Laurent Ban — Double jeu

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Laurent Ban ©DR
Lau­rent Ban ©DR

Lau­rent Ban, com­ment avez-vous démar­ré votre par­cours artistique ? 
Au début, j’é­tais graphiste. Depuis tout petit jusqu’à l’âge de 17 ans, je peignais, je fai­sais des expos. Et puis du jour au lende­main, pour une fête de lycée, je suis tombé sur la vidéo de Star­ma­nia. A l’époque, j’é­tais à Bar-le-Duc et peu de monde con­nais­sait la ver­sion de 1989. J’ai donc vision­né cette cas­sette et j’ai décidé de chanter « SOS d’un ter­rien en détresse »… Tout a com­mencé là ! J’ai appré­cié le partage immé­di­at, le don­né pour le ren­du dans la rela­tion avec le pub­lic, con­traire­ment au dessin ou à la pein­ture où tu tra­vailles tout seul chez toi et tu n’ob­tiens un résul­tat qu’au bout de six mois quand tu fais une expo. Ain­si a com­mencé l’his­toire, j’ai chan­té dans des groupes de styles très dif­férents : jazz, hard-rock, soul… Par­al­lèle­ment à ça, j’ai fait le Con­ser­va­toire d’Art Dra­ma­tique de Nan­cy. Ce qui m’in­téres­sait, c’é­tait le mélange des gen­res. J’avais envie d’avoir un par­cours com­plet com­bi­nant le chant et la comédie. Ca vient sans doute de mon expéri­ence en arts plas­tiques, j’aime bien que la forme ait un rap­port avec le fond. Quand tu chantes quelque chose, c’est impor­tant de savoir ce que tu dis, et de le jouer, c’est une chose que tu retrou­ves vrai­ment dans la comédie musicale.

Vous en avez d’ailleurs com­posé une ? 
J’ai com­posé la musique d’un opéra-rock à Nan­cy, avec un ami choré­graphe et auteur. On était une troupe d’une ving­taine de per­son­nes et on a mon­té Les Ecus de Sobies­ki, qui a eu son suc­cès là-bas. Ca m’a don­né une dynamique de créa­tion et une envie d’aller plus loin et je suis « mon­té à Paris » en me don­nant un an pour faire toutes les auditions…

C’est court…
A l’époque, je ne m’en rendais pas compte ! D’au­tant plus que je lâchais tout pour une ville qui, vue de province, paraît énorme et anonyme, et en plus, pour un domaine artis­tique très fer­mé et peu­plé de requins… J’ai eu la chance de réus­sir la pre­mière audi­tion que j’ai passée. C’é­tait avec Alfre­do Arias pour Peines de coeur d’une chat­te française.

Com­ment s’est passée cette expéri­ence avec Arias ? 
Arias est quelqu’un de très attachant, et en même temps, c’est un peu une diva ! Il peut par­tir dans un truc com­plète­ment fou et il faut le suiv­re. Si tu pass­es le cap où il te met à rude épreuve, tu peux aller plus loin. Mais ça s’est très bien passé. J’ai appris plein de choses, comme gér­er une tournée qui a duré un an et demi, avec une troupe mi-française, mi-ital­i­enne. Et puis jouer à Venise — qui est la ville du masque — un spec­ta­cle masqué comme Peines de coeur, c’est une expéri­ence inoubliable.

Puis vous avez enchaîné assez rapi­de­ment sur Notre Dame… 
Oui, tout s’est enchaîné très rapi­de­ment… Je suis très fier de faire ce spec­ta­cle, et sym­bol­ique­ment, Pla­m­on­don, c’est un peu celui qui m’a don­né envie de faire ce méti­er. Je pense que Notre Dame a été le précurseur en matière de renou­veau des comédies musi­cales à la française. Il y a du bon et du moins bon, mais tous ces spec­ta­cles ont le mérite d’ou­vrir l’e­sprit du pub­lic français qui a boudé un peu ce domaine pen­dant de nom­breuses années. Je pense que Notre Dame a ouvert une voie même si je suis aus­si fan de comédies musi­cales anglo-saxonnes.

Quels sont vos goûts en matière de comédies musi­cales ? Il y a des rôles qui vous fasci­nent particulièrement ? 
J’ai un faible pour Jesus Christ Super­star. C’est un peu kitsch mais il y a des morceaux sub­limes… et « Geth­se­mane » est un morceau qui m’a porté bon­heur à chaque audi­tion ! C’est à dire très vocal et en même temps, tu peux vrai­ment le jouer. J’aime aus­si beau­coup Jekyll & Hyde, même si j’aime moins les morceaux un peu lan­goureux à la Whit­ney Hous­ton. Et puis bien sûr, des clas­siques comme Les Mis­érables… Quant aux rôles… Jésus ou Judas… Main­tenant, je suis habitué à avoir soit les cheveux longs, soit les cheveux courts !

Juste­ment, ce n’est pas trop dif­fi­cile d’al­tern­er deux rôles assez dif­férents comme Gringoire et Phoebus ? 
C’est dur quand tu dois jouer les deux rôles dans le même journée, l’un en mat­inée et l’autre en soirée. Là, tu dois jon­gler dans ton esprit. Depuis le début du spec­ta­cle, je joue en moyenne cinq fois par semaine mais avec les deux rôles. Il m’ar­rive de les altern­er un soir sur deux. Et pour instau­r­er un per­son­nage avec des mar­ques bien pré­cis­es, j’ai besoin de le jouer plusieurs fois d’af­filée. Donc, au début, je cher­chais un peu, mais main­tenant, c’est très exci­tant… En tout cas, je déteste faire quelque chose de trop établi. Si un jour, il doit se pass­er quelque chose avec les danseurs ou d’autres comé­di­ens, j’ai envie d’aller dans ce sens-là, d’in­ter­a­gir avec ces per­son­nes car l’oc­ca­sion se présente. Je suis con­tre le principe de suiv­re un sché­ma pré-établi, d’avoir un vibra­to à tel moment pré­cis d’une chan­son. Il faut pou­voir évoluer et pren­dre du plaisir.