Le musical hollywoodien des années 2000 — Premier bilan et perspectives

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Catherine Zeta-Jones dans Chicago©DR
Cather­ine Zeta-Jones dans Chicago©DR

Etat des lieux en fin de siècle
Si ce qu’on appelle l’âge d’or de la comédie musi­cale hol­ly­woo­d­i­enne se situe quelque part entre le début des années trente et la fin des années cinquante, Hol­ly­wood con­tin­ue de pro­duire des comédies musi­cales jusqu’au début des années qua­tre vingt. Mais il est vrai que la pro­duc­tion se raré­fie dès les années soix­ante. Out­re l’in­fla­tion des bud­gets (dès les années cinquante, il faut faire face à la con­cur­rence de la télévi­sion et les films musi­caux — tels Camelot, Hel­lo, Dol­ly ! ou Paint Your Wag­on — pren­nent des allures de péplums) dif­fi­ciles à rem­bours­er, le musi­cal peine à trou­ver sa place dans un ciné­ma de plus en plus mar­qué, en par­ti­c­uli­er dans les années soix­ante dix, par la recherche du réal­isme. Le chant se sub­sti­tu­ant à la parole pour exprimer une émo­tion forte s’avère une fig­ure de style désor­mais par­faite­ment désuète et, petit à petit, le musi­cal devient donc réal­iste, pour le meilleur (Fame) comme pour le pire (Flash­dance). A l’ex­cep­tion de Grease, para­doxale­ment le plus gros suc­cès de toute l’his­toire de la comédie musi­cale filmée, les comédies musi­cales « clas­siques » ne trou­vent pas leur pub­lic. Le coup de grâce est don­né par l’échec mon­u­men­tal du pour­tant très atten­du A Cho­rus Line de Richard Atten­bor­ough avec Michael Dou­glas. L’ac­cueil plus chaleureux réservé à l’adap­ta­tion ciné­matographique de Lit­tle Shop Of Hor­rors ne change pas la donne. Hol­ly­wood tra­verse un véri­ta­ble désert jusqu’en 1996, année de la sor­tie d’Evi­ta d’Alan Parker.

Il est vrai qu’au cours de cette péri­ode, le musi­cal n’est pas com­plète­ment mort. A New York ou à Lon­dres, où les spec­ta­cles con­tin­u­ent de faire le plein, le pub­lic mon­tre qu’il est tou­jours friand de ce genre de spec­ta­cle. Au ciné­ma, la comédie musi­cale con­tin­ue d’ex­is­ter grâce aux stu­dios Dis­ney qui, à la fin des années qua­tre vingt, retrou­ve sa splen­deur d’an­tan en inté­grant dans ses nou­veaux films (Lit­tle Mer­maid, Beau­ty and The Beast) des par­ti­tions dignes des meilleurs shows de Broad­way, signées pour la plu­part Alan Menken, le com­pos­i­teur de Lit­tle Shop. Mais on ne pro­duit plus des comédies musi­cales « vivantes » à Hol­ly­wood. Evi­ta était un pro­jet de très longue date. Il en a été ques­tion dès la créa­tion du spec­ta­cle à la fin des années soix­ante dix. Sa sor­tie inter­vient après un long chem­ine­ment et non suite à une ini­tia­tive spon­tanée. Son joli suc­cès en 1997, dix ans pré­cisé­ment après la sor­tie de Lit­tle Shop of Hor­rors, et ses quelques Gold­en Globes (dont celui de la meilleure actrice pour Madon­na et du meilleur film) sig­nale cepen­dant, si besoin est, qu’il y a tou­jours un pub­lic pour le ciné­ma musi­cal. C’est le début d’un frémisse­ment qui attein­dra son apogée au début des années 2000 d’abord avec le Moulin Rouge de Baz Luhrman, puis, et surtout, avec le fameux Chica­go

