Guy Bontempelli — Le père de Mayflower.

0
465

Guy Bontempelli ©DR
Guy Bon­tem­pel­li ©DR
Com­ment êtes vous entré dans le monde de la musique ?
J’ai reçu une for­ma­tion de piano clas­sique et d’har­monie avec un élève de Olivi­er Mes­si­aen. Enfant, j’é­coutais aus­si volon­tiers des opérettes. Etu­di­ant, j’ai acquis une licence de let­tre, tout en assis­tant à énor­mé­ment de spec­ta­cles et de con­certs. J’ai sor­ti mon pre­mier disque en 1966 (à 26 ans), pour lequel j’ai reçu le Prix Charles Cros. A ce moment, j’é­tais à New York. Tous les soirs, j’al­lais voir des comédies musi­cales. C’est ain­si que j’ai choisi de devenir auteur et com­pos­i­teur. Pour moi il faut être les deux à la fois. Le texte est du son. Si on n’y pense pas assez et on peut pass­er à coté d’une bonne chan­son. Il faut arriv­er à une com­plic­ité entre le texte et l’har­monie. Puis j’ai acquis une cer­taine notoriété. Cer­taines chan­sons, comme « Ma jeunesse fout le camp » par Françoise Hardy, dont dev­enues de grands succès.

Pou­vez-vous nous racon­ter votre expéri­ence Mayflower ?
A par­tir de l’his­toire du Mayflower que je lui racon­tais, Eric Chard­en avec qui je col­lab­o­rais alors, a voulu en faire une comédie musi­cale. Son pro­duc­teur était Charles Talar. Nous lui avons soumis notre pro­jet et nos pre­mières chan­sons. Sa réponse: « Je marche et je pro­duis le spec­ta­cle ». J’ai écrit le livret et les paroles, Eric Chard­en a fait la musique, et Jean-Claude Petit l’arrange­ment musi­cal. Nous avons fait le disque, puis le spec­ta­cle. Le disque était un dou­ble album qui s’est ven­du à 200.000 exem­plaires. La révo­lu­tion française (de Bou­blil et Schön­berg) avait très bien marché sur scène et nous a con­forté dans notre pro­jet : un tas de gens était capa­ble de bien chanter et d’être bons comé­di­ens sur scène. Beau­coup des inter­prètes nous ont rejoint sur Mayflower. Nous avons ouvert en novem­bre 1974 et tenu la sai­son puis la suivante.

Mayflower explique que l’Amérique s’est inven­tée sur le bateau du même nom. C’est une his­toire triste de gens qui par­tent, mais il y a dans ce voy­age les per­son­nages qui ont con­sti­tué sur 200 ans les vagues d’émi­grants. Le spec­ta­cle fait en fait peu référence à la cul­ture améri­caine, il a plutôt un car­ac­tère français pour décrire l’Amérique.

A votre avis, qu’est-ce qui explique que le théâtre musi­cal ait pris tant de temps pour s’im­pos­er en France ?
La comédie musi­cale a une odeur de soufre non méritée. Je note toute­fois que les bons spec­ta­cles ont marché, et les mau­vais non. Il reste que les Améri­cains et les Anglais traduisent le texte en français mais ils vien­nent avec leur pro­pre staff, leur choré­gra­phie, leur mise en scène. Puis ils ren­con­trent des prob­lèmes de recrute­ment. En effet le per­son­nel artis­tique est dif­férent, avec des critères dif­férents. Mais il n’est pas inférieur. Le pub­lic a sa cul­ture et ses goûts, mais les Anglo-sax­ons ne le com­pren­nent pas, car beau­coup de pays se sont adap­tés à leurs goûts. La zone fran­coph­o­ne reste spé­ci­fique, avec sa pro­pre sen­si­bil­ité. Les Français ne fonc­tion­nent pas de la même façon que les Anglo-sax­ons. Il faudrait adapter non seule­ment le texte, mais aus­si le spec­ta­cle en pro­fondeur au goût du pub­lic d’ici.
En plus de cela, les jour­nal­istes et les médias n’aident pas. Mon­ter une comédie musi­cale, c’est un grand tra­vail en amont : disque, radio, pro­mo­tion. C’est plus cher qu’une pièce de boule­vard ! Les gamelles sont reten­tis­santes, et on a vite fait de déduire que ça ne marche pas en France. Il a fal­lu de grands suc­cès pour chang­er la men­tal­ité des gens.

Peut-on qual­i­fi­er le phénomène actuel de renouveau ?
Il y a 20 ans, j’avais été enchan­té du suc­cès de Star­ma­nia. Un jour, Michel Berg­er m’avait invité à déje­uner pour me deman­der des con­seils pour son spec­ta­cle qui démar­rait. Je lui ai indiqué les pièges dans lesquels ne pas tomber. En retour je suis devenu en quelque sorte un invité per­ma­nent, et j’ai égale­ment assisté aux répéti­tions ! Quant à Notre Dame de Paris, je suis très con­tent pour Charles Talar, mon pro­duc­teur à l’époque de Mayflower. Le spec­ta­cle est bien fait, quoique je ne l’au­rais pas fait comme ça moi-même. Je suis sat­is­fait de voir un spec­ta­cle de comédie musi­cale marcher. Pour moi c’est mieux en tout cas que Star­ma­nia mis en scène par Lewis Furey …
J’ob­serve en même temps que tout le monde s’es­souf­fle dans la chan­son de var­iétés. Le rap a nié la mélodie. Il se trou­ve que le théâtre musi­cal per­met d’écrire des mélodies qui sont désor­mais impens­ables en disque. Les chan­sons de théâtre ne sont pas for­cé­ment des tubes, mais elles ont d’énormes qual­ités. Aujour­d’hui en var­iétés, il faut faire des dis­ques avec 12 tubes. Mais on en arrive à ce que toutes les chan­sons se ressem­blent. Le théâtre musi­cal peut apporter de la différence.

Quels sont vos pro­jets dans le domaine du théâtre musical ?
J’en ai tou­jours beau­coup même si dernière­ment des prob­lèmes de san­té m’ont retardé. J’ai écrit Niméñio 2 avec Gérard Bour­geois qui a été longtemps le musi­cien attitré de Brigitte Bar­dot. C’est inté­grale­ment chan­té. Les con­tacts sont en cours pour faire aboutir deux ans de tra­vail. L’Orchestre de Barcelone a accep­té des représen­ta­tions à Barcelone. Le rôle prin­ci­pal serait tenu par Fran­cis Lalanne, qui a don­né son accord. L’ob­jec­tif est de faire un disque pour la fin d’an­née. La musique est his­panisante avec un coté pop­u­laire appuyé. Nimeñio 2 est un torero français devenu une idole inter­na­tionale. Il a sa stat­ue de 5 m de haut devant les Arènes de Mex­i­co. Le spec­ta­cle racon­te la pas­sion de l’homme et la tragédie qu’il a vécu (un acci­dent dans l’arène). J’aimerais que Fabi­enne Thibeault tienne le rôle de la mère. Il y a aura une fiancée (sopra­no), et le frère (bary­ton) dans les autres rôles prin­ci­paux ain­si que de nom­breux autres personnages.
Je compte aus­si relancer Si ça vous chante que j’ai créé au Off d’Av­i­gnon il y a deux ans et qui y a fait un tabac. J’ai écrit les lyrics et la musique au trois quarts. Il s’ag­it d’une fable sur la « Chan­son », qui est aus­si le nom de l’héroïne. J’aime beau­coup ce spec­ta­cle qui devrait plaire car il est char­mant et très drôle.