Gregory Benchenafi : « Dans notre métier, rien n’est jamais acquis »

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© Nathalie Robin
© Nathalie Robin

Gré­go­ry Benchenafi, vous allez inter­préter Har­ry Pil­cer dans le spec­ta­cle Mist­inguett. Quelles sont les car­ac­téris­tiques de ce personnage ?
Comme la majorité des per­son­nages du spec­ta­cle, cet Améri­cain a réelle­ment vécu. Engagé par Jacques Charles et Léon Volter­ra, il a tra­ver­sé l’Atlantique au début des années folles, rejoignant la France à leur demande pour s’occuper du nou­veau spec­ta­cle de Mist­inguett. Il fut égale­ment son parte­naire de scène. Fatale­ment, à force de tra­vailler ensem­ble, Mist­inguett et lui ont noué une rela­tion affec­tive, se rap­prochant de façon… dis­ons « moins pro­fes­sion­nelle »… mais je ne peux pas tout révéler ! Une chose est cer­taine, cet homme fut un précurseur. En arrivant en France, il a amené avec lui tout son savoir-faire d’Américain auprès de l’équipe du Casi­no de Paris et de Mist­inguett. Il fut ain­si le pre­mier à intro­duire dans notre pays, les cla­que­ttes, le rag­time et à con­tribuer à pop­u­laris­er le jazz…
Je suis très heureux de jouer ce per­son­nage, qui a un côté très cool, très « améri­cain » dans son atti­tude. Car il faut se met­tre à sa place : Débar­quant pour mon­ter une revue et com­pos­er des choré­gra­phies, il se retrou­ve au milieu d’une his­toire abra­cadabrante mêlant voy­ous, jeux d’argent, bagar­res et échanges de coups de feu… autour d’un enjeu: la survie du Casi­no de Paris. Il fait pour­tant preuve de beau­coup de sec­ond degré et de recul, se ten­ant volon­taire­ment à l’écart. Sa réac­tion est de se dire : « En fait ici, c’est comme chez moi, c’est Chica­go! Ils sont com­plète­ment fous ces Français !». Avant de s’impliquer et d’apporter sa touche pour aider la sit­u­a­tion à se débloquer.

Com­ment vous êtes-vous préparé ?
Le méti­er d’Harry Pil­cer étant d’être choré­graphe, ce rôle est un peu par­ti­c­uli­er. En plus de chanter et de jouer la comédie sur scène, il faut pou­voir men­er un bal­let, diriger des choré­gra­phies, peut-être faire des cla­que­ttes qui sait ? C’est donc le chal­lenge le plus intéres­sant pour moi sur Mist­inguett. Si j’ai tou­jours dan­sé dans mes spec­ta­cles précé­dents, ce n’est pas ma for­ma­tion ini­tiale. Guil­laume Bor­dier (le choré­graphe du show), m’a appris à gér­er un ensem­ble, à men­er un bal­let. Nous avons aus­si eu beau­coup de répéti­tions de danse clas­sique; Pour moi c’est for­mi­da­ble. Cela me per­met d’ap­préhen­der cette dis­ci­pline de façon dif­férente et encore plus poussée. D’ailleurs, c’est bien pour cela qu’on fait ce méti­er ! Si c’est pour rester dans ses pan­tou­fles, il n’y a aucun intérêt. Là au moins, on va au devant de vrais défis à relever. Il s’agit toute­fois d’être crédi­ble et de ne pas décevoir le public.

Le grand pub­lic vous a décou­vert en par­tie avec Mike, laisse nous t’aimer ! Qu’en retenez-vous ?  Quel fut votre par­cours depuis ?
Ce fut une fab­uleuse expéri­ence. En plus de par­ticiper à une aven­ture humaine et artis­tique géniale, cela m’a per­mis de gag­n­er une forme de crédi­bil­ité, même si dans ce méti­er, rien n’est jamais acquis et qu’il faut tou­jours se renou­vel­er et tra­vailler. Depuis, ‑avant d’accéder à des spec­ta­cles comme Mistinguett‑, j’ai pas mal nav­igué et alterné les spec­ta­cles partout en France. Des opéras, beau­coup d’opérettes, du théâtre musi­cal avec en 2011 Le por­trait de Dori­an Gray mis mise en scène par Thomas Le Douarec, et de nom­breux fes­ti­vals. En 2014, j’ai par­ticipé à la créa­tion du spec­ta­cle musi­cal Le ciné con­tre-attaque ini­tié par des amis, j’ai égale­ment fait mes pre­mières mis­es en scène en province, tout en pour­suiv­ant l’écriture d’un futur album.  Ce n’est pas parce que l’on n’est pas sous les feux de la rampe, que l’on ne tra­vaille pas. Pour la lumière, il y a beau­coup d’appelés pour peu d’élus. En revanche, beau­coup d’artistes tra­vail­lent sans être sous le feu des projecteurs.

En quoi Mist­inguett, son univers et cette atmo­sphère vous sem­blent-ils d’actualité, un siè­cle plus tard?
Pour le monde du spec­ta­cle, cette péri­ode est très précurseur de ce qui se passe aujourd’hui. Tout ce que l’on con­nait est né à ce moment-là : Broad­way, les shows avec danse et théâtre, les grandes revues en cos­tumes,  tout cela com­mençait à vibr­er, à vivre et à pren­dre un cer­tain essor. Et puis, on savait aus­si pren­dre des risques au nom du spec­ta­cle ! J’ai envie de rap­procher cela de l’engagement d’hommes tel Albert Cohen qui essaye de pro­duire des grands spec­ta­cles tous les deux ans et se donne du mal pour ça. C’est le même risque que pren­nent aujourd’hui les artistes. Je pense à tous les spec­ta­cles plus ou moins con­fi­den­tiels qui exis­tent, à tous mes copains qui se démè­nent, font des com­pos, des créa­tions. Enfin, aujourd’hui, Mist­inguett est par­ti­c­ulière­ment d’actualité par rap­port à notre société pour deux raisons. D’abord, les gens ont vrai­ment besoin de rêver à nou­veau et quoi de mieux que de retrou­ver cette péri­ode des années folles, avec ses plumes, ses pail­lettes, ses shows et son insou­ciance ! Et puis j’ajouterais que la cul­ture est un peu en péril à l’heure actuelle. Et c’est bien de met­tre sur scène cette his­toire qui racon­te com­ment face à un théâtre et un spec­ta­cle men­acés de tomber à l’eau, la bonne volon­té et l’envie peu­vent pren­dre le dessus et per­me­t­tre de sauver une créa­tion artistique.

Mist­inguett- Reine des années folles
A par­tir du 18 sep­tem­bre 2014 au Casi­no de Paris
Mistinguett-lespectacle.fr

Retrou­vez les vidéos du show-case de Mist­inguett.