
Quel est votre parcours ?
J’ai su très tôt ce que j’avais envie de faire, même si je ne mettais encore pas un mot dessus. Dès l’âge de 9–10 ans, j’ai commencé à faire des dessins, des maquettes, des robes aussi. La mode et les fringues m’intéressaient et j’avais une véritablement passion pour les costumes de film — costumes historiques notamment — mais j’étais loin de penser, même plusieurs années après, que l’on pouvait en faire son métier. J’ai donc commencé par une formation de couture traditionnelle s’achevant sur un stage « en maison », en l’occurrence l’Opéra de Bordeaux, ma ville d’origine. Ce court passage en coulisses a été une révélation de mon attrait pour l’art lyrique, le théâtre chanté, la danse et une confirmation pour le choix de mon futur métier de costumier. Je suis parti apprendre les règles de l’Art à l’Ecole de la rue Blanche, une école d’Etat spécialisée, ex-parisienne désormais installée à Lyon. Le cursus classique — costumes de film, création en atelier — a quelque peu été perturbé par l’opportunité exceptionnelle qui m’a été offerte d’effectuer un remplacement d’habilleur aux Folies Bergère, dans une atmosphère un tantinet traditionnel et désuet mais extrêmement formateur, du temps des dernières grandes revues de Michel Gyarmathy, toute fin des années 80. Là, je suis tombé amoureux du music-hall et, surtout, j’ai saisi la réalité du terrain, la nécessité d’allier la créativité parfois idéaliste de l’atelier aux contraintes physiques de la scène : rapidité de l’habillage, confort et robustesse du costume.
Le saut vers la comédie musicale date donc de cette époque ?
Oui, je me suis spécialisé dans des techniques adaptées au théâtre et à la danse, tant dans le choix des matières que dans la fabrication, et assez éloignées de ce que j’ai appris en couture académique. De cette époque, j’ai également gardé de nombreux contacts, dont de nombreux artistes indépendants, qui m’ont permis d’exercer régulièrement pour ce type de spectacles que j’affectionne, où le mouvement tient une place particulière… j’ai même travaillé pour un contorsionniste ! Les costumes doivent avoir suffisamment d’ampleur pour remplir l’espace de la scène et en même temps révéler l’interprétation corporelle des artistes.
C’est un fait que les costumes de Panique à Bord sont près du corps…
Disons que les filles sont glamour et que les garçons sont sexy, c’était dans le cahier des charges assez précis de Stéphane, avant même que Agnès prenne la relève et façonne plus précisément les personnages [NDLR : Stéphane Laporte, auteur du livret et des paroles et Agnès Boury, metteur en scène]. Il y a pas mal de second degré et d’exagération dans l’uniforme de marine outre-mer du commandant en second et dans la panoplie de Pierre de Poitiers tirée tout droit d’un magazine branchouille ; le fait que les deux vêtements soient un peu étriqués est l’indice d’un certain manque de classe et de naturel, et cela les rend légèrement et gentiment ridicules. De même, Kevin est la caricature parfaite des « djeuns » d’aujourd’hui : lookés, séducteurs et pourtant si fragiles. Chez les filles, les tenues défilent. On peut parler de la robe hispanisante de Jenny, qu’elle modifie à volonté, tantôt robe longue sage à frou-frou, tantôt déshabillé affriolant avec boa. Et bien sûr, l’ensemble cuir SM de Madeleine avec cuissardes et collier à clou, dont le but est plus d’évoquer la candeur (elle a probablement acheté cette panoplie spécialement pour la croisière) que la moindre perversion. La mise en scène admirable et drôle du duo en cuir fait le reste. Sans vouloir minimiser mon travail, j’avoue que la bonne adaptation des costumes aux personnages et à la mise en scène est largement assurée par la précision des éléments fournis par les auteurs, la mise en scène et les acteurs.
Quels sont vos projets ?
Je travaille actuellement pour des artistes indépendants, dont une danseuse qui prépare un spectacle à base de musiques orientales, un peu indiennes. Le tissu flottant jouera un grand rôle, comme c’est de règle là-bas. J’entends parler de pas mal de projets musicaux, mais je sais bien que bien peu verront le jour malheureusement. Donc je ne vais pas faire mariner vos lecteurs, après Panique à Bord, mes projets sont encore assez… vagues !