Jean-Pierre Hadida fait chanter Anne Frank

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Jean-Pierre Hadi­da © DR

Com­ment vous est-venue l’idée d’adapter le Jour­nal d’Anne Frank en musi­cal ? Vous ne vous êtes pas dit que le sujet était déli­cat à adapter ?
Ado­les­cent, comme beau­coup, j’avais lu ce livre qui m’avait énor­mé­ment mar­qué. Com­ment cette fille de mon âge pou­vait-elle tra­vers­er une telle épreuve, celle de rester cachée pen­dant deux ans pen­dant la guerre, et con­tin­uer à écrire, jour après jour, sa for­mi­da­ble envie de vivre et d’aimer ? C’est seule­ment il y a 5 ans, alors que je ter­mi­nais la musique de L’E­popée d’ Ulysse, que je me suis mis à rechercher un nou­veau sujet. J’avais une cer­ti­tude : je voulais une très jeune fille pour héroïne, beau­coup d’é­mo­tion et surtout une his­toire vraie. Anne Frank a ressur­gi. En quelques jours, j’avais écrit une dizaine de chan­sons sur elle…

Quelles sont les plus grandes dif­fi­cultés que vous avez ren­con­trées durant l’écriture ?
Comme dit Claude-Michel Schön­berg à qui j’avais soumis mes pre­mières maque­ttes : « Atten­tion, avec un sujet comme ça, tu march­es sur des œufs ». Ne pas tomber dans le sen­ti­men­tal­isme ou répéter une his­toire bien con­nue était le piège. Je le remer­cie tous les jours de m’avoir encour­agé car mon tra­vail s’in­scrivait, je le cite, « dans le théâtre musi­cal que nous aimons »…

En ter­mes de spec­ta­cles musi­caux, quelles sont vos références, vos influences ?
Les Miz bien sûr… Je suis aus­si un incon­di­tion­nel de Rent de Jonathan Lar­son que j’ai vu de nom­breuses fois à New York, tout Jacques Demy et Michel Legrand, le déli­cieux Chance de Devold­er. J’ai égale­ment beau­coup écouté Berg­er, Satie, Debussy, il se peut qu’on le sente dans Anne

Com­ment le spec­ta­cle a‑t-il évolué depuis sa créa­tion (à l’Es­saïon en 2007) ? Pourquoi avoir voulu mod­erniser le prologue ?
Une pre­mière ver­sion de notre met­teur en scène, Pierre-Yves Duch­esne, avait été jouée à l’Es­saïon où alter­naient dia­logues et chan­sons. Mais la volon­té d’écrire une par­ti­tion entière­ment chan­tée s’est avérée plus orig­i­nale. J’avais envie d’en­ten­dre le son de ces années trou­bles, les voix d’Anne, de sa sœur Mar­got… j’avais là de quoi décrire toutes les émo­tions : les joies, l’amour, la mort… en musique. Ain­si, pour créer un pont avec le présent, nous avons démar­ré le spec­ta­cle par la vis­ite en 2011 d’un groupe de jeunes au musée Anne Frank à Ams­ter­dam. Un flash­back s’opère et l’une des jeunes filles (Cloé Hor­ry) « devient » Anne… Avec Francine Dis­eg­ni, la pro­duc­trice, nous avons décidé d’u­tilis­er le rap d’ S.M.O, un authen­tique rappeur qui a rejoint la troupe et déverse son flow sur mes boucles de piano de façon saisissante…

Selon vous, à quel pub­lic se des­tine ce musical ?
A toutes et à tous. C’est pour cela que le jour­nal, même s’il racon­te l’his­toire d’une petite juive, a ému des cen­taines de mil­lions de lecteurs depuis 50 ans. Rap­pel­er que, dans les péri­odes les plus ter­ri­bles de l’hu­man­ité, on peut croire à un monde meilleur est une néces­sité. Ce musi­cal per­met à Anne d’être chaque soir encore par­mi nous…

Quels sont vos pro­jets après le Gymnase ?
Je tra­vaille sur une ver­sion anglaise du spec­ta­cle. Nous avons tis­sé de bons con­tacts à Lon­dres et à New York. Je ne m’a­vancerai pas plus pour l’in­stant. Pour la France, nous cher­chons à met­tre en place une belle tournée pour Anne le musi­cal que nous aime­ri­ons associ­er avec l’ex­po­si­tion itinérante de la Mai­son Anne Frank…

Toutes les infos sur le spectacle.

Anne, le musi­cal © DR