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La Muse gueule

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Pièce de Aude Sardier
Mise en scène : Aude Sardier
Avec Aude Sardier, Bernard Imbert, Pierre Espi­aut, Michel Frantz, Elis­a­beth Conquet

Il est dit que ven­tre affamé n’a pas d’or­eille… C’est donc avec un cer­tain courage que la troupe lyrique de « La Muse Gueule » prend le créneau de 19 heures au Théâtre du Renard pour un spec­ta­cle musi­cal pré-dina­toire. Dans les odeurs de gril­lades aux herbes de Provence et de gâteau au choco­lat con­coc­tés sur scène, le spec­ta­teur est invité à tit­iller à la fois ses papilles et ses tym­pa­ns… ain­si que quelques neurones !

Car il faut pas mal cog­iter avant de pou­voir s’ex­tir­p­er de la banale réal­ité parisi­enne et s’im­merg­er dans un drôle d’u­nivers, une sorte d’asile psy­chi­a­trique pour cuisiniers sur­menés et dont la perte d’une étoile aurait achevé le déclin. Ou bien est-ce un sana­to­ri­um pour indus­triels repen­tants de l’a­gro-cul­ture de volailles en bat­ter­ies, n’y ten­ant plus d’avoir tant de morts sur la con­science ? Quoi qu’il en soit, le spec­ta­teur devra bien s’ex­pli­quer pourquoi les pro­tag­o­nistes vénèrent un vul­gaire poulet déplumé fraîche­ment sor­ti de sa bar­quette comme un fils, et pourquoi le coq géant les accom­pa­g­nant au piano est si méfi­ant dès qu’ils s’ap­prochent de lui. Entre lui et eux, l’at­mo­sphère est à couteaux tirés.

« Désacralis­er son art n’est pas chose aisée, surtout lorsque l’on a dépen­sé de nom­breuses années à la par­faire », déclare Aude Sardier, la créa­trice du spec­ta­cle. Il s’ag­it là sans doute de la clé de l’énigme : un hom­mage sincère à la musique lyrique sous forme de trans­po­si­tion irrévéren­cieuse dans un con­texte bur­lesque, sinon absurde. Rapi­de­ment, on com­prend qu’il ne faut pas trop chercher à com­pren­dre et qu’il vaut mieux se laiss­er porter par les sen­ti­ments var­iés sus­cités par des saynètes bercées d’airs fameux remar­quable­ment inter­prétés par la troupe. Seuls les artistes tal­entueux peu­vent se per­me­t­tre ce genre d’hu­mour décalé : c’est parce qu’ils ne ratent jamais une note, même la bouche et la face pleines de fon­dant au choco­lat, qu’on leur par­donne de ne pas tou­jours faire dans la den­telle. A mesure que le spec­ta­cle avance, la salle rit de bon coeur. C’est donc que l’hu­mour reste dans la bonne… fourchette.

Ain­si, pour peu que l’on ne soit pas franche­ment rebuté par les démon­stra­tions par l’ab­surde, les jeux avec la nour­ri­t­ure et un brin d’hu­mour « pipi-caca », « La Muse Gueule » est une récréa­tion musi­cale plutôt sym­pa­thique. Surtout, on y décou­vre des inter­prètes ten­ant leur rôle à la per­fec­tion, pianiste-volaille com­pris, dans les accès de folie aigus comme dans les sen­ti­ments graves. Au fond, on en reprendrait bien… une louche !