Joel Mitchell — Un Américain à Paris

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Joel Mitchell ©DR
Joel Mitchell ©DR

Enfant, Joel Mitchell chan­tait tout le temps. Quelque peu doué pour la musique, il prend des cours de piano et com­mence à jouer dans des comédies musi­cales dès l’ado­les­cence. Il pour­suit sa for­ma­tion à l’U­ni­ver­sité de l’E­tat de New York où il obtient un diplôme de musique et de chant. Puis, il suit une for­ma­tion d’ac­teur pen­dant trois ans. Il prend égale­ment des cours de danse et de cla­que­ttes. Très vite, il joue dans plusieurs comédies musi­cales en tant que danseur et chanteur mais il com­mence égale­ment à chanter du lyrique. L’un de ses meilleurs sou­venirs de cette péri­ode améri­caine, c’est Street Scene de Kurt Weill entre opéra et comédie musicale.

Artiste lyrique en France 
Pré­moni­toire ou pas, Joel Mitchell nous con­fie en riant « juste avant de venir en France, j’ai joué dans une pièce de théâtre musi­cal le rôle d’un pio­nnier français aux Etats-Unis !  » Dans la volon­té de s’ou­vrir à d’autres hori­zons, il décide de venir en Europe et en France plus par­ti­c­ulière­ment. « Je ne voulais pas pass­er toute ma vie aux Etats-Unis et n’avoir que la vue des Améri­cains sur la vie et les arts. » Il arrive donc à Paris en 1990 sans par­ler un mot de français et sans con­naître per­son­ne ! « Pen­dant un an j’ai ren­con­tré des gens et passé des audi­tions. » Il est engagé alors dans un opéra de Lul­ly copro­duit par le Théâtre des Champs-Elysées et l’Opéra Roy­al de Ver­sailles. Puis il enchaîne les rôles dans dif­férents opéras. « J’ai surtout fait du lyrique, de la musique baroque, des opéras con­tem­po­rains au Châtelet ». De ces pre­mières années en France, Joel Mitchell con­serve de très bons sou­venirs. « J’ai vécu de grandes expéri­ences comme chanter avec Pierre Boulez et aus­si toutes les pro­duc­tions au Châtelet avec d’im­menses chefs d’orchestre et met­teurs en scène. Et puis, comme j’ai joué dans beau­coup d’en­droits, je con­nais bien la géo­gra­phie de la France main­tenant ! « . En revanche, il recon­naît qu’il y a deux choses qu’il appré­cie moins en France : le manque de ponc­tu­al­ité et de rigueur dans le tra­vail et surtout le cloi­son­nement entre les dif­férentes dis­ci­plines du spec­ta­cle. « En France, les mon­des sont bien séparés. Ici, j’ai des copains qui ne font que du lyrique. Quand ils ont su que j’al­lais faire Chan­tons sous la pluie, ils m’ont mis en garde : ‘si tu fais ça, tu risques de ne plus être engagé dans des spec­ta­cles lyriques !’ Aux Etats-Unis, c’est plus facile de pass­er d’une pièce de théâtre à un opéra, à une comédie musi­cale. » A cette époque, la danse lui manquait.

En 1998, il part en tournée au Japon avec un spec­ta­cle com­posé d’ex­traits de comédies musi­cales Broad­way Musi­cal Review. Il est le meneur de la revue, il inter­prète cinq numéros. « Dans un numéro, je chan­tais un air de Gersh­win avec des danseurs de cla­que­ttes. La choré­graphe savait que j’avais fait des cla­que­ttes aux Etats-Unis, elle m’a demandé d’en faire un peu dans ce numéro. En ren­trant en France, je me suis dit qu’il fal­lait vrai­ment que je me remette à niveau pour les cla­que­ttes, j’ai donc repris des cours ». Quelques mois plus tard, une danseuse de la tournée l’ap­pelle pour lui sig­naler qu’on cher­chait quelqu’un pour le rôle de Don Lock­wood dans Chan­tons sous la pluie qui allait se créer à l’Opéra Roy­al de Wal­lonie à Liège. Il part aus­sitôt pass­er l’au­di­tion et obtient le rôle.

