Guys and Dolls — Ode à Time Square

0
376
Ewan McGregor et Jane Krakowski dans Guys and Dolls ©DR
Ewan McGre­gor et Jane Krakows­ki dans Guys and Dolls ©DR

Paroles et musique : Frank Loesser
Livret : Abe Bur­rows et Jo Swer­ling d’après une his­toire de Damon Runyon

Créa­tion
New York, 24 novem­bre 1950 au 46th Street The­atre (1200 représentations)
Lon­dres, 28 mai 1953 au Col­i­se­um (555 représentations)

Chan­sons
Ouver­ture, Fugue for Tin­horns, Fol­low the Fold, The Old­est Estab­lished, I’ll Know, A Bushel and a Peck, Ade­laide’s Lament, Guys and Dolls, Havana, If I Were a Bell, My Time of Day, I’ve Nev­er Been in Love Before, Take Back Your Mink, More I Can­not Wish You, The Crap Game Dance, Luck Be A Lady, Sue Me, Sit Down, You’re Rockin’ the Boat, Mar­ry the Man Today.

Syn­op­sis
Nathan Detroit est le patron d’un étab­lisse­ment de jeux illicite situé en plein Broad­way mais dont l’adresse change régulière­ment pour prévenir les descentes de police. Récem­ment, Nathan a entre­pris de louer le garage de Joe Bilt­more pour faire vivre son affaire, mais il lui manque mille dol­lars pour par­venir à ses fins. De plus, il est harcelé par Adélaïde, sa petite amie chanteuse de cabaret, à qui il promet sans cesse le mariage avant de l’an­nuler pour cause de dettes. Il fait alors un pari avec Sky Mas­ter­son, un joueur pro­fes­sion­nel et séduc­teur bien con­nu. Ce dernier se vante de pou­voir dîn­er le soir même avec n’im­porte quelle fille dans un restau­rant appelé « La Havane ». Nathan le met au défi d’in­viter Sarah Brown, une jeune femme tra­vail­lant à l’Ar­mée du Salut et peu sus­cep­ti­ble de céder aux avances de Sky. S’il échoue auprès de Sarah, Sky paiera mille dol­lars à Nathan qui pour­ra alors louer le garage de Bilt­more. Con­tre toute attente, Sarah accepte l’in­vi­ta­tion de Sky à la con­di­tion, seule­ment, que le jeune homme fasse venir douze pêcheurs repen­tis à l’Ar­mée du Salut. Sarah et Sky ne tar­dent pas à tomber amoureux l’un de l’autre. Mais la jeune salutiste finit par com­pren­dre que sa ren­con­tre avec Sky n’est pas le fruit du hasard mais plutôt celui d’un pari et refuse de le revoir. Elle est par ailleurs con­fron­tée à une men­ace de fer­me­ture de la mis­sion pour laque­lle elle tra­vaille, faute de per­son­nes à venir en aide. Aidé de ses com­pars­es joueurs qui se fer­ont pass­er pour des néces­si­teux, Sky sauvera la mis­sion et regag­n­era le coeur de Sarah. Les deux amants se marieront le même jour que Nathan et Adélaïde.

Le thème
La par­tic­u­lar­ité de Guys and Dolls est d’avoir saisi l’at­mo­sphère fréné­tique de la rue, où se passe l’essen­tiel de l’ac­tion, dans le Broad­way des années 30 et d’en avoir fait un mythe. Par ailleurs, si le spec­ta­cle, en décrivant les chas­sés-croisés amoureux de deux cou­ples, l’un roman­tique, l’autre comique, s’in­scrit dans une cer­taine tra­di­tion de la comédie musi­cale de cette époque, il se dif­féren­cie par son util­i­sa­tion orig­i­nale de la musique qui offre une impres­sion d’ensem­ble par­fois presque opéra­tique et donc, pour une comédie, très originale.

