un peu « colo ». J’ai de véri­ta­bles amis par­mi les mem­bres de la troupe, dont cer­tains étaient déjà en cours avec moi. Plus pré­cisé­ment, je peux citer deux anec­dotes. La pre­mière, c’est la scène de Roméo et Juli­ette avec Dan Menasche qui fait chaque soir quelque chose d’un peu dif­férent, comme un jeu entre nous. Evidem­ment, le pub­lic ne s’en rend pas compte, mais ça me fait beau­coup rire. La deux­ième, c’est le soir de la pre­mière, j’avais malen­con­treuse­ment rangé un car­ton d’in­vi­ta­tion dans le sac à main dont je me sers sur scène. Pen­dant le spec­ta­cle, je dois en sor­tir une pho­to de Nick qui me lance « qu’est-ce que c’est que ça ? » et au lieu de ça, c’est le car­ton d’in­vi­ta­tion qui sort, que tout le monde con­nait dans la salle ! On a fait une petite pirou­ette et le pub­lic n’y a vu que du feu. Sinon, je vous racon­terais bien la fois où j’ai presque oublié de ren­tr­er sur scène pour une choré­gra­phie, mais je garde ça pour notre prochaine rencontre !