Joseph-Emmanuel — Le violon sûr de soi

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Joseph-Emmanuel ©DR
Joseph-Emmanuel ©DR

Pou­vez-vous nous par­ler de votre parcours ?
Je suis né à Liège dans une famille de mélo­manes, mes par­ents vivant de leur pas­sion comme pro­fesseurs. J’ai appris le vio­lon à cinq ans et le piano à douze, ce qui m’a per­mis de com­mencer à com­pos­er très jeune. A quinze ans, j’écrivais une pre­mière chan­son pour une comédie musi­cale à Brux­elles et quelques années plus tard, je par­tic­i­pais moi-même à des tours de chant organ­isés par ma mère au Con­ser­va­toire. Déjà adepte des planch­es depuis mon ini­ti­a­tion au théâtre à dix ans, j’ai ain­si pris goût à la scène comme chanteur-inter­prète. J’ai par­ticipé à Pour la gloire, un micro-cro­chet télévisé assez con­nu en Bel­gique, moins trash que la télé-réal­ité. Puis j’ai gag­né un con­cours pour enreg­istr­er un titre en stu­dio pro­fes­sion­nel. J’ai décidé de met­tre de côté mon vio­lon et la musique clas­sique pour me con­sacr­er à la com­po­si­tion de chan­sons de var­iété et pop.

Com­ment êtes-vous arrivé à Paris et à la comédie musicale ?
Après 2–3 années de con­certs en Bel­gique, où je me suis fait un petit pub­lic, et deux dis­ques auto-pro­duits dont on peut écouter quelques extraits sur mon site per­so, je suis venu en France à la recherche de pro­duc­teurs. Je ne suis ni le pre­mier ni le dernier Belge à venir « con­quérir Paris » (rires). Tou­jours ten­té par l’ex­pres­sion scénique util­isant mes com­pé­tences théâ­trales et musi­cales, la comédie musi­cale est un par­cours par­al­lèle que j’es­saye de suiv­re. J’avais déjà fait quelques allers-retours à Paris pour des audi­tions, notam­ment celles de Cabaret aux Folies Bergère et de la tournée asi­a­tique de Roméo & Juli­ette, mais sans suc­cès. Fame a été le bon.

Com­ment s’est passée l’au­di­tion de Fame ?
Je suis arrivé à Paris en sep­tem­bre 2007 et j’ai décou­vert en octo­bre l’au­di­tion de Fame sur Regard en Coulisse, seule­ment trois jours avant qu’elle n’ait lieu ! D’abord, j’ai pen­sé que mon faible niveau de danse serait dis­qual­i­fi­ant, mais j’ai remar­qué qu’ils cher­chaient un vio­loniste pour le rôle de Samuel. Donc j’ai revu le film Fame, décroché mon vio­lon et pré­paré deux chan­sons et un extrait de « Art » de Yas­mi­na Reza. Sur place, heureuse­ment, on avait une demi-heure pour appren­dre une minute de choré­gra­phie. J’ai été retenu pour un deux­ième tour et j’ai atten­du deux mois le résul­tat final, mais cela en valait la peine !

Pou­vez-vous par­ler un peu de ce per­son­nage, Samuel ?
Pour ceux — nom­breux — qui con­nais­sent la série Fame, Samuel s’ap­par­ente à Bruno Martel­li. C’est le com­pos­i­teur du groupe, pris en tenaille entre ses orig­ines famil­iales et sa for­ma­tion clas­sique d’un côté et ses aspi­ra­tions mod­ernistes de l’autre. Il en ressort une timid­ité dans l’ex­pres­sion de son art et dans sa vie de tous les jours. Je vous vois venir, vous allez dire que c’est mon por­trait tout craché. Mais mis­es à part la pos­si­ble ressem­blance physique et la simil­i­tude des par­cours du clas­sique au con­tem­po­rain, je vous assure que ma per­son­nal­ité est tout autre !

Quelles sont les dif­fi­cultés du rôle ?
Tout d’abord, mal­gré les apparences, le per­son­nage est très dif­férent de moi, donc c’est un véri­ta­ble rôle de com­po­si­tion. Ensuite, je me suis piégé moi-même en faisant l’er­reur de regarder la série avant les répéti­tions, ce qui m’a instinc­tive­ment con­duit à repro­duire un sché­ma établi plutôt qu’in­ven­ter le mien. J’ai mis longtemps à me sen­tir bien, naturel, dans le rôle. Ned Gru­jic, le met­teur en scène, et Julie Vic­tor, ma parte­naire sur scène, m’ont bien aidé mais c’est le pub­lic, dès la pre­mière, qui m’a don­né le dernier coup de pouce, l’ex­al­ta­tion néces­saire pour y par­venir. Enfin, une dif­fi­culté struc­turelle du spec­ta­cle est que le per­son­nage effectue une véri­ta­ble évo­lu­tion, voire révo­lu­tion, au cours de la pièce alors que je ne dis­pose que de cour­tes saynètes pour l’ex­primer. J’e­spère que le résul­tat est à la hau­teur de mes efforts !

Et après Fame, quels sont vos projets ?
Je vais déjà ter­min­er la sai­son parisi­enne puis la tournée en province à par­tir de décem­bre 2008, inclu­ant une date en Bel­gique. Ensuite, j’aimerais surtout con­tin­uer à per­fec­tion­ner ma dou­ble com­pé­tence, scène et com­po­si­tion. J’ai déjà un mod­este pub­lic qui me suit, dont 70 per­son­nes qui sont venues de Bel­gique en car pour me voir au Théâtre Come­dia et que je salue ici. Bien sûr, un de mes objec­tifs prin­ci­paux est de faire con­naître mon univers musi­cal grâce à mes com­po­si­tions. Tra­vailler avec d’autres artistes comme com­pos­i­teur est pas­sion­nant, mais, à mon âge, ma soif d’ap­pren­dre égale encore celle de don­ner. Jouer dans une comédie musi­cale m’of­fre le ter­reau unique pour dévelop­per mes sens et mon art. Si j’éprou­ve autant de plaisir dans la chan­son que dans la comédie, c’est parce que la scène est pour moi l’en­droit où je me sens le mieux. Partager avec le pub­lic me rend sim­ple­ment heureux.