Le Roi Lear (Critique)

0
390

roi-learde William Shakespeare

Adap­ta­tion et Mise en scène Jean-Luc Revol

Avec Michel Aumont, Mar­i­anne Basler, Bruno Abra­ham-Kre­mer, Agathe Bonitzer, Anne Bou­vi­er, Olivi­er Bre­it­man, Frédéric Chevaux, Denis D’Arcangelo, Arnaud Denis, Jean-Paul Far­ré, Nico­las Gas­par, Éric Guého, Mar­tin Guil­laud, José-Anto­nio Pereira, Éric Verdin.
Assis­tant mise en scène Sébastien Fèvre.
Décors Sophie Jacob.
Cos­tumes Pas­cale Bordet.
Lumières Bertrand Couderc.
Son / musique Bernard Vallery.
Créa­tion des scènes de com­bat Albert Goldberg.

Résumé : Retrou­vez Michel Aumont, entouré d’une dis­tri­b­u­tion pres­tigieuse, dans le Roi Lear revis­ité par Jean-Luc Revol. Une véri­ta­ble plongée dans les années 30 ! Nous sommes à l’aube des événe­ments de 1929. Dans un monde encore insou­ciant et léger, Lear décide d’abandonner son empire et de le redis­tribuer entre ses trois filles. Mais le refus de Cordélia, la plus jeune, entraîn­era sa colère et son pro­pre déclin. Tan­dis que les deux autres se déchirent pour sa for­tune, l’isolant de ses amis et finis­sant par le jeter dehors, seul sur la lande, accom­pa­g­né de son fou, il plongera de plus en plus dans la folie. Ici, Lear est représen­té sous les traits d’un grand nabab du ciné­ma. Quand il com­mencera à per­dre la rai­son, il nous entraîn­era dans ses visions d’un monde trans­fig­uré, nous racon­tant son his­toire par le prisme défor­mé des fan­tômes et des arti­fices ciné­matographiques. Quand Cordélia revien­dra, il sera trop tard. Le mot « fin » se sera irrémé­di­a­ble­ment inscrit pour le vieux Lear.

Notre avis : Hol­ly­wood, années 30 : c’est dans ce con­texte, chargé d’une atmo­sphère lourde et déliques­cente, que Jean-Luc Revol a choisi de situer son adap­ta­tion du Roi Lear. Ici, Lear est un grand nabab du ciné­ma qui décide de léguer son empire à ses filles. Mais quand tant de richess­es sont en jeu, rapi­de­ment, les masques se craquè­lent, les con­flits se révè­lent et les des­tins se déchirent, pas­sion­né­ment et vio­lem­ment. Dans un élé­gant décor de Sophie Jacob, évo­quant l’Amérique de F. Scott Fitzger­ald, l’op­u­lente froideur de l’esthé­tique Art Déco, les trompe-l’oeil et les faux sem­blants des stu­dios ciné­matographiques, les per­son­nages se con­fron­tent, se cherchent, s’é­gar­ent et se retrouvent.
Michel Aumont, dans le rôle-titre, com­pose un Lear charis­ma­tique, impres­sion­nant et frag­ile à la fois, rece­vant de plein fou­et l’in­grat­i­tude et la trahi­son de sa famille. Il est accom­pa­g­né d’une dis­tri­b­u­tion de choix (et fort nom­breuse, ce qui est de plus en plus rare dans ce type de pro­duc­tions) dans laque­lle on remar­quera par­ti­c­ulière­ment José-Anto­nio Pereira dans le rôle d’Edgar / Tom, juste, touchant, défen­dant sans doute un des per­son­nages les plus humains de la pièce tan­dis que Jean-Paul Far­ré, habitué aux rôles de rêveurs lunaires et far­felus, sur­prend dans son inter­pré­ta­tion de Glouces­ter, père trompé. Enfin, Denis D’ar­can­ge­lo en Fou apporte des petites touch­es de fan­taisie dans cette tragédie crépusculaire.