Jean-Michel Vaubien — Sur les chemins de la renommée

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Jean-Michel Vaubien ©DR
Jean-Michel Vaubi­en ©DR

Pou­vez-vous nous par­ler de votre parcours ?
Si l’on exclut l’ini­ti­a­tion R&B prodiguée par mon grand frère, Da Mogueez de son nom d’artiste, je me con­sid­ère un peu comme un auto­di­dacte. C’est avant tout par goût pour le théâtre musi­cal — décou­vert notam­ment à tra­vers la lec­ture de Regard en Coulisse — que j’ai remis en cause ma for­ma­tion en école de com­merce pour me con­sacr­er à la scène. J’ai com­mencé par une chorale (Gospel pour 100 Voix) puis je suis devenu G.O. de troupe artis­tique au Club Med World à Paris, ma véri­ta­ble for­ma­tion aux arts de la scène. Après trois ans, j’ai décidé de lâch­er mon CDI pour m’oblig­er à don­ner le meilleur de moi-même à chaque étape de ma car­rière. Recruté comme danseur-cho­riste pour la revue Swing­ing Fan­ta­sy au Casi­no d’Enghien, j’ai gravi les éch­e­lons jusqu’à devenir le Maître de Céré­monie. En par­al­lèle, j’ai suivi la for­ma­tion de l’A­cadémie Inter­na­tionale de Danse (AID). Le rôle de Tyrone dans la pro­duc­tion française de Fame est le couron­nement de nom­breuses années d’ef­forts, j’en suis très fier. Je sais que je le dois aus­si à toutes les per­son­nes extra­or­di­naires qui m’ont fait con­fi­ance dans le passé !

Tyrone, c’est le rôle dont vous rêviez ?
Après la nais­sance de ma fille début 2007, c’est le cadeau de fin d’an­née ! J’adore Fame. Je suis certes un peu jeune [NDLR : 28 ans] pour garder des sou­venirs mar­quants du film et de la série, mais je con­nais­sais bien la bande sonore de la comédie musi­cale. C’est un vrai musi­cal, au sens améri­cain du terme, où le volet théâ­tral prend toute sa place aux côtés du chant et de la danse. Et puis le rôle de Tyrone me con­vient bien, pas seule­ment pour des raisons évi­dentes de couleur de peau : il est auto­di­dacte, comme moi, et finit par com­pren­dre qu’il a encore plein de choses à appren­dre dans la vie, ce qui est aus­si un peu ma quête. En revanche, ce sera vrai­ment un rôle de com­po­si­tion pour moi qui ne suis ni vio­lent, ni issu des rues de Harlem de l’ère pré-Giu­liani. J’ai eu une enfance toute rose, moi ! (rires)

Com­ment se sont passées les auditions ?
On nous a demandé de pré­par­er deux chan­sons, une lente et une rapi­de, plus un mono­logue, une scène (celle avec Iris) et une chan­son (le « Rap de Tyrone ») du rôle envis­agé. Autant dire qu’il fal­lait être très pré­paré, ce qui était mon cas. J’ai peut-être été aus­si un peu aidé par le fait que de nom­breux artistes poten­tielle­ment con­cur­rents soient déjà engagés dans la troupe du Roi Lion à Mogador !

Et com­ment se sont déroulées les répéti­tions et les pre­mières représentations ?
Ned Gru­jic, le met­teur en scène, et Samuel Sené, le directeur musi­cal, ont mon­té une troupe de vrais pros et nous diri­gent for­mi­da­ble­ment. N’ayant pas de for­ma­tion théâ­trale, je prof­ite à plein de leurs instruc­tions et j’ob­serve, en tâchant de faire aus­si bien, mes cama­rades de troupe for­més à l’art dra­ma­tique. Je les en remer­cie tous, notam­ment Annick Cis­aruk qui me donne d’ex­cel­lents con­seils, un peu comme Miss Sher­man, qu’elle inter­prète, cherche à boni­fi­er Tyrone dans le spec­ta­cle. Il y a un véri­ta­ble esprit de troupe dans ce spec­ta­cle et pour moi qui aime l’am­biance « colo », c’est l’en­vi­ron­nement de tra­vail et de développe­ment par­fait. Lors des pre­mières représen­ta­tions, il y avait une ambiance de folie. Quelques grands artistes comme Fabi­an Richard sont venus nous encour­ager ; c’est une source d’in­spi­ra­tion de sen­tir la sol­i­dar­ité de la pro­fes­sion. Tout le théâtre musi­cal va y gagner !

Quelle est votre con­cep­tion du théâtre musical ?
Je veux être acteur-danseur-chanteur. J’aime avant tout la poly­va­lence, le mélange des gen­res… et des couleurs ! Dans les pays de grande tra­di­tion de musi­cal, je trou­ve ça génial qu’un acteur noir ou asi­a­tique, par la magie du spec­ta­cle, puisse inter­préter Javert ou Fan­tine dans Les Mis­érables. Les par­cours entre scènes de théâtre et plateaux de ciné de mon­stres sacrés comme Glenn Close, Cather­ine Zeta-Jones ou Ewan McGre­gor me font rêver. Plus proche de nous, c’est géant de voir Her­bert Léonard, icône de var­iété française, revenir en force dans Notre Dame de Paris. Pour moi, l’e­sprit de Fame à la scène comme à la ville est le bon : il faut boss­er dur pour devenir un vrai pro­fes­sion­nel et, de fait, notre troupe est un vivi­er d’artistes. Aujour­d’hui, il y a pas mal de moyens d’ac­célér­er sa car­rière, au tra­vers d’émis­sions de télé notam­ment, mais ça finit sou­vent en feu de paille. Cela ne m’a pas dérangé de de répéter Roméo et Juli­ette pen­dant trois mois, quand Yohan Azran a ten­té de remon­ter le spec­ta­cle, pour une seule date de représen­ta­tion. Autant par goût per­son­nel, par hygiène de vie et par respect pour ma famille, je me lance sur la durée, en vivant une pas­sion sincère et profonde.