Jonathan Kerr

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Jonathan Kerr ©DR
Jonathan Kerr ©DR

Com­ment avez-vous com­mencé votre car­rière dans la comédie musicale ?
J’ai démar­ré dans Mayflower il y a 30 ans. J’y ai appris à jouer, chanter, danser… Ce bap­tême du feu m’a beau­coup mar­qué. Puis j’ai vu des comédies musi­cales à Lon­dres, comme Cho­rus Line ou Cats, et ce genre m’a beau­coup impres­sion­né. Par la suite, j’ai fait par­tie du Big Bazar mais je me suis aus­si aguer­ri au méti­er de comé­di­en en tra­vail­lant avec Voutsi­nas. En fait, depuis 30 ans, je nav­igue entre des choses pop­u­laires et du théâtre plus exigeant. Une même année, j’ai joué Les Par­avents de Genet aux Amandiers de Nan­terre, et L’om­bre d’un géant à Mogador.

Com­ment vous est venue l’idée d’écrire un spec­ta­cle sur Camille Claudel ?
Camille Claudel est l’arché­type de l’artiste mau­dit qui n’ar­rive pas à faire con­naître son tal­ent de son vivant Elle veut être recon­nue en tant que femme et en tant qu’artiste mais elle n’y arrive pas, car à la fin du XIXe siè­cle, être sculp­trice équiv­aut à être pute. C’est un par­cours fascinant.
Nous-mêmes, en tant qu’artistes, sommes tou­jours con­fron­tés à cer­tains de ces prob­lèmes. Par exem­ple, pour faire aboutir nos pro­jets, com­ment ren­con­tr­er les gens quand on n’a pas pignon sur rue ? A tra­vers Camille Claudel, j’ai donc voulu aus­si évo­quer nos prob­lèmes d’artistes.

Com­ment voyez-vous Camille Claudel ?
C’est une femme avec une volon­té ter­ri­ble mais qui va se cass­er les dents sur la mon­tagne Rodin. C’est une héroïne romanesque, on pour­rait presque faire un par­al­lèle avec Mme Bovary. C’est une femme qui essaye de s’af­franchir de la tutelle du pou­voir masculin.

Com­ment vous êtes-vous doc­u­men­té pour écrire Camille C. ?
J’ai lu tous les livres sur le sujet. Puis, je les ai posés dans un coin et j’ai com­mencé à rêver à Camille Claudel… D’autre part, j’ai fait un cur­sus d’art thérapie et j’ai eu la pos­si­bil­ité de pass­er deux à trois mois à Sainte-Anne. J’ai pu ain­si observ­er des patients qui avaient des trou­bles du com­porte­ment, des gens que l’on aurait qual­i­fiés de « fous » il y a cent ans. Je leur fai­sais écrire leur his­toire et cette pièce leur ser­vait de cathar­sis pour sur­mon­ter leurs problèmes.

Com­ment a démar­ré le projet ?
Jean-Luc More­au [le met­teur en scène] est venu me voir après un spec­ta­cle et je lui ai par­lé de ce pro­jet. Il a tout de suite été intéressé. Nous sommes par­tis sur la base d’une ver­sion acous­tique et avons réu­ni quelques directeurs de salle pour leur présen­ter le pro­jet. Gérard Maro, du Théâtre de l’Oeu­vre, a été embal­lé et nous a pro­posé de com­mencer 2005 chez lui.

Quelles sont vos références en matière de comédie musicale ?
J’ai un grand faible pour Sond­heim. Sun­day In The Park With George est une mer­veille. Mais j’aime aus­si des oeu­vres comme Sun­set Boule­vard, Rent ou Jer­ry Springer The Opera. Avant tout, il faut que ce soit écrit, qu’il y ait un scé­nario, une vraie théâ­tral­ité, une con­fronta­tion entre les per­son­nages. Il faut que la chan­son soit vécue comme une délivrance…

Avez-vous déjà d’autres projets ?
J’ai mon­té récem­ment un réc­i­tal et j’aimerais aujour­d’hui sor­tir le CD. J’ai égale­ment le pro­jet d’adapter Le por­trait de Dori­an Gray en comédie musi­cale. J’aime ce côté goth­ique, trou­blant, qui va dans le même sens que Camille C. Pour Camille, musi­cale­ment, on nav­igue entre des aspects debussyens et les prémices du jazz, et j’aimerais faire la même chose avec Dori­an Gray.

Que peut-on vous souhaiter ?
Qu’il y ait beau­coup de pub­lic et que le bouche à oreille se fasse ! J’aimerais surtout que le théâtre musi­cal devi­enne un genre en soi et non pas un désir spo­radique des pro­gram­ma­teurs et des directeurs de salle. On a l’im­pres­sion qu’ils pren­nent un énorme risque en pro­gram­mant du théâtre musi­cal alors que ça devrait être com­plète­ment naturel !