Grégory Benchenafi, incroyable Mike

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Grégory Benchenafi (c)DR
Gré­go­ry Benchenafi ©DR

Gré­go­ry, vous jouez Mike depuis un mois. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Très posi­tif. Nous avons énor­mé­ment de retours excel­lents sur le spec­ta­cle. On en est tous très heureux, et moi le pre­mier. Hon­nête­ment, j’avais quelques craintes sur les a pri­ori que les gens avaient sur le spec­ta­cle, à savoir que ça allait être juste un con­cert hom­mage. Les fans, eux, avaient peur de ne pas retrou­ver le Mike Brant qu’ils aimaient. Quant à la pro­fes­sion, elle s’attendait à truc ringard et sans intérêt. Donc c’est vrai qu’on appréhendait, même si nous, nous savions qu’on tenait un super spec­ta­cle. Main­tenant, nous sommes ras­surés et très agréable­ment sur­pris des réac­tions très pos­i­tives du public.

Com­ment vous êtes-vous retrou­vé à incar­n­er Mike Brant ?
C’est Thier­ry Har­court, un ami met­teur en scène, qui m’a appelé pour me dire que Thomas Le Douarec [NDLR : met­teur en scène de Mike] recher­chait un Mike Brant. J’étais en répéti­tions au Casi­no de Lille, je n’ai pas trop réfléchi, j’ai appelé pour pass­er l’audition. J’ai passé qua­tre tours. Entre le deux­ième et le troisième, le met­teur en scène m’a envoyé le livret. Je l’ai dévoré. J’ai tout de suite appelé pour dire que je voulais vrai­ment faire ce spec­ta­cle. C’est une vraie comédie musi­cale comme à Broad­way, qui racon­te une his­toire forte avec plus de théâtre que de chant. C’est vrai­ment ce qui m’a plu. C’était une oppor­tu­nité unique pour un jeune comé­di­en chanteur comme moi de faire ses preuves tant la palette de jeu est large sur ce spec­ta­cle. Thomas Le Douarec et Marc Sous­tras, le pro­duc­teur exé­cu­tif, ont cru en moi tout de suite et je les en remer­cie encore. Ils se sont bat­tus pour que ce soit moi ; mon « inex­péri­ence » en tant que comé­di­en effrayait un peu la pro­duc­tion. Mais au fond de moi, je savais que je pou­vais y arriver.

Vous n’avez que 27 ans. Que représen­tait Mike Brant pour vous avant de pass­er ces audi­tions pour le rôle ?
Mike Brant, ça m’évoquait les repas de famille, les bals pop­u­laires qu’il y a encore dans les petits vil­lages du sud de la France d’où je viens. Pour moi, c’était juste un chanteur à voix excep­tion­nel que je croy­ais améri­cain ! Mais il ne m’intéressait pas plus que ça, ce n’é­tait pas du tout ma généra­tion. Main­tenant que je le con­nais mieux, j’ai appris à l’aimer. C’est quelqu’un qui était vrai­ment à fleur de peau ; c’est un point que nous avons en com­mun, je suis quelqu’un d’ultra sen­si­ble. Il avait envie de chanter autre chose que ce qu’on lui fai­sait chanter, il était fan d’Elvis Pres­ley et d’Aretha Franklin. Mais quand on exploite un bon filon, on l’exploite jusqu’au bout. Il était entouré de gens qui voulaient faire du busi­ness sur son dos et, à un moment don­né, quand il a sen­ti qu’il n’était qu’une mar­i­on­nette à faire du fric, en plus de tout son passé douloureux, ça l’a brisé. Tout ça est très bien racon­té dans le spectacle.

Com­ment se sont passées les répéti­tions sous la direc­tion de Thomas Le Douarec ?
Il fal­lait être patient parce que Thomas est tou­jours en retard (rires) ! Non, il y avait une super ambiance. La plus grande force de Thomas est d’avoir réus­si à réu­nir une équipe com­posée de per­son­nes venant d’horizons dif­férents et qui pour­tant avaient l’impression de déjà se con­naître. Il y avait une cer­taine sym­biose avant même qu’on ne démarre les répéti­tions. Après, Thomas a beau­coup tra­vail­lé sur nos instincts les uns vis-à-vis des autres. Il a d’abord lais­sé les choses se pass­er, puis il est allé chercher vrai­ment l’essence des sit­u­a­tions, des scènes.

Com­ment avez-vous tra­vail­lé votre personnage ?
J’ai bouf­fé du Mike Brant (rires) ! J’ai beau­coup regardé des images d’archives, ses pas­sages télé, observé ses mim­iques. J’ai lu qua­tre ou cinq biogra­phies. Pour l’accent, dès la pre­mière audi­tion, on m’avait demandé d’essayer d’en trou­ver un qui se rap­proche de celui qu’avait Mike quand il par­lait français. Dans le train qui m’amenait à Paris, j’ai écouté deux inter­views de lui pour me met­tre dans l’oreille la musique de cet accent que j’ai essayé de repro­duire lors de l’audition. C’est peut-être pour ça aus­si que j’ai eu le rôle !

Vous êtes même allé sur les lieux de son enfance en Israël…
Oui, et sur sa tombe aus­si. J’ai surtout ren­con­tré son frère. Il m’a racon­té plein de choses, dont cer­taines très intimes, qui m’ont beau­coup aidé. Pour la plu­part des gens, Mike Brant était un chanteur à minettes, un boys band à lui tout seul, des années 70. En réal­ité, c’était un homme ultra frag­ile. Sur l’envers du décor, sur ses fêlures et sa tristesse, la ren­con­tre avec son frère m’a beau­coup apporté.

