Frédéric Strouck, d’un continent à l’autre

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Frédéric Strouck (c) David ChabertQuel est votre par­cours professionnel ?
Je suis arrivé dans la comédie musi­cale un petit peu par hasard… Je suiv­ais des études de ciné­ma pour devenir directeur de la pho­to et j’ai com­mencé à m’in­téress­er de près à la musique con­nec­tée à une forme de dra­maturgie. J’ai décou­vert alors la comédie musi­cale et j’ai très vite été séduit par cette forme… A par­tir de là, j’ai été amené à pass­er une audi­tion pour Fame en 1996 et puis tout s’est enchaîné assez vite : Piaf, je t’aime, Hair, Les Mis­érables en Alle­magne et puis l’Opéra Comique avec Jérôme Savary pen­dant cinq ans avant de me met­tre à mon­ter mes pro­pres spec­ta­cles… Après avoir adap­té pour le petit écran mon spec­ta­cle musi­cal Les 7 péchés cap­i­taux qui, pour Fox et NRJ12 est devenu Soaperette, j’ai décidé de par­tir aux USA. J’y ai vécu pen­dant ces deux dernières années et puis me revoilà !

En quelques mots, par­lez-nous de French Class ?
J’ai mon­té mon pre­mier « seul-en-scène » Par­lez-vous Français ? pen­dant cette péri­ode améri­caine et je l’ai joué à tra­vers le pays pour un pub­lic d’ex­pa­triés prin­ci­pale­ment. Cela s’est bien passé  pour une pre­mière expéri­ence dans ce genre d’ex­er­ci­ce périlleux qu’est le one man show. Le spec­ta­cle fonc­tion­nait sur un con­cept de chan­sons con­nues con­tex­tu­al­isées dans le cadre d’une his­toire orig­i­nale. Il a séduit le pub­lic fran­coph­o­ne aux Etats-Unis et aus­si une par­tie du pub­lic améri­cain. En ren­trant à Paris, j’ai donc eu l’idée de con­tin­uer sur cette lancée et de mon­ter French Class.

Votre spec­ta­cle est qual­i­fié de « one-man chant ». Com­ment définis­sez-vous ce nou­veau genre ?
Le one man chant pour­rait se résumer à un one man show avec du chant dedans mais c’est finale­ment un peu plus que cela. Le spec­ta­cle racon­te une vraie his­toire, du début jusqu’à la fin. Donc il ne s’ag­it pas juste d’une série de sketchs entre­coupée de chan­sons. Cela fonc­tionne un peu comme un petit Mam­ma Mia en util­isant des chan­sons du réper­toire dont on utilise les paroles que tout le monde con­naît pour faire avancer l’in­trigue. Les paroles de ces tubes devi­en­nent donc un pro­longe­ment du texte par­lé, par­fois en mode « aria », en moment arrêté pour met­tre en exer­gue l’é­tat d’e­sprit du per­son­nage et elles sont par­fois util­isées en réc­i­tatif. Quelques titres sont égale­ment util­isés en intradiégé­tique [NDLR : son faisant par­tie de l’ac­tion, pou­vant être enten­du par les per­son­nages] et traités en cita­tions sur un ton un peu pro­fes­so­ral. Cela pour­rait s’ap­par­enter à une comédie musi­cale pour un seul inter­prète, même si l’idée est sans doute un peu pom­peuse. Plus sim­ple­ment, c’est une façon orig­i­nale et ludique de racon­ter une his­toire avec des chansons.

D’où tirez-vous votre inspi­ra­tion pour les innom­brables références bi-cul­turelles franco-américaines ?
Au cours de ces deux années passées aux USA, j’ai évidem­ment été con­fron­té au choc cul­turel qui a été une véri­ta­ble source d’in­spi­ra­tion pour l’écri­t­ure de French Class. L’idée était bien sur de jouer sur les images d’Epinal qu’un français peut avoir du pays de la ban­nière étoilée, mais égale­ment d’évo­quer la façon dont les Améri­cains nous perçoivent en util­isant le ton humoris­tique et sou­vent décalé pro­pre au one man show. Ayant gran­di dans les années 70–80, j’ai été comme tous les gens de cette généra­tion influ­encé par tout ce qui prove­nait des USA au niveau de la chan­son, la nour­ri­t­ure, la télévi­sion… Il m’est apparu comme évi­dent d’u­tilis­er un réper­toire de chan­sons à mi-chemin entre les deux con­ti­nents qui sont des chan­sons améri­caines ayant fait l’ob­jet d’adap­ta­tions en français ou des chan­sons français­es dev­enues des grands tubes inter­na­tionaux, ou encore des chan­sons emblé­ma­tiques ayant pour thème les USA.

Com­ment a évolué la pièce depuis sa genèse jusqu’à sa présen­ta­tion au Théâtre des Blancs Manteaux ?
Je suis passé par une péri­ode « lab­o­ra­toire » à La Petite Loge à Paris. Cela m’a don­né l’oc­ca­sion de retra­vailler le texte et la struc­ture du spec­ta­cle et de le con­fron­ter à un pub­lic test avant d’at­ta­quer les Blancs Man­teaux. Revenant des USA où j’ai joué dans de grands espaces, c’é­tait un exer­ci­ce néces­saire avant d’at­ta­quer une salle comme les Blancs Man­teaux où l’on est en intim­ité avec le pub­lic. C’é­tait l’oc­ca­sion égale­ment de tra­vailler au micro­scope avec mes deux met­teurs en scène : Olivi­er Podes­ta et Sophie Tellier.

Avez-vous d’autres projets ?
Pas mal de choses sont encore dans mes tiroirs et sur le feu depuis quelques années main­tenant. Mais aujour­d’hui, après avoir beau­coup tra­vail­lé sur des pro­jets d’en­ver­gure, je me sens plus ten­té de con­tin­uer à tra­vailler sur des petites formes. Je resterai tou­jours un amoureux de l’emphase et des grandes envolées lyriques mais je trou­ve cela très intéres­sant aus­si de tra­vailler sur des choses de proximité.