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L’Opéra de Quat’Sous — La plus célèbre collaboration de Kurt Weill et Bertolt Brecht

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Le CD de L'Opéra de Quat'Sous ©DR
Le CD de L

Opéra alle­mand créé en 1928
Musique de Kurt Weill (1900–1950)
Livret de Bertolt Brecht (1898–1956) d’après The Beg­gar’s Opera de John Gay et John Christo­pher Pepusch (18e siècle).
Créé au The­ater am Schiff­bauer­damm à Berlin le 31 août 1928
Créa­tion à Broad­way, New York (USA) en 1954 sous le titre The Three Pen­ny Opera dans une adap­ta­tion de Mark Blitzstein.

Syn­op­sis
Mack­ie le surineur est un truand. C’est aus­si un grand séduc­teur. Pol­ly a suc­com­bé à son charme et l’a épousé. Mais le père de la mar­iée, Peachum, un loueur de cos­tumes de men­di­ants, est mécon­tent et dénonce Mack­ie à la police. Arrêté, il s’é­vade de prison grâce à une autre femme séduite, Lucy. Après plusieurs dénon­ci­a­tions suc­ces­sives, pour­suites par la police et en dépit de ten­ta­tives de cor­rup­tion, Mack­ie est con­duit à la potence. Heureuse­ment, un mes­sager vient au dernier moment apporter une grâce royale et il a la vie sauve.

Le thème
L’Opéra de Quat’­sous est une satire sociale et une charge con­tre le cap­i­tal­isme : la jus­tice et la morale sont bafouées, le héros est un truand, le chef de la Police assiste à son mariage. Le beau-père est égale­ment un escroc. Bref, la cor­rup­tion règne dans un milieu ani­mé par l’ap­pât du gain. La satire tire sa force de la sym­pa­thie sus­citée par Mack­ie, un per­son­nage attachant évolu­ant au milieu de gens répug­nants. Même l’au­torité royale est moquée à tra­vers la grâce de la dernière minute. On recon­naît la griffe du libret­tiste Bertolt Brecht aux sym­pa­thies com­mu­nistes affir­mées. Le jeune musi­cien a suivi avec un ent­hou­si­asme juvénile et une musique jazzy plus sophis­tiquée que les apparences ne la lais­sent paraître.

L’his­toire der­rière l’histoire
Bertolt Brecht est un grand homme de let­tres alle­mand qui vient de décou­vrir le marx­isme dans les années 1920. En effet, la révo­lu­tion cou­ve dans l’Alle­magne de l’en­tre-deux-guer­res mon­di­ales. Dans le même temps, Kurt Weill est un jeune musi­cien qui s’es­saie à cho­quer le bour­geois. L’Opéra de Quat’­sous est la plus célèbre col­lab­o­ra­tion Brecht-Weill qui com­prend aus­si un autre opéra Auf­stieg und Fall der Stadt Mahagonny (1930 — Grandeur et déca­dence de la ville de Mahagonny). L’oeu­vre est découpée en songs (chan­sons). La créa­tion en 1928 ren­con­tre un cer­tain suc­cès grâce à ses sonorités jazzy et ses per­son­nages canailles. L’ap­proche immorale du texte de Brecht fait égale­ment mouche. La femme de Kurt Weill à l’époque, Lotte Lenya (1898–1981), fig­ure alors dans la dis­tri­b­u­tion. L’Opéra de Quat’­Sous sera adap­té en 1954 à Broad­way par le gauchiste améri­cain Mark Blitzstein (The Cra­dle Will Rock) sous le titre The Three Pen­ny Opera. Le trompet­tiste Louis Arm­strong s’ap­pro­priera la chan­son « Mack the Knife » et en fera un suc­cès international.

Les chemins de deux créa­teurs Brecht et Weill diverg­eront par la suite. Ils émi­grent séparé­ment aux Etats-Unis suite à l’ar­rivée de Hitler au pou­voir. Ne cachant pas ses sym­pa­thies pro com­mu­nistes, Brecht est sus­pec­té d’ac­tiv­ités anti améri­caines et trou­ve finale­ment refuge en 1949 à Berlin-Est sous influ­ence sovié­tique. Quant à Kurt Weill, il s’adapte plutôt bien à Broad­way où il crée des musi­cals tels que Lady in the Dark (1941) ou One Touch of Venus (1943) jusqu’à sa mort en 1950. Recon­nu pour son exi­gence en matière de textes et sa musique savante, Weill intro­duit à Broad­way une dimen­sion psy­chologique et sociale qu’on retrou­vera plus tard avec Leonard Bern­stein et Stephen Sond­heim. Plus tard, sa veuve Lotte Lenya appa­raît sur scène dans Cabaret en 1966. Ce musi­cal de Kan­der et Ebb rap­pelle le Berlin des années de créa­tion de L’Opéra de Quat’­sous, c’est à dire durant l’as­cen­sion du nazisme. Cabaret et son «Willkom­men» ne manque pas de clins d’oeils à L’Opéra de Quat’­sous.

Enreg­istrement de référence
Pour décou­vrir l’oeu­vre dans sa forme à mi-chemin entre opéra et théâtre, retenez l’en­reg­istrement réal­isé en 1958 avec Lotte Lenya et sa voix si par­ti­c­ulière de cabaret.

? Die Dreigroschenop­er. Dirigé par Wil­helm Brück­n­er-Rugge­berg. Edité par CBS mas­ter­works Sony Clas­sics n°42637