Frédérik Steenbrink : Garland, Trenet et moi

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steenbrink-frederikFrédérik Steen­brink, com­ment êtes-vous arrivé au théâtre musical ?
J’ai com­mencé par jouer du piano puis j’ai mon­té des groupes où je chan­tais et jouais de la basse. C’est là que j’ai com­mencé à écrire et com­pos­er mes pre­mières chan­sons. Après le lycée, je suis entré au Con­ser­va­toire Nation­al d’Amsterdam où j’ai tra­vail­lé la musique, le chant, la comédie, l’écriture et la créa­tion de spec­ta­cle. Au bout d’un an, je me sen­tais à l’étroit, j’avais envie d’aller dans une grande ville pour élargir mes références. Je suis venu à Paris où je me suis inscrit à l’école du Théâtre de Chail­lot dirigé à l’époque par Jérôme Savary et au CIM, une école de musique jazz. Abbès Zah­mani, pro­fesseur à l’école de Chail­lot, m’a pro­posé un rôle dans la pièce qu’il met­tait en scène, Inac­ces­si­bles amours avec Karin Viard et Jacques Bon­naf­fé. Il fal­lait jouer du piano, chanter et jouer la comédie. J’ai gag­né aus­si un con­cours de chan­son qui m’a per­mis de me pro­duire avec mes com­po­si­tions au Théâtre du Tour­tour, au Sen­tier des Halles et en tournée. Puis j’ai joué dans Irma la douce à Chail­lot, mise en scène par Savary, avec Clotilde Courau. C’était ma pre­mière vraie expéri­ence de comédie musi­cale. For­mi­da­ble expéri­ence. Ensuite, je suis allé jouer dans Titan­ic, le musi­cal de Mau­ry Yeston, mis en scène par Jean-Louis Grin­da à Liège. J’en garde un bril­lant sou­venir, une des mes plus belles expéri­ences théâ­trales. J’ai fait des ren­con­tres for­mi­da­bles comme Jacques Verzi­er, Vin­cent Heden, Vin­cent Vit­toz, Vin­cianne Regat­tieri… et bien sûr Isabelle Georges.

C’est de cette ren­con­tre avec Isabelle Georges qu’est né Une étoile et moi
Je la trou­vais telle­ment extra­or­di­naire sur Titan­ic qu’un soir je lui ai dit « pourquoi tu ne ferais pas quelque chose où tu pour­rais aller plus loin ? ». Je lui ai sug­géré de s’inspirer d’un événe­ment ou d’un artiste qui la touche. Et là, elle a tout de suite pen­sé à Judy Gar­land dont la vie est pas­sion­nante, un des­tin humain très fort. On a tra­vail­lé ensem­ble sur l’écriture du spec­ta­cle mais c’est Isabelle qui a décidé ce qu’elle avait envie, ou pas, de racon­ter. Elle a souhaité que je l’accompagne au piano, que je chante et que j’interprète aus­si des personnages.

Depuis les pre­mières représen­ta­tions en 2003, le spec­ta­cle a bien évolué et voyagé…
Le spec­ta­cle a gran­di avec nous. La pre­mière ver­sion était un peu her­mé­tique, tout était joué comme dans une comédie musi­cale. On a eu envie d’aller vers une ver­sion plus « cabaret ». On a intro­duit une nar­ra­tion, le con­tact avec le pub­lic était plus direct, on s’adressait à lui. C’est l’avantage d’une pro­duc­tion légère et flex­i­ble, rien n’est jamais figé. On l’a joué dans trois langues : français, anglais et néer­landais. En 2005, nous l’avons présen­té au Fes­ti­val d’Edinburgh (l’Avignon anglo­phone), l’accueil a été fab­uleux. Grâce à Edin­burgh, on nous a pro­gram­més sur une tournée en Hol­lande, sur trente dates dans un théâtre nation­al et deux tournées en Angleterre, et au Fes­ti­val de cabaret d’Adélaïde en Australie !

C’est une nou­velle ver­sion que vous allez présen­ter à l’Européen en juillet ?
A la fin de l’année dernière, nous avons retra­vail­lé le spec­ta­cle avec un nou­veau met­teur en scène, Yves Pingue­ly. Il l’a vrai­ment bien recen­tré. Nous avons adap­té plus de chan­sons en français. Il y a un peu moins de nar­ra­tion et plus de théâtre. Pour l’Européen, on va cer­taine­ment encore apporter de nou­velles choses.

