Lea Salonga — Princesse Lea

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Lea Salonga ©DR
Lea Salon­ga ©DR

Lea Salon­ga, votre dernière appari­tion à Broad­way remonte à 2003 avec Flower Drum Song. Com­ment vivez-vous ce retour ?
C’est fab­uleux. Je vis un moment absol­u­ment mer­veilleux et Broad­way me man­quait beaucoup.

Entre temps, vous avez fait vos débuts à Carnegie Hall en y don­nant un con­cert en 2005. Quel sou­venir gardez-vous de ce moment ?
Mon Dieu ! J’ai le sou­venir de quelque chose d’ir­réel, incroy­able, mag­nifique. J’é­tais enceinte de trois mois donc ce n’é­tait l’ex­péri­ence la plus con­fort­able, mais ça ne m’a pas empêchée de pass­er une soirée absol­u­ment merveilleuse.

Vous le referiez alors ?
Je ne le referais pas enceinte !

Com­ment est venue la propo­si­tion de jouer Fan­tine dans Les Mis­érables ?
J’ai chan­té pour Claude-Michel [Schön­berg] en pre­mier, alors que j’é­tais enceinte. Puis, j’ai chan­té pour un des asso­ciés aus­traliens de Cameron Mack­in­tosh [NDLR : pro­duc­teur du spec­ta­cle]. Peu de temps après ça, on m’a pro­posé de jouer Fan­tine. Ca n’a pas pris énor­mé­ment de temps.

Mais vous avez dû audi­tion­ner mal­gré le fait qu’ils vous con­nais­sent bien ?
Oui, ce n’est pas parce qu’on peut jouer un rôle qu’on peut jouer n’im­porte lequel. J’ai déjà joué Epo­nine dans Les Mis­érables mais les deux rôles sont très dif­férents. Ils voulaient être sûrs que je puisse chanter les airs de Fan­tine et que ça fonc­tionne aus­si physique­ment. Fan­tine ne peut pas avoir l’air en trop bonne san­té, par exem­ple. Je sup­pose qu’ils voulaient être sûrs que tout colle bien avant de me pro­pos­er le rôle.

Com­ment avez-vous réa­gi en apprenant qu’on vous pro­po­sait le rôle ?
J’ai eu des sen­ti­ments partagés au départ. Je vivais aux Philip­pines où mon mari y tra­vail­lait, j’y pas­sais vrai­ment un moment agréable. Donc, j’ai été partagée car je savais que je devrais être loin de ceux que j’aime, mais en même temps je savais que ce serait une expéri­ence fab­uleuse. Tous mes amis me dis­aient « C’est Les Mis­érables, c’est Fan­tine, c’est Broad­way ! Tu dois le faire ! ». Ma famille et mon mari m’ont beau­coup encour­agée et soutenue. Je n’ai pas pris trop de temps à me décider, mais j’avoue avoir été partagée au départ.

Avez-vous une cer­taine lib­erté dans votre inter­pré­ta­tion ou devez-vous faire exacte­ment ce que fai­sait l’in­ter­prète originale ?
Oui, on m’a don­né beau­coup de lib­erté sur la manière d’in­ter­préter Fan­tine, à part pour les place­ments pour les lumières qu’il faut respecter. J’ai beau­coup lu le livre pour mieux com­pren­dre qui était cette femme, telle que l’a créée Vic­tor Hugo. Une fois que j’ai eu cette vision glob­ale, j’ai pu com­mencer à la pein­dre dans ma tête.

Com­ment décririez-vous Fan­tine, telle que vous la voyez ?
C’est une femme très triste. Elle est vic­time de cir­con­stances vrai­ment mal­heureuses. Tout lui tombe dessus. Sa descente aux enfers était trag­ique à lire ! J’es­saie d’être le plus fidèle à ça.

Lea Salonga dans Les Misérables © Joan Marcus
Lea Salon­ga dans Les Mis­érables © Joan Marcus

Quel est votre plus grand chal­lenge sur ce spectacle ?
Comme vous le savez, Les Mis­érables est divisé en trois livres et le pre­mier s’ap­pelle Fan­tine. Toute cette pre­mière par­tie lui est donc qua­si­ment entière­ment con­sacrée. Il y a énor­mé­ment d’in­for­ma­tions sur sa per­son­nal­ité, ses goûts, les cir­con­stances qui l’amè­nent à tomber aus­si bas.
Mon chal­lenge est donc d’es­say­er de faire pass­er toutes ces infor­ma­tions dans les vingt min­utes durant lesquelles je suis sur scène. Et je me dis­ais : « Com­ment vais-je faire ça ? C’est insen­sé ! » Avec la plu­part des rôles que j’ai inter­prétés, j’avais le luxe d’avoir du temps pour installer mon per­son­nage et l’amen­er quelque part. Pour Miss Saigon, j’avais un spec­ta­cle entier. Les Mis­érables dure presque trois heures et je n’ai que vingt minutes.