L’ef­fet Chica­go
Nous ne revien­drons pas sur la longue genèse du film qui a vu défil­er, comme stars poten­tielles, Madon­na, Goldie Hawn, Char­l­ize Theron, Nicole Kid­man, John Tra­vol­ta ou encore Rosie O’Don­nell ou, comme met­teurs en scène, Robert Iscove, Her­bert Ross et Nicholas Hyt­ner. Sor­ti en décem­bre 2002, Chica­go a été LE suc­cès sur­prise de l’an­née 2003. Il s’ag­it là de la pre­mière comédie musi­cale hol­ly­woo­d­i­enne à obtenir l’Oscar du meilleur film en 34 ans. Est-ce un coup de chance ou le début d’une nou­velle ère de comédies musi­cales inspirées de Broad­way ? On ne peut pas encore le dire. Il est cer­tain que le pub­lic s’est rué en masse pour cette pre­mière réal­i­sa­tion au ciné­ma du choré­graphe-met­teur en scène Rob Mar­shall (306 mil­lions de dol­lars de recettes dont 170 sur le sol améri­cain, soit le plus gros suc­cès pour un musi­cal juste après Grease et le plus gros suc­cès de la firme Mira­max). Mais beau­coup attribuent ce tri­om­phe sur­prise à la présence de stars du grand écran, comme Richard Gere, Renee Zell­weg­ger ou Cather­ine Zeta-Jones, révélant pour l’oc­ca­sion leurs capac­ités à chanter et à danser de façon par­faite­ment crédible.

Le suc­cès mod­este (ou l’échec relatif selon les inter­pré­ta­tions) de The Phan­tom of The Opera ne répond que par­tielle­ment à la ques­tion. Sans avoir renou­velé le coup d’é­clat de Chica­go, les résul­tats hon­or­ables du film de Joel Schu­mach­er (153 mil­lions de dol­lars de recettes dans le monde dont 51 en Amérique du Nord) le pla­cent cepen­dant juste en dessous de Moulin Rouge (177 mil­lions dont 57 aux USA) et juste au dessus d’Evi­ta (141 mil­lions dont 50 aux USA) et mon­trent que même avec des incon­nus (Ger­ard But­ler, Emmy Rossum et Patrick Wil­son) en tête d’af­fiche et en dépit de cri­tiques glob­ale­ment désas­treuses, le pub­lic est prêt à se déplac­er pour voir un musi­cal sur grand écran. Austin Shaw du Real­ly Use­ful Group, la com­pag­nie d’An­drew Lloyd Web­ber qui a pro­duit Phan­tom, vient d’an­non­cer que le film avait rentabil­isé son investisse­ment ini­tial (env­i­ron 70 mil­lions de dol­lars) et allait, au final, faire du prof­it. D’un autre côté, ces résul­tats sont trop peu sig­ni­fi­cat­ifs pour jus­ti­fi­er que de grands stu­dios déci­dent de se lancer à leur tour, de façon rad­i­cale, sur des bud­gets de cette impor­tance. Cela-dit, on vient juste d’ap­pren­dre que Lloyd Web­ber, en co-pro­duc­tion avec la Para­mount qui détient les droits du film orig­i­nal, s’ap­prê­tait à trans­pos­er, pour un bud­get de 60 mil­lions de dol­lars, sa ver­sion de Sun­set Boule­vard. S’il est à peu près cer­tain que Glenn Close y repren­dra le rôle de Nor­ma Desmond qu’elle a créé sur scène à Broad­way, la nou­velle de l’en­gage­ment d’E­wan Mc Gre­gor dans celui de Joe Gillis relève plus de la rumeur d’au­tant qu’au­cun met­teur en scène n’a, pour l’in­stant, été désigné.

Il fau­dra cepen­dant atten­dre la sor­tie de Rent et de The Pro­duc­ers, et leurs résul­tats au box office, pour que le retour des grandes comédies musi­cales se con­firme. Et der­rière ces deux sor­ties, se pro­fi­lent celles de Dream­girls et de Hair­spray. Ces qua­tre films sont les pre­miers à devoir leur exis­tence au suc­cès de Chica­go (la pro­duc­tion de Phan­tom avait été lancée avant la sor­tie du film de Rob Marshall).

