Une pièce de René de Obaldia
mise en scène de Thomas Le Douarec et Pierre Forest
Avec : Michèle Bourdet, Pierre Forest et Thomas Le Douarec
La frontière est étroite entre la séduction et la manipulation. L’amour à trois l’illustre de manière très intéressante et par moments raffinée. Le texte s’avère très spirituel et à la hauteur du propos : charmeur, et parfois étourdissant. Un mari ordinaire et sa femme sexy font appel à un « professeur » de jeux télévisés. En effet poussé par son épouse, le mari veut participer au jeu télévisé « Supercrack » et remporter un pactole. Ainsi leur vie sans relief prendrait fin. Mais le professeur s’avère aussi truqueur que séducteur, et il n’est pas insensible au charme de la femme. Bref tous les ingrédients sont présents pour un trio amoureux « de boulevard » : le mari, la femme et l’amant.
Le texte résulte de la juxtaposition de deux pièces de René de Obaldia (Pour ses beaux yeux et Le grand Vizir). Il a les vertus des bonnes pièces de boulevard : des situations délirantes bien développées, des rebondissements inattendus et des personnages crédules. Mais il a aussi une qualité d’écriture certaine. Même lorsque le rire est gras, l’oreille reste séduite par la finesse des mots. Une partie de la pièce est consacrée à imiter une pièce de théâtre classique (un roi et son fourbe conseiller). Le traitement parodique s’avère cocasse, d’autant que mari et amant en profitent pour régler quelques comptes. La caricature des jeux télévisés est appuyée et réussie. À partir de la formule classique de boulevard mari/femme/amant, la pièce explore une variante actualisée intrigante. Les trois acteurs Michelle Bourdet, Pierre Forest, et Thomas Le Douarec s’approprient le texte avec bonheur. Ils trouvent la bonne balance entre allant, ridicule et fragilité. Et surtout ils régalent avec les situations dans lesquelles ils s’empêtrent.