Chan­tons sous la pluie : un vrai plaisir 
Joel Mitchell a du mal à réalis­er. « Pour moi, ce n’é­tait pas un rôle qu’il était pos­si­ble de jouer. Le film avec Gene Kel­ly était quelque chose de telle­ment instal­lé dans mon enfance que jamais je n’au­rais pen­sé qu’on en ferait une ver­sion scénique et que ce rôle me serait pro­posé ! ». Il recon­naît avoir eu peur de la com­para­i­son quand il a accep­té le rôle et encore main­tenant. « J’y pense tout le temps : Gene Kel­ly était un excel­lent danseur et comé­di­en ! « . Mais il se ras­sure « même si on fait quelque chose avec toutes les références du film, ce n’est pas LE film ». Joel Mitchell avoue être comblé avec un tel rôle. « C’est telle­ment grat­i­fi­ant de jouer une star de ciné­ma avec tous les fans qui cri­ent après moi !  » plaisante-t-il. Il aime son per­son­nage. Pour lui, Don Lock­wood « c’est le chat qui retombe tou­jours sur ses pattes, aucun prob­lème n’est red­outable pour lui. Ce n’est pas un acteur qui réus­sit sans tal­ent mais son vrai tal­ent c’est son savoir-vivre. Il est sincère­ment heureux et prend la vie à pleines mains. C’est un rôle très fatiguant physique­ment mais fan­tas­tique à jouer ». Il se sent très proche de son per­son­nage, « comme Don Lock­wood, je suis un enfant dans la peau d’un adulte ».

Pour Joel Mitchell, ce rôle a l’énorme avan­tage d’être com­plet, il réu­nit chant, danse et comédie. Si les chan­sons ne lui ont posé aucun prob­lème « je les con­nais depuis des années ! « , il avoue que ça n’a pas été aus­si sim­ple pour la danse et surtout pour la comédie. « Il y a beau­coup de scènes de comédie, c’est dif­fi­cile car le français n’est pas ma langue naturelle, le temps de trou­ver mon con­fort dans l’ar­tic­u­la­tion et la pronon­ci­a­tion est assez long, mais c’est un chal­lenge que j’adore ».

Joel Mitchell prend donc beau­coup de plaisir dans Chan­tons sous la pluie. « Tout le long du spec­ta­cle, il n’y a que des sit­u­a­tions drôles, c’est un vrai bon­heur ». Ce qui lui plaît le plus, ce sont les grands numéros de danse. « Je sens car­ré­ment une élec­tric­ité qui vient de nous, qui part dans la salle et qui revient. C’est génial à vivre. C’est ce qui me donne le plus de plaisir tous les soirs ». Il appré­cie égale­ment la qual­ité de l’orchestre. « On a vingt musi­ciens for­mi­da­bles dans la fos­se, c’est très rare de nos jours ». Quant à ses parte­naires, il les trou­ve tous excel­lents « Rodolphe Briand (Cos­mo) est très très drôle, Estelle Danière (Lina Lam­ont) c’est un amour et Isabelle Georges (Kathy Selden) est une danseuse hors pair et chante vrai­ment bien. Toute la troupe est de qual­ité, on s’en­tend à mer­veille ».

Il faut que ça danse ! 
Après avoir créé Chan­tons sous la pluie à Liège et avant de le repren­dre à Paris, il a retrou­vé la même équipe en décem­bre dernier à l’Opéra Roy­al de Wal­lonie pour la créa­tion de la ver­sion française de Titan­ic. Il jouait le rôle de l’ar­ma­teur Ismay. « C’é­tait un peu dif­fi­cile car je suis arrivé après tout le monde. Les répéti­tions étaient déjà bien avancées, j’ai cou­ru der­rière ! « . Il garde néan­moins un bon sou­venir de ce spec­ta­cle même si sa préférence va sans hésiter à Chan­tons sous la pluie car ce qu’il aime avant tout ce sont les comédies musi­cales qui réu­nis­sent à la fois le chant, la danse et la comédie. « S’il n’y a pas de danse, ce n’est pas vrai­ment une comédie musi­cale pour moi ». Il n’est donc pas éton­nant que ses deux musi­cals préférés soient Chica­go et Cabaret de Kan­der et Ebb. « J’ador­erais voir une pro­duc­tion de Chica­go ici à Paris ». Mais il pour­rait bien­tôt jouer dans ce spec­ta­cle à Broad­way ! « On m’a pro­posé une audi­tion pour le rôle de l’av­o­cat Bil­ly Flinn » D’ailleurs il aimerait bien retourn­er aux Etats-Unis pour y tra­vailler tout en gar­dant un pied en France. « Ca peut se faire si j’ar­rive à jon­gler avec les plan­nings ! « .