Vous allez égale­ment jouer Une étoile et moi dans le cadre de la soirée hom­mage à Judy Gar­land le 22 juin au Palace. Pou­vez-vous nous en dire plus sur cette soirée ?
Le 22 juin, c’est le quar­an­tième anniver­saire de la dis­pari­tion de Judy Gar­land. Avec Isabelle et François Vila, nous avions envie de faire quelque chose d’exceptionnel. Le directeur du Palace, Aziz Var­dar, a vu Une étoile et moi à la Péniche Opéra, il a adoré et nous a offert sa salle pour cette soirée excep­tion­nelle. Ce sera une soirée car­i­ta­tive au prof­it de l’association Arc-en-Ciel qui réalise des rêves pour les enfants malades et hand­i­capés. On va jouer Une étoile et moi en pre­mière par­tie et, dans la deux­ième par­tie, on invite des artistes qui, de près ou de loin, ont un rap­port avec le réper­toire de Judy Gar­land. Il y aura le Sir­ba Octet qui a créé le spec­ta­cle Du shtetl à Broad­way avec Isabelle, Quai N°5 qui mélange musique clas­sique et jazz, le comé­di­en Jean-Claude Drey­fus, le mime-clown Julien Cot­tereau, un numéro de cla­que­ttes, une chorale qui inter­prétera une ver­sion chœur de « Trol­ley song » et « Over the rain­bow »… C’est beau­coup de tra­vail pour organ­is­er cela mais ça va être extraordinaire.

En juil­let, à l’Européen, vous allez aus­si présen­ter deux autres spec­ta­cles : La French Touche et Mon cœur fait boom !
La French Touche, c’est un cabaret musi­cal où tout est per­mis, assez déjan­té avec des repris­es et des com­po­si­tions orig­i­nales. Isabelle et moi avions envie d’évoluer vers autre chose. C’est un spec­ta­cle musi­cal sur l’amour, la déri­sion, la ten­dresse, où on s’arrête quelques instants dans un monde qui tourne trop vite. C’est un voy­age musi­cal où on mélange aus­si bien Sond­heim avec Alan Par­son, Liza Minel­li avec Piaf, Brel et Nougaro avec Mau­ry Yeston. Je chante « Le plat pays » de Brel en français et en néer­landais en référence à mes origines.
Dans Mon cœur fait boom !, je suis avec Katia Markosy, chanteuse, et deux musi­ciens. C’est l’histoire de qua­tre artistes qui veu­lent mon­ter un spec­ta­cle sur Charles Trenet. Ils essayent de bien faire mais ils échouent dans tout ce qu’ils font, tout se passe mal. C’est com­plète­ment loufoque. Ca com­mence de façon très sérieuse, très lyrique, et petit à petit ça devient rock’n roll, même hard rock ! C’est du Trenet large­ment revu et cor­rigé mais je pense qu’il aurait bien aimé.

D’autres pro­jets ?
Avec Isabelle Georges, nous pré­parons Ca c’est d’la musique, un spec­ta­cle hom­mage à Nor­bert Glanzberg qui a com­posé pour Edith Piaf (« Padam Padam », « Mon manège à moi »), Mon­tand (« Les grands boule­vards »), Tino Rossi… C’est une com­mande de l’Orchestre sym­phonique de Mul­house. Nous le jouerons à Paris la sai­son prochaine. Je tra­vaille aus­si sur un hom­mage à Irv­ing Berlin, l’un des plus grands com­pos­i­teurs de comédies musicales.

En dehors de ces spec­ta­cles « hom­mage » basés sur un réper­toire, vous n’avez pas envie d’écrire ou de jouer dans un spec­ta­cle com­plète­ment original ?
Si, bien sûr. J’aimerais écrire une comédie musi­cale. J’adorerais tra­vailler par exem­ple avec Jacques Verzi­er et Alexan­dre Bon­stein. J’ai des petites idées mais je ne peux pas tout faire, je joue et pro­duis déjà plusieurs spec­ta­cles et il n’y a que 24 heures dans une journée !

Avec votre Com­pag­nie, Comme Si, vous pro­duisez aus­si vos spec­ta­cles. C’est un choix ?
Oui, j’aime bien me com­pli­quer la vie ! J’ai tou­jours bien aimé organ­is­er des soirées, des spec­ta­cles. Je ne prend pas de risques démesurés. On tra­vaille avec des théâtres et des tourneurs qui nous aiment bien, qui nous sou­ti­en­nent. On con­stru­it une famille. Pou­voir rester libre de faire ce qu’on aime et pou­voir en vivre, c’est une chance phénoménale.

Vous avez par­ticipé, avec Isabelle Georges, à la Grande fête du théâtre musi­cal organ­isée par Diva et Regard en Coulisse le 11 mai au Come­dia. Com­ment l’avez-vous vécue ?
C’était génial. J’ai retrou­vé plein d’artistes que je n’avais pas vus depuis longtemps, notam­ment ceux que j’avais ren­con­trés sur Titan­ic. J’ai passé une soirée extra­or­di­naire. C’était très impres­sion­nant de partager la scène avec tous ces tal­ents, il y a longtemps que je n’avais pas eu autant le trac. Il fau­dra refaire une soirée comme ça !