L’his­toire der­rière l’histoire
Bien que Guys and Dolls soit finale­ment devenu le cinquième plus gros suc­cès de Broad­way dans les années 50, la ges­ta­tion du spec­ta­cle, inspiré d’une nou­velle de Damon Run­y­on, The Idyll of Miss Sarah Brown, fut longue et dif­fi­cile. A l’o­rig­ine, les pro­duc­teurs Cy Feuer et Ernest Mar­tin l’avaient envis­agé comme une romance très sérieuse dans la veine de South Pacif­ic de Richard Rodgers et Oscar Ham­mer­stein II qui allait bien­tôt tri­om­pher à Broad­way. Après avoir engagé Frank Loess­er, com­pos­i­teur-paroli­er de Where’s Charley et qui devait sign­er, un peu plus d’une décade plus tard, How To Suc­ceed In Busi­ness With­out Real­ly Try­ing, ils virent défil­er pas moins de onze libret­tistes avant que le pro­jet ne devi­enne une vraie comédie entre les mains de Jo Swer­ling puis Abe Bur­rows, un auteur de radio et de télévi­sion sans aucune expéri­ence théâtrale.
Robert Alda (Sky Mater­son), Isabel Bigley (Sarah Brown), Sam Lev­ene (Nathan Detroit) et Vivian Blaine (Ade­laïde) tenaient le haut de l’af­fiche lors de la créa­tion du spec­ta­cle qui reçu un accueil cri­tique dithyra­m­bique lors des pre­views à Philadel­phie. Guys and Dolls arri­va, donc, à Broad­way, précédé d’une flat­teuse répu­ta­tion. La réac­tion des cri­tiques fut tout aus­si chaleureuse à New York, con­duisant le spec­ta­cle sur la route du succès.
Comme c’é­tait sou­vent le cas à l’époque (et encore par­fois aujour­d’hui), le spec­ta­cle ne tar­da pas à faire l’ob­jet d’une trans­po­si­tion ciné­matographique. C’est le pro­duc­teur hol­ly­woo­d­i­en Samuel Gold­wyn qui paiera un mil­lion de dol­lars les droits d’adap­ta­tion avant de con­sacr­er cinq mil­lions sup­plé­men­taires à la réal­i­sa­tion du film, réal­isé par Joseph L. Mankiewicz dont c’é­tait le pre­mier (et le dernier) musi­cal. La grande sur­prise vint du choix de Mar­lon Bran­do et de Jean Sim­mons, stars dont le musi­cal n’é­tait pas non plus la spé­cial­ité, dans les rôles prin­ci­paux. Aux côtés égale­ment de Frank Sina­tra qui tenait le rôle de Nathan Detroit, on retrou­vait quelques acteurs du show comme Vivian Blaine et Stub­by Kaye. Par la suite, Guys and Dolls don­na lieu à un grand nom­bre de repris­es, la plus mar­quante restant la pro­duc­tion de Jer­ry Zaks créée à Broad­way en 1992 avec Peter Gal­lagher, Josie de Guz­man, Nathan Lane et Faith Prince, en atten­dant, bien sûr, la pro­duc­tion du Don­mar Ware­house avec Ewan Mc Gre­gor (Star Wars) en Sky Mater­son et Jane Krakows­ki (de la série Ally Mc Beal) en Adélaïde.

Ver­sions de référence
Guys and Dolls — Orig­i­nal Broad­way cast
Avec Robert Alda, Isabel Bigley, Sam Lev­ene, Vivian Blaine. Très bonne ver­sion quoique for­cé­ment un peu datée.

Guys and Dolls — The New Broad­way Cast (1992)
Avec Peter Gal­lagher, Josie de Guz­man, Nathan Lane, Faith Prince. Indis­pens­able ! Comme beau­coup des revivals des années 1990 et 2000, cet enreg­istrement offre une ver­sion sen­si­ble­ment réorchestrée d’une par­ti­tion désor­mais clas­sique à laque­lle des inter­prètes con­tem­po­rains haut de gamme, tels Nathan Lane (The Pro­duc­ers) en Nathan et Faith Prince (Bells Are Ring­ing) en Ade­laïde, appor­tent une moder­nité tout à fait rafraichissante.

Guys and Dolls — Stu­dio Cast, Fist Com­plete Record­ing (1995). Avec Kim Criswell. L’in­térêt prin­ci­pal de cet enreg­istrement est de pro­pos­er le spec­ta­cle dans son inté­gral­ité. Mais le choix d’in­ter­prètes issus en par­tie du monde du lyrique alour­dit con­sid­érable­ment la partition.

Blanch­es Colombes et Vilains messieurs — DVD
Ver­sion ciné­matographique du spec­ta­cle signée Joseph L. Mankievicz avec Mar­lon Bran­do, Jean Sim­mons, Frank Sina­tra, Vivian Blaine. S’il souf­fre de quelques longueurs et d’une volon­té un peu envahissante d’ap­pro­fondir la psy­cholo­gie des per­son­nages (Mankiewicz est quand même l’au­teur de Eve et de Chaînes con­ju­gales), cette ver­sion ciné­matographique offre quelques morceaux de bravoure choré­graphiques vrai­ment impres­sion­nants et le charme du duo Mar­lon Bran­do-Jean Sim­mons, assez à l’aise dans l’u­nivers du musi­cal, opère sans problème.