Et quelle a été sa réac­tion quand il vous a vu jouer son frère ?
Ca lui a fait bizarre. Il m’a dit que dans beau­coup de scènes il avait l’impression de le revoir dans sa fragilité, dans ses réac­tions. Mais déjà lorsque je l’ai ren­con­tré en Israël, nous étions au restau­rant pour fêter l’anniversaire d’un des pro­duc­teurs, j’ai chan­té une chan­son de Mike Brant et quand je me suis retourné, il pleu­rait. C‘était très émouvant.

Qu’est-ce qui vous est le plus dif­fi­cile sur ce spectacle ?

Grégory Benchenafi dans Mike (c)DR
Gré­go­ry Benchenafi dans Mike ©DR

C’est l’abandon. C’est quelque chose qui a été très dur à trou­ver en répéti­tion. Dans les dernières scènes, Mike est brisé. Le plus dur, c’est de s’abandonner totale­ment, il ne faut plus avoir aucune pudeur. Quand on s’abandonne vrai­ment, il y a un truc qui se casse à l’intérieur. Et il faut le faire tous les soirs.

Quels sont pour vous les prin­ci­paux points forts du spectacle ?
Il y en a telle­ment… Pour moi, le plus gros point fort du spec­ta­cle, out­re le très beau texte de Gadi Inbar, c’est l’homogénéité et la qual­ité de la troupe qui font que le spec­ta­cle va crescen­do sans jamais retomber. Nous avons de très bons musi­ciens et nous sommes bien aidés par l’intelligence de la mise en scène de Thomas.

Et vos moments préférés ?
J’adore mon duo avec Dal­i­da, jouée par Car­o­line Devismes. C’est un plaisir de chanter les yeux dans les yeux avec elle. Après, il y a tous les tableaux choré­graphiés comme « Jail­house Rock » au com­mis­sari­at, c’est génial de voir tout le monde danser, bouger autour de moi. Toutes les scènes avec les par­ents sont des moments très forts pour moi parce qu’on a tous un passé plus ou moins douloureux avec nos par­ents, on a tous eu nos crises d’adolescent, nos engueu­lades. Je retrou­ve dans ces scènes mes pro­pres provo­ca­tions et les réac­tions de mes par­ents. Quant aux scènes où il y a la drogue, l’alcool, la vio­lence, l’orgie, c’est jouis­sif à jouer parce que ce sont des choses qu’on s’interdit dans la vie de tous les jours. Et là, moi, j’ai droit à tout, c’est super grisant ! Et puis, il y a la scène finale, « Dis-lui » : c’est ma cerise sur le gâteau parce que je vois le pub­lic et je sais qu’il y a toute la troupe qui chante der­rière moi. Franche­ment, pour moi, c’est très fort. Je me rends compte que j’ai cité qua­si­ment tout le spectacle !

En quoi le spec­ta­cle peut-il plaire à ceux qui ne sont pas fans de Mike Brant ? Que diriez-vous pour les convaincre ?
Je vais repren­dre la phrase que m’a dite Daniel Mes­guich, le grand comé­di­en et directeur du Con­ser­va­toire Nation­al d’Art Dra­ma­tique : « ce spec­ta­cle-là, on y va à recu­lons parce qu’on se demande où on va, et quand on en ressort, on a envie de revenir ». Tout est dit. Encore hier soir, il y a trois gars qui sont venus me voir à la sor­tie pour me dire : « on est venus pour faire plaisir à nos femmes parce que Mike Brant, on n’en a rien à cir­er, et très sincère­ment on s’est éclaté, on a vu une vraie his­toire. » C’est la force de ce spec­ta­cle. Quand je fais de la pro­mo en télé, je n’arrête pas de répéter que ce n’est pas un con­cert, un hom­mage réservé aux fans. C’est vrai que le sous-titre « Laisse-nous t’aimer » peut le faire penser. D’ailleurs, nous en avons un peu dis­cuté avec les pro­duc­teurs. S’il y a une nou­velle cam­pagne d’affichage, il n’y aura plus que Mike sur l’affiche.

Si Mike Brant ne s’était pas sui­cidé si jeune, pensez-vous qu’il aurait évolué artistiquement ?
J’ai envie de me dire qu’à un moment don­né il aurait trou­vé quelqu’un qui lui aurait per­mis de faire ce qu’il aimait vrai­ment. Il aurait pu être un croon­er, un Tom Jones à la française. J’aimerais croire que s’il était encore en vie aujourd’hui, il nous régalerait de chan­sons de son cru, avec sa sen­si­bil­ité et ses goûts musi­caux assez dif­férents de ce qu’il chan­tait. Mais mal­heureuse­ment, je pense qu’il ferait comme tous ceux de son époque, il con­tin­uerait à chanter ses grands tubes des années 70.

Et vous, com­ment aimeriez-vous que votre car­rière évolue ?
Mon plus gros chal­lenge à l’heure actuelle, c’est d’être recon­nu en tant que comé­di­en à part entière, et pas seule­ment comme un chanteur qui se débrouille en comédie, pour qu’on puisse par la suite me pro­pos­er des rôles intéres­sants. Là, j’ai l’avantage de me faire con­naître d’un plus grand pub­lic et de la pro­fes­sion en général. Si on me pro­pose un pro­jet de comédie musi­cale au moins aus­si bien que Mike, je n’hésiterai pas. Mais ce qui me ferait le plus plaisir, ce qui me don­nerait le plus de fierté, ce serait qu’on me pro­pose une pièce de théâtre à Paris. On a tous des choses à se prou­ver à soi-même.