Broad­way-Hol­ly­wood, les films en production
Rent : Créée à Broad­way en 1996, la comédie musi­cale de Jonathan Lar­son a reçu qua­tre Tony Awards dont celui du meilleur musi­cal. Adap­té très libre­ment de La Bohème, le spec­ta­cle évoque quelques instants de vie d’un petit groupe de l’East Vil­lage de New York, con­sti­tué d’ho­mo­sex­uels et d’hétéro­sex­uels, de blancs, de noirs et de lati­nos, de rich­es et de pau­vres, et con­fron­té aux rav­ages du sida à la fin des années 80. Pas loin d’une décade plus tard, Rent est tou­jours à l’af­fiche. C’est Chris Colum­bus, célèbre pour la série des Maman, j’ai raté l’avion et les deux pre­miers épisodes d’Har­ry Pot­ter, qui en signe l’adap­ta­tion ciné­matographique. A ceux qui se mon­trent scep­tiques, Colum­bus pré­cise qu’il a abor­dé Rent avec la fer­veur d’un immense « fan », celle qui l’an­i­mait déjà à l’époque où il s’at­taquait à Har­ry Pot­ter et dit s’être inspiré, entre autres, de Cabaret, A Hard Day’s Night et The Last Waltz. Quelques change­ments ont été apportés à l’oeu­vre orig­i­nale. Des lignes de dia­logues par­lés vien­nent, en par­ti­c­uli­er, ren­dre, ça et là, l’his­toire plus explicite alors que le spec­ta­cle était inté­grale­ment chan­té. Mais le film sera quand même chan­té à 80 %. Pour la dis­tri­b­u­tion, Colum­bus a engagé, fait assez rare pour être souligné, une bonne par­tie de la troupe orig­i­nale dont aucun mem­bre n’a de vraie car­rière au ciné­ma. On retrou­vera donc Adam Pas­cal (Roger), Antho­ny Rapp (Mark), Taye Dig­gs (Ben­ny), Jesse L. Mar­tin (Tom Collins), Wil­son Jer­maine Here­dia (Angel) et Ind­i­na Men­zel (Mau­reen). Ils seront rejoints par Tra­cie Thoms (Joanne) et la très belle héroïne de Sin City, Rosario Daw­son (Mimi). Les pris­es de vues ont eu lieu à New York pour les extérieurs et à San Fran­cis­co, où vit Colum­bus, pour les scènes en stu­dio. Le film sor­ti­ra aux Etats-Unis le 11 novem­bre prochain. Sa sor­tie en France est prévue le 12 avril 2006. Sans préjuger de la qual­ité du film, on peut déjà dire que la bande annonce est ter­ri­ble­ment alléchante.

The Pro­duc­ers : Il s’ag­it là de l’adap­ta­tion d’un spec­ta­cle de Mel Brooks (trans­po­si­tion scénique d’un film que le cinéaste avait réal­isé dans les années soix­ante), qui tri­om­phe à Broad­way depuis 2001. Le suc­cès du show est tel que le prix des bil­lets approche aujour­d’hui celui des places des con­certs rock les plus prisés. En out­re, «The Pro­duc­ers a rem­porté douze Tony Awards, un record dans l’his­toire de cette man­i­fes­ta­tion. Cette comédie musi­cale à l’an­ci­enne racon­te com­ment deux pro­duc­teurs s’ap­pliquent délibéré­ment à mon­ter le bide de l’an­née à Broad­way de manière à touch­er l’ar­gent de l’as­sur­ance. Mal­heureuse­ment pour eux, leur spec­ta­cle est un tri­om­phe. La choré­graphe Susan Stro­man (Crazy For You, Okla­homa), met­teur en scène du spec­ta­cle (elle l’avait repris suite au décès de son époux Mike Ock­rent qui devait ini­tiale­ment le diriger) passe der­rière la caméra pour ce qui sera son pre­mier long-métrage. Con­traire­ment à Rent ou Phan­tom qui se situent dans un reg­istre dra­ma­tique, The Pro­duc­ers s’in­scrit dans le cadre de la pure comédie, mais loin de la comédie noire et cynique à la Chica­go. Stro­man s’ex­plique : « Chica­go était sexy et l’hu­mour y était cinglant; nous ne faisons pas du sexy ou du cinglant, nous faisons de la bonne vieille comédie musi­cale ». Comme pour Rent, la plu­part des acteurs de la troupe orig­i­nale, Nathan Lane, Matthew Brod­er­ick, Gary Beach, Roger Bart, revi­en­nent pour le film. Par­mi les petits nou­veaux, on retrou­ve Will Fer­rell (bien­tôt dans le remake ciné de la série Ma sor­cière bien-aimée) en Franz Liebkind et surtout Uma — Kill Bill — Thur­man dans le rôle de Ulla, la secré­taire bim­bo, ini­tiale­ment pro­posé à Nicole Kid­man. Le tour­nage du film a eu lieu à New York. Sa sor­tie est prévue aux Etats-Unis le 25 décem­bre 2005 et le 8 mars 2006 en France.

