
Geneviève, quelle est votre formation ?
J’ai une maîtrise en chant classique de l’Université de Montréal et j’ai, aussi, fait un stage à l’Opéra Lyrique de Montréal.
Vous vous décrivez comme étant une soprano délinquante. Expliquez-nous ce que cela veut dire…
En fait, ce n’est pas moi qui me décris de cette façon. Ce sont les fans ainsi que l’équipe française qui m’ont attribué ce surnom, lors de mon séjour en France. Évidemment, ma formation classique transparaît lorsque je chante mais, comme je ne fais plus vraiment ce style à l’état pur, on me dit « délinquante » car j’emprunte des « avenues » pop. J’ai toujours écouté plusieurs styles de musique, pas uniquement du classique et, j’aime sortir et m’amuser avec mes amis. Lors de mes études, j’étais la « marginale » parmi les élèves en chant classique.
Avez-vous eu à prendre une décision pour laisser le chant classique, ou bien, c’est arrivé naturellement ?
Ce n’est pas une décision qui s’est prise, comme ça, du jour au lendemain. Je dirais que le cheminement a fait que ça s’est présenté de cette façon. Vers la fin de ma maîtrise, j’ai revu l’équipe de gérance qui m’avait signée pour un premier CD. Ils cherchaient une voix classique pour un projet pop-rock. Ça a donné l’album H2O. Pour ma part, ce CD était un « à‑côté » car je me destinais, vraiment, à l’opéra et aux chants classiques. Ensuite, ce projet a pris de l’ampleur. On m’a proposé des rôles pour des spectacles comme Du Rock à l’Opéra où je chantais du classique mais, dans un contexte qui ne l’était pas du tout et, j’ai adoré ça.
Depuis les dernières années, vous avez participé à plusieurs revues ou comédies musicales. C’est un domaine que vous semblez apprécier?
Oui, car je constate que c’est la rencontre de spécialités artistiques que j’aime beaucoup. Si je n’avais pas été chanteuse, j’aurais été soit comédienne, ou bien, danseuse. J’aime le mélange chant, théâtre et danse. J’ai quitté ma Gaspésie natale, principalement, pour faire du théâtre. Alors, lorsque je me retrouve sur un plateau de production qui marie tous les genres, je me sens comme un petit poisson dans l’eau. Je trouve intéressant de travailler avec des artistes de différentes disciplines comme dans le spectacle Dassin, où je pouvais voir les danseurs s’échauffer avant le spectacle. J’apprends beaucoup à regarder les autres travailler.
Vous avez tenu le rôle d’Isabelle dans Don Juan. Que retenez-vous de votre participation ?
Pour moi, Don Juan, a été une école de vie. Premièrement, c’était un nouveau genre que ce « spectacle musical » car, en fait, ce n’est pas de la comédie musicale, ni du théâtre musical, dans le sens conventionnel du terme. Pourquoi Don Juan a bien fonctionné? C’est à cause des chansons de Félix Gray qui, prises individuellement, pouvaient devenir des hits à la radio. Personnellement, j’ai appris beaucoup de Don Juan et ce, à plusieurs niveaux, dont la dimension « humaine » qui est fondamentale. Nous avons beaucoup voyagé avec ce spectacle. C’était mon premier voyage en Europe et en Corée.
Qu’en est-il du DVD de Don Juan ? Va-t-il sortir bientôt?
Je reçois plusieurs courriels à ce sujet, des demandes incroyables. La situation n’est pas très claire pour les fans. Finalement, j’ai pu l’acheter en Corée ! Il était en vente lors des représentations de Don Juan, là-bas. Il a été question que le DVD sorte au Québec mais, ça n’a pas marché, en France non plus, d’ailleurs. J’ai l’impression que ce DVD ne sortira jamais et c’est dommage car, il est vraiment excellent (rires). Alors, je n’ai malheureusement aucune idée s’il sortira un jour…
Vous allez interpréter Fantine, dans Les Misérables, connaissiez-vous cette comédie musicale?
Je connaissais un peu Les Misérables. On a tous vaguement une idée de l’histoire. J’ai aussi vu quelques extraits à la télévision mais jamais sur scène. Bien sûr, je connaissais quelques chansons tirées de cette comédie musicale mais, je ne peux pas dire que j’étais bien informée du rôle de Fantine. Je découvre beaucoup de choses à son sujet et j’en suis agréablement surprise. Je suis très chanceuse, je constate que d’avoir le rôle de Fantine dans Les Misérables est vraiment un privilège !
Parlez-nous de votre rôle…
Fantine, telle que la décrit le metteur en scène Frédéric Dubois, est un peu l’idéal humain : une belle femme et une bonne âme… une belle personne dans tous les sens du terme. La malchance et la misère s’acharnent sur elle et font que sa vie devient une descente progressive aux enfers. Dans les livres de Victor Hugo, l’action se déroule sur plusieurs années et plusieurs centaines de pages. Évidemment, sur scène, nous disposons d’un court laps de temps pour voir ce déclin.
Comment allez-vous aborder ce rôle?
À la lecture des textes, j’ai pleuré car c’est un rôle très dramatique. Il est venu chercher, chez moi, des émotions très fortes. Alors, j’ai voulu apprivoiser le personnage, seule dans mon salon, avant d’arriver en répétitions. Je devais aller puiser dans mes propres émotions pour m’accaparer le rôle. À certains moments, je pleurais tellement (rires) que ma voix n’allait pas où je voulais l’emmener. C’était trop viscéral. Maintenant, aux répétitions, Frédéric, le metteur en scène, nous fait travailler beaucoup ce qu’il appelle « être au neutre ». Il place les « choses » physiquement, sans jouer. Ce qui est très chouette, c’est que nous avons du temps pour travailler.
Est-ce que vous ressentez plus de pression en sachant que la vente de billets va très bien ?
Au contraire (rires), c’est réjouissant car, ce que j’aime dans les grandes productions comme Les Misérables, c’est que ce n’est pas le même genre de pression que celle ressentie lorsque nous faisons une carrière solo. Dans ce cas, la vente de billets occasionne une pression plus difficile à gérer puisqu’il faut s’assurer que la vente se déroule comme prévu. On est plus responsable, tandis qu’avec Les Misérables, la vraie vedette du show, c’est le spectacle lui-même. Les gens achètent Les Misérables, peu importe qui va être Fantine. C’est certain qu’il y aura de mes fans qui vont se déplacer pour venir me voir et les autres vont pouvoir me découvrir. Je suis heureuse de la vente des billets et j’espère qu’on va jouer, au moins, jusqu’en décembre (rires).
Quand auront lieu vos prochains concerts solo ?
J’en ai fait beaucoup mais… à Paris ! Nous avons travaillé énormément le développement de ce côté-là. Mon CD Tant Rêver est maintenant disponible en France. Au Québec, le CD a connu un succès modeste mais il m’a, tout de même, fait connaître par un autre genre de public puisque l’album était plus pop. Après réflexion, je constate que les grandes productions ont pris beaucoup de place dans ma carrière. Donc, j’ai préféré me concentrer là-dessus. Honnêtement, je suis comblée juste par le fait d’être sur scène, en solo ou avec une troupe. Je suis consciente que mes fans aimeraient me voir chanter mes propres chansons. Je pense que chaque chose vient en son temps. Peut-être qu’après Les Misérables, il pourra y avoir quelques concerts solo. Je fais confiance au destin.
Vous pouvez vous procurer le DVD de Don Juan sur Asiandb