Ida Gordon, une nourrice d’enfer

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Ida Gordon
Ida Gor­don

Ida Gor­don, vous jouez le rôle de la nour­rice dans Roméo et Juli­ette depuis la tournée asi­a­tique et vous reprenez votre rôle au Palais des Con­grès. Com­ment êtes-vous arrivée sur ce spectacle ?
J’ai passé les audi­tions comme tout le monde. Il y a eu plusieurs tours, cela a été assez long, assez dur. Ils avaient une idée bien pré­cise de la per­son­ne qu’ils souhaitaient engager. Et Gwla­dys [NDLR : Gwla­dys Fraioli, dou­blure du rôle] et moi avons été choisies pour inter­préter ce rôle.

Quels sou­venirs gardez-vous de la tournée en Asie ?
Que des bons sou­venirs, même les moments de galère où on a du mal à met­tre les choses en place, les moments de doutes. On garde ce sou­venir de famille qui vit ensem­ble : on mangeait ensem­ble, on vivait tous au même endroit 24 heures sur 24. C’est indélébile.

Aviez-vous vu le spec­ta­cle d’il y a dix ans ?
Je l’ai vu en DVD et j’en avais un très bon sou­venir. Même si ce sont les mêmes musiques, qu’il reste des choré­gra­phies, le même esprit, j’ai l’impression de jouer un spec­ta­cle totale­ment dif­férent. Peut-être est-ce le fait de pass­er de spec­ta­trice au fait de l’incarner mais c’est, pour moi, un tout autre spectacle.

Com­ment appréhen­dez-vous votre rôle ?
La nour­rice de Juli­ette est une femme qui est prête à tout don­ner pour elle, pour lui apporter un peu plus de con­fort, de ten­dresse, d’amour, de câlins, de bisous… Elle représente l’amour mater­nel uni­versel. Je ne vois pas mon rôle comme étant 100 % Capulet : les enfants Mon­taigu qui s’entretuent lui font autant de peine que de voir Tybalt mourir. Tous les enfants sont ses enfants à elle. Elle est pro­tec­trice, aimante, douil­lette, comme un coussin, un bon oreiller sur lequel on a envie de se poser.

Y a‑t-il des dif­fi­cultés par­ti­c­ulières liées à ce rôle ?
La pre­mière dif­fi­culté est de suc­céder à Réjane Per­ry [NDRL : créa­trice du rôle, aujourd’hui dis­parue]. Je ne le prends pas comme quelque chose de négatif mais plutôt de posi­tif : je lui par­le, je l’appelle, je lui demande des con­seils. J’ai l’impression d’avoir des réponses.
Une autre dif­fi­culté est que, pour être vrai­ment dans le per­son­nage, il faut que, chaque soir, quand Juli­ette s’en va, ça m’arrache le cœur, pour de vrai. Et il y a des soirs où c’est un peu lourd à porter. C’est un bon exutoire.

Y a‑t-il une pres­sion par­ti­c­ulière pour cette re-créa­tion à Paris ?
Pas vrai­ment. C’est plus de l’excitation parce que mes proches vont pou­voir voir le spec­ta­cle. Il y a vrai­ment un souf­fle de jeunesse avec cette nou­velle ver­sion et on se situe plus vers de l’excitation que de l’appréhension. Je suis con­sciente de la chance que j’ai de jouer dans cette salle-là, avec ce spec­ta­cle-là, et cette troupe-là.

Que diriez-vous à un spec­ta­teur qui l’aurait vu il y a dix ans ?
Je lui dirais que s’il l’a vu il y a dix ans, lui-même est dif­férent donc il l’appréhendera à un autre niveau. Même si le spec­ta­cle avait été la copie con­forme du spec­ta­cle de 2001, je pense que le spec­ta­teur y aurait trou­vé des choses nou­velles à voir, comme quand on relit un bon livre dix ans après. Main­tenant, il y a de nou­velles chan­sons qui sont dans l’air du temps et des tubes comme Gérard [Pres­gur­vic] sait en faire. Et pour cette rai­son, cela vaut le coup de revenir. C’est un beau spec­ta­cle, niveau son, cos­tumes, lumières, décors… Il y a de quoi se nour­rir et en pren­dre plein les yeux, éprou­ver des choses.