Et donc, avez-vous trou­vé la réponse ?
Chaque jour, je m’en rap­proche. Je ne veux pas m’en approcher totale­ment pour le moment. Je veux trou­ver mon chemin, décou­vrir de nou­velles choses… Je pro­gresse dans le rôle de façon plus pré­cise et détail­lée au fur et à mesure. Mais je ne joue que depuis un mois, je ne suis pas pressée d’ar­riv­er à la fin de mon voy­age avec ce personnage.

Vous jouez un rôle qui n’est pas à l’o­rig­ine écrit pour une comé­di­enne asi­a­tique. Pensez-vous que Broad­way change son atti­tude par rap­port au « col­or-blind cast­ing », à savoir le fait de choisir des artistes sans se souci­er de leur orig­ine eth­nique, ou est-ce que Les Mis­érables est la seule exception ?
J’aime à penser que l’at­ti­tude envers le col­or-blind cast­ing a changé pour le mieux. Les pro­duc­teurs choi­sis­sent les acteurs sur la base de leur tal­ent. Bien sûr, il y a des spec­ta­cles comme The Col­or Pur­ple ou Flower Drum Song qui requièrent des groupes eth­niques spé­ci­fiques. Mais en dehors de ça, cela n’a pas d’im­por­tance si l’ac­teur est noir, blanc ou asi­a­tique, etc. Le tal­ent et l’en­vie qu’on a de tra­vailler avec une per­son­ne doivent être les critères principaux.
Dans cette pro­duc­tion des Mis­érables, je ne suis pas la pre­mière philip­pine à join­dre la troupe, je suis la troisième [NDLR : Adam Jacobs et Ali Ewoldt qui jouent Mar­ius et Cosette sont d’o­rig­ine philip­pine]. C’est une troupe vrai­ment mélangée et je m’y sens par­faite­ment intégrée.

A ce pro­pos, y‑a-t-il des rôles, pas for­cé­ment écrits pour une comé­di­enne asi­a­tique, que vous aimeriez jouer ?
A un moment, je voulais jouer Evi­ta. Main­tenant, je n’en suis plus sûre !

Vous en par­liez beau­coup à une époque. Que s’est-il passé ?
Je ne sais pas. Ce n’est plus ma pri­or­ité. Et puis, je pour­rai tou­jours la jouer quand j’au­rai 40 ans. Je peux atten­dre ! Je ne fais pas une course con­tre la montre !
Autrement, j’aimerais beau­coup jouer la Lady of the Lake dans Spa­malot. Le per­son­nage est telle­ment drôle et les chan­sons qu’elle inter­prète sont excel­lentes. Quand j’ai vu le spec­ta­cle, il y a quelques années, j’é­tais pliée de rire dans mon fauteuil.

A pro­pos des spec­ta­cles qui se jouent actuelle­ment à Broad­way, que recom­man­deriez-vous à vos amis par exemple ?
En dehors des Mis­érables ?

En dehors des Mis­érables !
Spa­malot et Avenue Q. Mes amis ont vrai­ment un sens de l’hu­mour et adorent rire donc, je sais que ces spec­ta­cles leur plairaient. Je recom­man­derais aus­si Wicked. Ce show m’a époustouflée.
Beau­coup de mes amis sont acteurs et ils appré­cient quand un per­son­nage est bien dévelop­pé et qu’un tra­vail est bien fait ! Je leur recom­man­derais donc d’aller voir Liev Schreiber dans Talk Radio ou Vanes­sa Red­grave dans The Year of Mag­i­cal Think­ing. Les voir en scène est une véri­ta­ble mas­ter class sur le jeu d’acteur.

Vous allez jouer Cen­drillon dans Cin­derel­la de Rodgers et Ham­mer­stein, en tournée en Asie. Pou­vez-vous nous en parler ?
C’est un spec­ta­cle pro­duit par Broad­way Asia et je pense que ça va être absol­u­ment génial. Pour le moment, je suis encore dans Les Mis­érables jusqu’à cet automne. A par­tir de l’été 2008, nous débuterons la tournée asi­a­tique de Cin­derel­la aux Philip­pines, et je crois qu’on sil­lon­nera l’Asie du Sud Est, une par­tie de la Chine… Je suis sûre que je vais pass­er un très bon moment et qu’il y aura des endroits superbes à visiter !

Cen­drillon, c’est un rôle que toutes les petites filles rêvent de jouer, non ?
Tout le monde rêve d’in­car­n­er une princesse de Dis­ney, ou une princesse tout court d’ailleurs !

Vous en avez d’ailleurs déjà incar­né deux [NDLR : Lea est la voix chan­tée de Mulan et de Jas­mine dans Aladin].
Oui, tout à fait ! Ici, ce n’est pas la Cen­drillon de Dis­ney mais celle de Rodgers et Ham­mer­stein. Dans le sou­venir que j’ai de l’oeu­vre, cette Cen­drillon n’est pas une princesse tra­di­tion­nelle, elle est douce et char­mante tout en étant indépen­dante et mod­erne. Elle sait se défendre et c’est ce que j’aime en elle !