Dream­girls : Ecrit par Hen­ry Krieger et Tom Eyen, mis en scène, à l’o­rig­ine, par Michael Ben­nett (A Cho­rus Line), Dream­girls a rem­porté six Tony Awards l’an­née de sa créa­tion. Le spec­ta­cle racon­te la mon­tée et la chute d’un trio musi­cal féminin inspiré par les Supremes, le groupe qui fit con­naître Diana Ross. L’his­toire met, en par­ti­c­uli­er, l’ac­cent sur la rival­ité entre la vedette du trio, Deena Jones, et celle qui en est éjec­tée, Effie White. Cette dernière inter­prète la chan­son la plus mémorable du show, « And I Am Telling You I’m Not Going ». Bill Con­don (Kin­sey) va met­tre en scène la trans­po­si­tion ciné­matographique du spec­ta­cle après en avoir égale­ment signé le scé­nario. Con­don fai­sait par­tie de la « dream team » de Chica­go dont il a adap­té le scé­nario pour Rob Mar­shall. Après le suc­cès, il y a quelques mois, du Ray de Tay­lor Hack­ford basé sur la vie de Ray Charles, Con­don a récem­ment déclaré qu’un musi­cal cen­tré sur un groupe de per­son­nages afro-améri­cains trou­verait facile­ment un écho sur une large audi­ence. « La musique afro-améri­caine est au cen­tre de notre cul­ture » dit-il, « ce n’est pas qu’une par­tie de notre cul­ture, C’EST la cul­ture ». Un autre élé­ment qui pour­rait intéress­er un pub­lic plus jeune est la référence à l’émis­sion Amer­i­can Idol (Pop Star en France), le spec­ta­cle démar­rant sur un radio cro­chet auquel par­ticipent les héroïnes. Six nou­velles chan­sons ont été com­posées par les auteurs de la pièce, et le script a été revu de manière à s’éloign­er de la forme entière­ment chan­tée du spec­ta­cle. Jamie Foxx, tout auréolé de son Oscar pour le rôle titre de Ray tien­dra le rôle de Cur­tis Tay­lor Jr, le man­ag­er des « Dream­girls » qui a une liai­son avec la vedette, Deena, incar­née par Bey­on­cee Knowles. Eddie Mur­phy (Plu­to Nash) a, quant à lui, accep­té d’in­ter­préter James Thun­der Ear­ly, l’artiste qui don­nera leur pre­mière chance aux chanteuses. Pour le rôle d’Effie, la pro­duc­tion, souhai­tant engager une incon­nue, a lancé, à grand ren­fort de pub­lic­ité, une large audi­tion à tra­vers les Etats-Unis. Le reste du cast­ing est actuelle­ment en négo­ci­a­tions. Les pris­es de vue démar­reront le 8 jan­vi­er 2006 pour une sor­tie aux Etats-Unis en décem­bre de la même année.

