Jean-Claude Bramly — Un créateur au service du jeune public

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Jean-Claude Bramly ©DR
Jean-Claude Bram­ly ©DR

Quel est le par­cours qui vous a con­duit vers la comédie musicale ?
Mon par­cours ? Et bien, j’ai com­mencé par faire le chanteur. En réal­ité, je voulais être les Bea­t­les à moi tout seul. Au bout de quelques années, je me suis ren­du compte que c’é­tait un pro­gramme pour le moins ambitieux ! Cela ne m’a pas empêché de com­met­tre quelques enreg­istrements, des col­lec­tors que doivent s’ar­racher aujour­d’hui quelques ama­teurs éclairés. Il n’empêche que j’ai réus­si à vivre de ce méti­er un peu grâce à la musique de pub, à l’ha­bil­lage antenne pour radios, à mon tra­vail d’arrangeur musi­cal, et aus­si en tant qu’in­ter­venant pour aider des ados d’EDF ou d’Air France à mon­ter des « vrais spec­ta­cles pros » dans le cadre de leurs colonies de vacances. Il s’agis­sait de petites comédies musi­cales, créées dans l’ur­gence. Quelque part, je réal­i­sais un fan­tasme puisque j’ai tou­jours été un amoureux du genre.

Pourquoi avez-vous décidé de créer des spec­ta­cles à des­ti­na­tion du jeune public ?
Nous n’avons pas décidé. C’est un genre qui s’est imposé. Cela fait des années que nous don­nons le change. Mal­gré nos tailles d’adultes, nous sommes plus que jamais des enfants, alors nous savons par­ler ce lan­gage. En vérité, je ne suis pas bien sûr que l’on ne s’adresse qu’au jeune pub­lic, quand on voit le nom­bre de per­son­nes qui revi­en­nent voir le spec­ta­cle… sans leurs enfants !

Quelles sont les con­traintes des spec­ta­cles jeune public ?
La con­trainte serait juste­ment de penser que c’est plus facile. C’est loin d’être le cas. Nous n’avons pas la volon­té d’in­fan­tilis­er, pas plus que celle d’in­tel­lec­tu­alis­er plus qu’il ne faudrait. Si nous délivrons quelques mes­sages, nous ne les voulons pas lar­moy­ants. On racon­te des his­toires aux enfants comme pour les grands. Même si tout ça reste très ludique, nous prenons cet enjeu — celui de les touch­er — très au sérieux.

Vous tra­vaillez en binôme. Com­ment s’or­gan­ise cette créa­tion en duo ?
Cela com­mence sou­vent par une prom­e­nade en bord de Marne avec Marie, ma fidèle com­plice. On se lance des sujets, on éla­bore, on creuse… Puis vient le temps des devoirs à la mai­son, alors on zoome, on écrit des chan­sons, on com­mence à noir­cir des pages. A deux au début, ce n’est pas tou­jours facile. La récom­pense est au bout de nos efforts quand on réalise que 1 + 1 = 3.

Depuis deux ans, Amnésia ren­con­tre un beau suc­cès. Pou­vez-vous nous présen­ter cette oeu­vre et la manière dont le pub­lic la perçoit au fil des représentations ? 
Amnésia est une mag­nifique aven­ture humaine et artis­tique. Nous voyons aujour­d’hui le pub­lic fon­dre vers le Stu­dio des Champs Elysées à l’heure des représen­ta­tions, mais ça n’a pas tou­jours été comme ça. Cette his­toire a démar­ré de rien et a été con­stru­ite avec quelques bouts de ficelle. Nous avons con­nu nos péri­odes de vach­es mai­gres avec moins de 30 per­son­nes dans la salle. Aujour­d’hui c’est dif­férent et Amnésia com­mence à réson­ner d’un bel écho dans le panora­ma des musi­cals. La presse ain­si que le pub­lic sont der­rière nous. Ce n’est pas pour dire mais… ça fait du bien ! Mais comme on l’ex­plique aux Oscars, c’est le résul­tat du tra­vail de toute une équipe. Je prof­ite de cette tri­bune que vous m’ac­cordez pour remerci­er tous ceux qui ont accep­té de défendre ce spec­ta­cle. Amnésia est une vraie comédie musi­cale pluridis­ci­plinaire : les artistes chantent, dansent, jouent la comédie et surtout de la musique live. C’est vous dire com­bi­en on s’a­muse quand il s’ag­it de mon­ter le cast­ing ! Mais nous avons tou­jours eu la chance de trou­ver des équipes valeureuses et tal­entueuses. Impos­si­ble d’évo­quer Amnésia sans dire un mot de la mer­veilleuse mise en scène que nous a offerte Pierre Barayre.

Les Con­tes de la Marne représente un voy­age tout à fait dif­férent. Pou­vez-vous nous en parler ?
Vous avez rai­son de par­ler de voy­age. Il s’ag­it presque d’une odyssée. Les Con­tes de la Marne se veu­lent des con­tes musi­caux racon­tés par la riv­ière. Nous habitons à prox­im­ité de la Marne, à Saint-Maur, alors for­cé­ment elle nous cause. On ne fait jamais que met­tre en paroles et en musique tous les secrets qu’elle nous con­fie. Notre nou­veau con­te, « la Fée aux larmes ros­es », nous emmène jusqu’à la source de la riv­ière. Comme cha­cun sait, les larmes ros­es de la fée se trans­for­ment en riv­ière et vont ain­si rejoin­dre l’océan. Le bug, c’est que les larmes de notre Fée sont dev­enues noires. On soupçonne forte­ment une cer­taine « Pol­lu­tia » d’avoir con­tribué à ce malé­fice… mais je ne vais quand même pas tout vous raconter… !

Des pro­jets pour la suite ?
Plein les car­tons, mais c’est vrai qu’on n’aime pas trop en causer tant qu’on n’est pas cer­tains de les voir exis­ter. Ce qui est sûr, c’est qu’Amnésia va con­tin­uer son petit bon­homme de chemin. Quant à nous, nous ne sommes pas au bout de nos con­tes… comme la riv­ière d’ailleurs, nous sommes loin d’être taris.