Laurent Ban, Viva el Zorro !

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Laurent Ban (c)Klaus Roethlisberger
Lau­rent Ban ©Klaus Roethlisberger

Lau­rent Ban, inter­préter un per­son­nage comme Zor­ro, cela représente quoi pour vous ?
C’est un rêve d’enfant qui se réalise. Je crois que je fais ce méti­er parce que j’ai gardé en moi cette part d’enfant quoi qu’il arrive. Jouer des per­son­nages, c’est se déguis­er. Revêtir un cos­tume de super héros aug­mente encore la part de rêve. Là où c’est intéres­sant, c’est que ce n’est pas juste une inter­pré­ta­tion en sur­face ; on me demande d’aller chercher des choses à l’intérieur du personnage.

Vous jouez dans Zor­ro depuis cinq mois. Com­ment vivez-vous cette aventure ?
C’est un vrai cadeau. Ce qui m’excite pro­fondé­ment dans ce méti­er, c’est d’explorer des choses nou­velles à chaque fois. Avec ce rôle, je suis bien servi : il englobe le chant, le jeu avec des vraies scènes con­sis­tantes, la danse, l’escrime, les cas­cades, sans par­ler des tours de magie. Le spec­ta­cle est à la hau­teur de ce que je pou­vais espér­er. C’est une troupe sub­lime mêlant plusieurs nation­al­ités et venant d’horizons artis­tiques dif­férents. Il y a une vraie fra­ter­nité et une vraie com­plic­ité entre nous. Humaine­ment, j’ai fait de belles ren­con­tres. Georges Beller est quelqu’un de très sen­si­ble sur lequel j’ai pu m’appuyer. Avec Yan Duf­fas, mon frère dans l’histoire, même si on s’affronte sur scène, il se passe de très belles choses. Avec Liza Pas­tor (Luisa), nous étions déjà com­plices sur Hair. Géral­dine Lar­rosa (Ines), que je con­nais pour­tant depuis six ans, m’a mon­tré un côté extrême­ment généreux, un désir d’aider les autres. Je suis très heureux avec toute cette troupe.

Prenez-vous tou­jours autant de plaisir ?
Le rôle évolue tout le temps. Encore main­tenant, nous tra­vail­lons avec Frédéric Bap­tiste (met­teur en scène rési­dent) pour faire évoluer cer­taines scènes. Par exem­ple, depuis une semaine, j’attaque la scène du Diego dandy d’une manière com­plète­ment dif­férente, plus intéri­or­isée et moins déli­rante. Christo­pher Ren­shaw, le met­teur en scène, est revenu nous voir il y a quinze jours, il nous a don­né l’autorisation. Il sait pren­dre du recul.

Qu’est-ce qui vous a motivé au départ dans ce projet ?
Plusieurs élé­ments encour­ageants : une pro­duc­tion Stage Enter­tain­ment qui, avec Cabaret et Le Roi Lion, a déjà mon­tré qu’elle avait la capac­ité de mon­ter de très beaux spec­ta­cles, une équipe artis­tique très com­pé­tente et le fait que je pou­vais cor­re­spon­dre au pre­mier rôle. Et puis il y a eu les audi­tions. Nous avions en face de nous des gens de théâtre qui ne nous demandaient pas juste de faire du rem­plis­sage entre deux chan­sons. J’ai pris des cours d’escrime et de fla­men­co pour être prêt pour les audi­tions parce que je savais qu’en face il y aurait une équipe anglaise exigeante.

Vous avez fail­li ne pas jouer puisque vous avez eu un grave acci­dent pen­dant les répétitions…
Une semaine avant la pre­mière, je me suis pris un cas­cadeur de 85 kilos sur les cer­vi­cales pen­dant la scène de « Baila me ». Je suis resté immo­bil­isé au sol, impos­si­ble de me relever, on m’a envoyé aux urgences. J’ai eu une com­pres­sion de la moelle épinière. Le médecin m’a dit que j’étais passé à un mil­limètre de la tétraplégie ou de la mort.

Pas d’autre acci­dent sur scène depuis ?
Si ! Il y a deux semaines, je me suis ouvert le crâne en me prenant une poutre en fer­raille lors d‘un déplace­ment en coulisse. Heureuse­ment, c’est arrivé un quart d’heure avant la fin de la représen­ta­tion, j’ai con­tin­ué avec une com­presse sous le masque pour absorber le sang. Pour le com­bat final, un peu de sang c’était bien !

C’est un spec­ta­cle très physique. Vous astreignez-vous à un entraîne­ment quo­ti­di­en, à une hygiène de vie ?
Ques­tion entraîne­ment physique, le spec­ta­cle se suf­fit en lui-même ! J’ai per­du cinq kilos, c’est un vrai marathon. Mais j’avoue que je ne suis pas très sérieux. J’ai ten­dance à me couch­er à cinq heures du matin, à me lever à onze heures, ce n’est pas bien. Finale­ment, je vis un peu comme mon per­son­nage qui est tout feu tout flamme !