Hair­spray : Adap­té du film éponyme de John Waters par Thomas Mee­han, Mark O’Don­nell, Scott Wittman et Marc Shaiman, cette comédie musi­cale tri­om­phe à Broad­way, où elle a rem­porté huit Tony Awards dont celui du meilleur musi­cal, depuis 2002. Située dans les années 60, elle racon­te com­ment une ado­les­cente aux formes opu­lentes devient le sym­bole de l’Amérique tri­om­phante après avoir gag­né un con­cours de danse télévisé. Hair­spray revient donc au ciné­ma mais la pro­duc­tion a pris du retard. Jack O’Brien et Jer­ry Mitchell, respec­tive­ment met­teur en scène et choré­graphe du spec­ta­cle orig­i­nal devaient assur­er la réal­i­sa­tion du film mais suite au report du tour­nage à avril 2006, ils ont déclaré for­fait. Les pro­duc­teurs Craig Zadan et Neil Meron, à qui l’on doit Chica­go, se sont tournés vers Rob Marschall. Si celui-ci accep­tait, la boucle serait bouclée puisque c’est Mar­shall qui, à l’o­rig­ine, devait met­tre en scène et choré­gra­phi­er le spec­ta­cle mais s’é­tait retiré du pro­jet pour pré­par­er le film tiré de Chica­go et avait été rem­placé par O’Brien et Mitchell. Mar­shall, qui vient de ter­min­er Mem­oirs of A Geisha pour le compte de Dream­works, serait effec­tive­ment libre pour entamer la pré­pa­ra­tion de Hair­spray. « Le thème est ici l’ac­cep­ta­tion de soi », explique Meron, « C’est un peu Cen­drillon à l’en­vers. On y trou­ve aus­si beau­coup de ce qui fai­sait le charme de Grease, l’é­mo­tion en plus ». Pour le cast­ing, aucune annonce offi­cielle n’a été faite. Si les fans du spec­ta­cle mili­tent pour retrou­ver Har­vey Fier­stein dans le rôle d’Ed­na, la mère de la jeune ado­les­cente, on par­le beau­coup de John Tra­vol­ta pour incar­n­er ce per­son­nage. Bil­ly Crys­tal et Aretha Franklin sont par­mi les noms les plus cités par les rumeurs pour des rôles sec­ondaires. Le film sor­ti­ra dans le courant de l’an­née 2007.

Broad­way, Hol­ly­wood, et ensuite ?
La liste est longue des comédies musi­cales de Broad­way dont on par­le pour le ciné­ma. Par­mi les pro­jets les plus avancés, citons Sweeney Todd, la comédie musi­cale de Steven Sond­heim et Bat Boy spec­ta­cle off Broad­way de Lau­rence O’Keefe, Keythe Far­ley et Bri­an Flem­ming. Après être passé dans les mains des dirigeants de la Colum­bia dans les années 90 (à l’époque, Tim Bur­ton devait sign­er la mise en scène) puis, l’an­née dernière, dans celles des représen­tants de Dream­work, l’adap­ta­tion de Sweeney Todd est aujour­d’hui au plan­ning de Scamp Films and The­atre Ltd., la société de pro­duc­tion du met­teur en scène Sam Mendes (Amer­i­can Beau­ty au ciné­ma, Cabaret au théâtre). Mendes a annon­cé récem­ment dans le men­su­el « Empire » qu’il réalis­erait lui-même le film sur un scé­nario de John Logan. On par­le d’une sor­tie fin 2006 mais rien n’est offi­ciel pour l’in­stant. Bat Boy sera mis en scène par John Lan­dis (The Blues Broth­ers). Far­ley et Flem­ming sont en train d’écrire le script qui doit être prêt à la fin du mois d’août. Le film devrait sor­tir dans le courant de l’an­née 2007. Citons encore Pip­pin, la comédie musi­cale de Stephen Schwartz et Bob Fos­se, dont Har­vey Wein­stein, alors chez Mira­max, avait acheté les droits après le suc­cès de Chica­go. Mais suite à la sépa­ra­tion de Mira­max et Dis­ney, on ne sait pas ce qu’il est advenu du pro­jet, d’au­tant que l’autre gros con­trat de Wein­stein à l’époque, une nou­velle adap­ta­tion de Damn Yan­kees, a, lui, été offi­cielle­ment annulé. Il a été ques­tion égale­ment d’une trans­po­si­tion ciné­matographique de Urine­town de Mark Holl­mann et Greg Kotis, mais rien n’a offi­cielle­ment été con­crétisé depuis l’an­nonce du pro­jet en 2003.

