Olivier Breitman — La force tranquille

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Portrait de Olivier Breitman par Bruno Perroud
Olivi­er Bre­it­man ©Bruno Perroud

Pou­vez-vous décrire le per­son­nage que vous inter­prétez dans L’Hôtel des Roches Noires et le prin­ci­pal défi du rôle ?
Jules est com­plète­ment attaché à sa femme qu’il a per­due cinq ans aupar­a­vant. Il est devenu pro­mo­teur immo­bili­er par pur dépit amoureux mais, dans sa tête, il n’a jamais lâché le lien. En quelque sorte, il con­tin­ue à faire du trapèze avec elle. C’est une his­toire très sen­ti­men­tale entourée d’autres his­toires d’amour pas­sion­nées qui se sont toutes ter­minées par des sui­cides et des blessures sen­ti­men­tales pro­fondes. La dif­fi­culté prin­ci­pale pour jouer ce per­son­nage est de préserv­er une charge émo­tion­nelle forte sans devenir lar­moy­ant, de racon­ter une jolie his­toire en évi­tant le mélo.

Est-ce com­pliqué d’être sur scène avec les auteurs de l’oeuvre ?
Dans ce cas, c’est plutôt un avan­tage car les auteurs, Françoise Cadol et Stéphane Corbin, étaient ouverts aux évo­lu­tions. La preuve en est qu’ils avaient écrit près de 80 chan­sons au départ dont il ne reste qu’une ving­taine dans la mou­ture finale. C’est tou­jours un crève-coeur d’abandonner des chan­sons en cours de route, mais ils ont eu le courage de le faire pour l’efficacité du spec­ta­cle. Il y a aus­si quelques scènes qui ont changé de place.

Com­ment avez-vous été impliqué dans le projet ?
Je suis arrivé tard… Je dois même avouer n’avoir pas assisté aux lec­tures. Mais j’ai eu la chance que l’on soit venu me chercher, ce qui est plutôt rare et appré­cia­ble ! Je sup­pose que mes rôles dans Elliot Fall et Le Roi Lion avaient mon­tré que je pou­vais apporter quelque chose au projet.

Depuis Le Roi Lion, êtes-vous défini­tive­ment cat­a­logué au reg­istre de la comédie musicale ?
Avant, je fai­sais du théâtre dit nor­mal. Hors scène, j’ai tou­jours chan­té comme bary­ton et joué de la musique mais j’ai une tech­nique vocale de comé­di­en et non de chanteur. Je n’ai jamais cher­ché à faire de la comédie musi­cale à tout prix. Je me suis présen­té au cast­ing du Roi Lion — sans vrai­ment y croire d’ailleurs — parce que Scar est un per­son­nage de théâtre com­plète­ment shake­spearien, tel que je les aime. Je suis un comé­di­en qui chante et ma voie est de jouer de vrais per­son­nages, pas de jouer de ma voix !

Les fan­tômes ont-ils assez de con­sis­tance pour être de vrais per­son­nages de théâtre ?
Ceux des Roches Noires cer­taine­ment ! On par­le certes de fan­tômes et d’êtres chers dis­parus, mais l’histoire, si onirique soit-elle, reste ancrée dans la vraie vie. Le rap­port aux morts et aux ancêtres est une réal­ité pour beau­coup de gens. Mit­ter­rand, avant de nous quit­ter, évo­quait “la force de l’esprit”.

Dans la vie, vous sen­tez-vous plutôt trapéziste ou promoteur ?
Sans hési­ta­tion : trapéziste. Je me sens com­plète­ment saltim­banque. Je ne mène pas une car­rière mais j’aime prof­iter des oppor­tu­nités qui se présen­tent. Je fais tou­jours le choix du spec­ta­cle qui me touche le plus, plutôt que celui de la pop­u­lar­ité ou, pour être plus explicite, de la notoriété.

En matière de comédie musi­cale, que pensez-vous de la scène parisi­enne et quel rôle vous tenterait ?
Désor­mais, les spec­ta­cles à Paris sont très extrême­ment var­iés, c’est une bonne chose… Mais le pub­lic n’est mal­heureuse­ment pas exten­si­ble. Per­son­nelle­ment, je me sens plus proche de l’esprit Stage [NDLR : Stage Enter­taine­ment] qui pro­duit “à la mode de Broad­way” ou de plus mod­estes créa­tions français­es, plutôt que des grands shows comme Drac­u­la, que l’on pour­rait qual­i­fi­er de spec­ta­cles de var­iétés. Mais je ne ferme la porte à aucun genre. J’ai quand-même une œuvre fétiche que j’écoute dans quinze ver­sions dif­férentes : L’Opéra de quat’sous, donc je ne refuserais cer­taine­ment pas de jouer Mack­ie Mess­er si l’occasion se présen­tait. Le Don Qui­chotte dans L’Homme de la Man­cha me ten­terait égale­ment… d’autant que je com­mence à avoir l’âge !

NDLR : on peut voir L’Hô­tel des Roches Noires au Vingtième Théâtre jusqu’au 4 mars 2012