Isabelle Ferron — De l’énergie à revendre !

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Isabelle Ferron ©DR
Isabelle Fer­ron ©DR

Artiste pluridis­ci­plinaire, Isabelle Fer­ron aime autant chanter que jouer la comédie. Elle fut une vieille croulante dans Les Années Twist, une com­mu­niste déjan­tée dans Le Passe-Muraille, une Lady Capulet énergique dans Roméo et Juli­ette. On l’a vue au ciné­ma dans des suc­cès pop­u­laires comme Le Pari et Pédale Douce, et la voilà main­tenant qui chante du Sond­heim. Même si aujour­d’hui, elle passe indif­férem­ment d’une dis­ci­pline à l’autre, sa for­ma­tion artis­tique com­mence d’abord par le chant lyrique.  » J’ai été for­mée au Con­ser­va­toire de Poitiers, explique-t-elle. J’ai appris le chant lyrique pen­dant huit ans et par­al­lèle­ment, j’ai pris des cours de théâtre avec notam­ment Niels Are­strup et Lee Stras­berg. La vie m’a déviée du lyrique et m’a con­duite vers le spec­ta­cle musi­cal.  » Ses pre­miers pas dans ce domaine ne sont pas des moin­dres puisqu’elle fait par­tie de la troupe des Mis­érables en 1991.  » Je crois que c’est l’ex­péri­ence qui m’a le plus mar­quée, se sou­vient-elle. C’é­tait une vraie comédie musi­cale telle qu’on en avait jamais fait en France, et même encore aujour­d’hui, ça n’a pas été égalé. Il y avait un vrai tra­vail d’ac­teur. Par exem­ple, le moin­dre petit rôle savait exacte­ment qui il était au moment où il entrait sur scène : son âge, sa pro­fes­sion, sa sit­u­a­tion famil­iale… C’é­tait une méth­ode très rigoureuse, à l’anglaise. Je crois que c’est une expéri­ence que nous auri­ons tous aimé repro­duire mais cette con­cep­tion du spec­ta­cle n’ex­iste pas vrai­ment ici. »

Après Les Mis­érables, Isabelle intè­gre la troupe orig­i­nale des Années Twist aux côtés de Bar­bara Scaff, Philippe Can­de­lon, Anne Warin, Alexan­dra Gonin…  » C’é­tait plus ludique que Les Mis­érables, se sou­vient-elle, et ce qui était agréable, d’ar­riv­er à créer un per­son­nage. Même si le rythme était fati­gant, ce fut une très bonne expéri­ence. C’é­tait un spec­ta­cle léger, avec des grandes envolées musi­cales par moments. C’é­tait touchant et ça par­lait aux gens. Ce spec­ta­cle m’a amenée vers le ciné­ma.  » Remar­quée pour son per­son­nage comique, Isabelle enchaîne alors plusieurs rôles au ciné­ma, dans des comédies pop­u­laires telles que Pédale Douce ou Le Pari. « J’adore pass­er d’une expéri­ence à l’autre, con­fie-t-elle. Et le fait d’être chanteuse aide la comé­di­enne et vice-ver­sa. Mal­heureuse­ment, en France, c’est un peu dif­fi­cile de porter cette dou­ble cas­quette. Pour­tant, être chanteur et comé­di­en est par­faite­ment com­plé­men­taire.  » Si Isabelle a sou­vent inter­prété des rôles comiques et dynamiques, comme dans Le Passe-Muraille qu’elle joue aux Bouffes Parisiens, elle aime aus­si le reg­istre trag­ique.  » En fait, je rêve d’in­ter­préter des rôles tels qu’An­dro­maque ou Médée. J’aime aus­si les per­son­nages de Tchekhov qui sont pas­sion­nants à défendre.  »

En 1999, Isabelle est choisie pour inter­préter le rôle de Lady Capulet dans le Roméo et Juli­ette de Gérard Pres­gur­vic.  » Pour mon audi­tion, on m’avait demandé de chanter  » La haine  » ain­si qu’une chan­son rigolote. D’ailleurs, je me demande bien pourquoi parce que le spec­ta­cle ne laisse pas vrai­ment la place à la comédie… J’ai donc chan­té une chan­son en patois poitevin et vis­i­ble­ment, ça a dû bien plaire…  » Isabelle met donc le pied sur l’im­mense vais­seau R & J qui devien­dra le suc­cès que l’on sait.  » Au moment de sign­er le con­trat, je n’imag­i­nais pas que je m’embarquais dans quelque chose d’aus­si impor­tant. C’est trois mois avant le début du spec­ta­cle que j’ai com­mencé à réalis­er ça. Il y avait déjà deux mois qui affichaient com­plets alors que le spec­ta­cle n’é­tait pas encore totale­ment écrit… Avec Les Années Twist, j’é­tais habituée aux grandes salles mais pas au phénomène des fans. Là, ça dépas­sait par­fois la réal­ité. Il y a un côté affec­tif très impres­sion­nant et si tu n’as pas les pieds sur terre, tu peux facile­ment décoller et avoir la tête qui gon­fle. Je crois que tout ça peut faire un peu peur, mais en même temps, je n’é­tais pas directe­ment con­cernée… »

Isabelle se pré­pare aujour­d’hui à inter­préter en français les clas­siques de Stephen Sond­heim pour une soirée spé­ciale au Zèbre.  » Ce que j’aime chez Sond­heim, c’est que son écri­t­ure inclut naturelle­ment de la théâ­tral­ité par sa struc­ture même. Cela néces­site une réelle inter­pré­ta­tion et c’est ça qui m’in­téresse.  » A cette occa­sion, Isabelle inter­prètera notam­ment « Not a day goes by », la poignante déc­la­ra­tion extraite de Mer­ri­ly we roll along, ain­si que  » Get­ting maried today  » de Com­pa­ny, savoureux numéro exigeant de son inter­prète une véri­ta­ble per­for­mance de chanteuse et de comé­di­enne. Ensuite, Isabelle s’at­tellera à ses nom­breux pro­jets.  » J’écris actuelle­ment avec Anna Angeli un spec­ta­cle de théâtre dans lequel je serai seule en scène. Et il y aura oblig­a­toire­ment de la musique. Sinon, je rêve d’al­tern­er film, télé­film, pièce, comédie musi­cale… Mon envie est de con­tin­uer de tra­vailler dans ces dif­férents domaines qui m’é­cla­tent autant les uns que les autres. En bref, j’ai envie de m’a­muser !  »