Hol­ly­wood sans Broadway
Juste avant Chica­go, un autre musi­cal, présen­té en com­péti­tion offi­cielle en ouver­ture du fes­ti­val de Cannes avait beau­coup fait par­ler de lui. Il s’ag­it bien sûr de Moulin Rouge. Comme dans Chica­go, l’at­trait du film de Baz Luhrman repo­sait beau­coup sur la décou­verte des tal­ents de chanteurs ignorés de deux gross­es stars du ciné­ma, Nicole Kid­man et Ewan Mc Gre­gor, qui don­nait à l’ensem­ble de l’oeu­vre un cachet par­ti­c­uli­er. Plus que Chica­go et plus que les musi­caux qui vont sor­tir dans les prochains mois, Moulin Rouge mérite l’ap­pel­la­tion de « musi­cal mod­erne ». L’autre intérêt du film réside, en effet, dans son util­i­sa­tion abon­dante du numérique qui con­fère à l’im­age un look incon­cev­able il y a seule­ment quinze ans. Enfin, Moulin Rouge est un musi­cal orig­i­nal et le renou­veau de la comédie musi­cale hol­ly­woo­d­i­enne ne sera pas sans que des films ne soient réal­isés hors du con­texte de Broadway.

S’ils sont moins nom­breux, les pro­jets exis­tent cepen­dant. D’i­ci quelques semaines sor­ti­ra aux Etats-Unis, un film de John Tur­tur­ro pro­duit par les frères Cohen et inti­t­ulé Romance and Cig­a­rettes. James Gan­dolfi­ni (de la série Les Sopra­nos), Susan Saran­don, Kate Winslet, Christo­pher Walken, Mandy Moore et Bob­by Can­navale (de la série New York 911) con­stituent la dis­tri­b­u­tion de ce long-métrage indépen­dant qui racon­te les déboires d’un quin­quagé­naire déchiré entre sa femme et sa jeune maîtresse. Comme dans les oeu­vres de Den­nis Pot­ter (Pen­nies From Heav­en), les acteurs chanteront avec la voix de chanteurs con­nus, tel, par exem­ple, Bruce Spring­steen. On ne sait pas encore quand Romance and Cig­a­rettes sor­ti­ra en France mais le film vient d’être sélec­tion­né pour le prochain fes­ti­val de Venise. Julie Tay­mor, met­teur en scène à Broad­way de The Lion King et réal­isatrice au ciné­ma de Fri­da pré­pare un long-métrage qui, suiv­ant la méth­ode de Mam­ma Mia au théâtre, s’ar­tic­ulera autour du réper­toire d’un groupe célèbre, en l’oc­cur­rence les Bea­t­les. Le film évo­quera l’his­toire d’amour entre une jeune améri­caine et un étu­di­ant anglais dans le Lon­dres des années soix­ante. Evan Rachel Wood (Thir­teen) tien­dra la vedette de ce long-métrage qui n’a pas de titre pour l’in­stant mais dont la sor­tie aux Etats-Unis est déjà prévue pour l’au­tomne 2006. Enfin, le comé­di­en-chanteur Hugh Jack­man (Okla­homa au théâtre, X‑Men au ciné­ma) vient de sign­er un deal avec les stu­dios Dis­ney pour pro­duire et tenir le rôle prin­ci­pal de trois comédies musi­cales dont deux originales.

Com­bi­en de temps dur­era ce renou­veau? On ne peut, effec­tive­ment, pas encore le dire. Mais en atten­dant, les ama­teurs de ciné­ma musi­cal vont avoir, large­ment, de quoi se réjouir durant les prochaines années.