Hairspray — Un poids lourd de la comédie musicale

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Hairspray ©DR
Hair­spray ©DR

Livret : Mark O’Don­nell et Thomas Meehan
Musique et Lyrics : Marc Shaiman et Scott Wittman
Mise en scène orig­i­nale : Jack O’Brien

Créa­tion
18 juil­let 2002 au Neil Simon The­atre, New York.
30 octo­bre 2007 au Shaftes­bury The­atre, Londres.
26 avril 2011 au Casi­no de Paris, Paris.

L’his­toire
Dans le Bal­ti­more des six­ties encore plein de préjugés soci­aux et raci­aux, une jeune fille un peu boulotte et issue d’une famille mod­este, Tra­cy Turn­bald, n’a qu’une idée en tête : par­ticiper à une émis­sion de télé à la mode, sorte de Star Ac’ au temps des yéyés, pour ren­con­tr­er Link, un jeune pre­mier tout gom­iné qui fait cra­quer les filles de « la haute ». Sa maman Edna, blan­chisseuse résignée dont elle tient les gènes de l’obésité, tente de lui faire com­pren­dre que sa place n’est pas par­mi ces beaux oisifs for­tunés mais son papa, inven­teur d’ob­jets aus­si sym­pa­thiques qu’inu­tiles, lui con­seille d’aller au bout de ses rêves. Mal­gré l’hos­til­ité à peine voilée des pro­duc­teurs, Tra­cy se fait remar­quer dans l’émis­sion par un style nou­veau, swing et soul, qu’elle emprunte à ses amis des quartiers noirs et à sa coif­fure extrav­a­gante entière­ment sculp­tée à la laque (hair­spray). Après des aven­tures abra­cadabran­tesques, elle parvient même à impos­er la présence de fig­u­rants noirs dans l’émis­sion — une pre­mière à Bal­ti­more ! — et à ravir Link et le titre de miss Hair­spray à une belle et méchante poupée blonde, sym­bole de rigid­ité sociale blanche-améri­caine qui s’effrite.

Les prin­ci­pales chansons 
Good Morn­ing Bal­ti­more — Mama I’m a big girl now — I can hear the bells — Wel­come to the 60’s — (You’re) Time­less to me — With­out Love — You can’t stop the beat

Le thème
John Waters tourne en 1988 le film Hair­spray qui inspire une comédie musi­cale sur Broad­way en 2002. Le spé­cial­iste du ciné­ma de bon mau­vais goût, comme il aime à se définir lui-même, a dû éprou­ver un malin plaisir à accou­pler une fille sans signe extérieur ni de richesse ni de beauté avec une idole con­ven­tion­nelle de télé-réal­ité, dans la plus pure lignée du King Elvis. L’u­nion du thon et du dauphin en quelque sorte… Au-delà de la pure provo­ca­tion, Waters prêche la tolérance et la supéri­or­ité de la beauté intérieure. Le film est une comédie pleine de musique (mais pas un musi­cal) opti­miste qui repose sur un bien triste fond his­torique : la lutte pour la recon­nais­sance des droits des afro-améri­cains dans un Bal­ti­more rétro­grade, et plus générale­ment, pour le droit à la dif­férence, qu’elle soit d’or­dre physique, sociale ou sexuelle.

John Travolta dans <i>Hairspray </i>©DR
John Tra­vol­ta dans Hair­spray ©DR

L’his­toire der­rière l’histoire
Waters offre le rôle d’Ed­na à son ami d’en­fance Divine, un acteur à la fois gay, trav­es­ti et obèse qui devait en con­naitre un ray­on sur les préjugés. Divine meurt trag­ique­ment seule­ment quelques semaines après la sor­tie du film, aujour­d’hui porté au rang de culte.

Quelques dix ans plus tard, Mark O’Don­nell et Thomas Mee­han écrivent l’adap­ta­tion scénique et offrent à Har­vey Fier­stein (Torch Song Tril­o­gy en 1980, La Cage aux Folles en 1983 et tant d’autres rôles et créa­tions depuis) le rôle ressus­cité qui con­vient si bien à sa voix toute rocailleuse, avec l’ac­cord de Waters lui-même qui veille au respect de la mémoire de son ami Divine. Marc Shaiman et Scott Wittman sig­nent une par­ti­tion par­faite­ment dans l’e­sprit des six­ties. Le spec­ta­cle est drôle, opti­miste et col­oré ; il fait un tabac sur Broad­way et rem­porte huit Tony Awards en 2003, dont ceux du meilleur musi­cal, de la meilleure par­ti­tion et du meilleur rôle mas­culin pour Fier­stein… à qui cer­tains ont parait-il pro­posé de don­ner la récom­pense du meilleur rôle féminin !

Durant la céré­monie offi­cielle des Tonys, sans doute comme un clin d’oeil à l’e­sprit provo­ca­teur de l’oeu­vre orig­i­nale de Waters qui ne sub­siste pas vrai­ment sur Broad­way, Marc Shaiman et Scott Wittman regret­tent publique­ment de ne pou­voir se mari­er aux Etats-Unis et échangent même un dis­cret bais­er de prime-time. Quant à Fier­stein qui n’a pas non plus la langue dans sa poche, écar­tant tout sen­ti­men­tal­isme sur les ver­tus éduca­tives du show, il déclare : « This is no Sound-of-fuck­ing-Music. If you get any kind of mes­sage out of it, good! send a check to your favorite char­i­ty. » [C’est pas de la niais­erie à la Sound of Music. Mais si vous y percevez un quel­conque mes­sage, tant mieux : faites donc un chèque à votre asso­ci­a­tion car­i­ta­tive favorite !] Waters doit décidé­ment être bien fier de tout ce monde là !

La car­rière de Hair­spray est loin d’être achevée. Le spec­ta­cle se joue tou­jours sur Broad­way, même s’il est entré dans sa phase qua­si-fonc­tion­nar­i­ale depuis la 3 ou 4ème troupe. Une ver­sion édul­corée et sans entr’acte de 90 min­utes est même pro­posée à Las Vegas depuis 2006. Une troupe est annon­cée à Lon­dres pour fin 2007. Et bien sûr, le film de la comédie musi­cale en 2007 et son impres­sion­nant cast­ing de stars — dont John Tra­vol­ta en Edna qui passe ain­si du pot de gom­i­na à la bombe de laque — ne man­queront pas de sus­citer un nou­v­el engoue­ment du public !

Ver­sions de référence
DVD Hair­spray — le film de John Waters (1988)
CD Hair­spray — Orig­i­nal Cast Broad­way (2002)
CD Hair­spray — Bande orig­i­nale du film (2007)

Vidéos

Extraits de la pro­duc­tion orig­i­nale à Broadway

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=Dng3I3AD91k[/youtube]

La bande annonce du film

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=kkzcNF-jlWw[/youtube]

La bande annonce de Hair­spray Paris

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=xE4Ed2TyeEA[/youtube]

Arti­cle mis à jour le 30/04/2011