Quels sont pour vous les points forts du spectacle ?
C’est la richesse de tout ce que nous don­nons au pub­lic. Visuelle­ment, entre la pyrotech­nie, les cas­cades, les dans­es, les couleurs, le décor, les cos­tumes, je crois que c’est très réus­si. C’est très dynamique. J’aime beau­coup l’écriture du spec­ta­cle. Les rap­ports entre les per­son­nages sont rich­es et com­plex­es même si cela reste une his­toire de super héros très grand pub­lic. Chaque per­son­nage a plusieurs facettes à défendre. Quand on va voir ce spec­ta­cle, on a une idée de ce qu’est un musi­cal à l’anglo-saxonne où chaque artiste est mul­ti disciplinaire.

Y a‑t-il des aspects qui vous plaisent moins ?
Un petit peu moins de roman­tisme à l’eau de rose ne m’aurait pas déplu. Mais on ne s’en tire pas si mal parce qu’au départ Zor­ro devait danser avec Luisa, et là je trou­vais que ça ne mar­chait pas du tout ! Per­son­nelle­ment, je n’aurais pas ter­miné le spec­ta­cle par le bais­er avec une morale un peu naïve. Je préfère le côté rugueux du spectacle.

Entre les deux facettes de Diego et Zor­ro, vous jouez finale­ment trois per­son­nages en un. Lequel a votre préférence ?
Le plus enrichissant, c’est le vrai Diego, à la fois fan­faron et très sen­si­ble, celui qui crée les deux autres per­son­nages : le Diego dandy et Zor­ro. Il les crée avec sa vision de jeune homme qui pense que c’est comme ça qu’il faut faire. On se rend compte qu’il se plante, qu’il est mal­adroit, c’est ce qui est drôle d’ailleurs. Au départ, il se prend les pieds dans sa cape quand il fait Zor­ro avec une grosse voix de sten­tor, il est dans un excès de pré­ciosité quand il fait le dandy. C’est ce côté riche et com­plexe du per­son­nage qui me plait. Cela va au-delà du gars qui se con­tente de met­tre sa cape pour faire Zorro.

Lauren Ban dans Zorro le musical (c)Brinkoff / Mögenburg - 2009 ZLL
Lau­ren Ban dans Zor­ro le musi­cal ©Brinkoff / Mögen­burg — 2009 ZLL

Vous sen­tez-vous proche de Diego ?
Ce rôle me touche beau­coup plus que n’importe quel autre. Il y a pas mal de points dans le spec­ta­cle qui me par­lent, qui réson­nent en moi. Pas mal de choses qui sont très proches de moi, des choses per­son­nelles et douloureuses qui ressor­tent. Pour par­ler claire­ment, l’image du père, la recherche du père, c’est quelque chose qui me tient à cœur dans ma vie affec­tive. C’est une lumière qui me guide et cette lumière, je pense qu’elle est présente sur ce spec­ta­cle parce que tous les soirs je me retrou­ve con­fron­té à une péri­ode de ma vie qui a été très dif­fi­cile et je dois sur­mon­ter cette sit­u­a­tion. Ce par­cours du per­son­nage dans le spec­ta­cle est aus­si une sorte de par­cours ini­ti­a­tique pour moi. J’y ai pen­sé en jouant le per­son­nage pen­dant plusieurs mois. J’ai été très per­tur­bé. Cela fait seule­ment deux mois que je com­mence à me sen­tir plus libre par rap­port à tout ça ; au début c’était très lourd.

En juin, dans le cadre du Fes­ti­val Diva, vous allez présen­ter Le Jour­nal d’Adam et Eve, un spec­ta­cle qui vous tient à coeur…
A l’origine, c’est un spec­ta­cle ital­ien de Ric­car­do Castag­nari inspiré de deux nou­velles de Mark Twain, « Le Jour­nal d’Adam » et « Le Jour­nal d’Eve ». Avec Chiara di Bari, nous en avons fait une nou­velle ver­sion très proche de nous, qui par­le des rap­ports homme-femme et de cou­ple en général mais de manière pos­i­tive. C’est drôle, émou­vant. Il y a des chan­sons écrites par Didi­er Begon, Stéphane Corbin, Hervé Devold­er et moi, avec Daniel Glet (directeur musi­cal sur Zor­ro) pour l’habillage musical.

D’autres pro­jets ?
J’ai plusieurs pistes, je suis en train de pass­er des audi­tions et de ren­con­tr­er des gens qui m’ont demandé de par­ticiper à leur pro­jet. Actuelle­ment, je tra­vaille sur l’écriture d’un spec­ta­cle sur mon père juste­ment, sur sa vie qui pour moi a été un par­cours assez incroy­able, j’ai envie de lui ren­dre hom­mage. L’idéal serait de le jouer avec mon frère David.

Etes-vous opti­miste sur l’avenir du théâtre musi­cal en France ?
Je suis opti­miste parce qu’il existe beau­coup plus de pro­jets qui voient le jour qu’il y a quelques années. Mais on a encore besoin de mieux faire con­naître aux gens ce genre de spec­ta­cle. Mal­heureuse­ment, on n’a pas encore trou­vé le bon angle d’approche pour com­mu­ni­quer et pro­mou­voir un spec­ta­cle de théâtre musi­cal qui ne se résume pas à un album et des tubes. Il faudrait que les médias, et la télévi­sion en par­ti­c­uli­er, s’ouvrent à ce type de spec­ta­cle. Il faudrait aus­si qu’il y ait un peu plus de sol­i­dar­ité au sein du petit monde du théâtre musi­cal et moins de mesquiner­ies. La sit­u­a­tion est encore frag­ile, nous avons besoin de nous ser­rer les coudes, d’être positifs.