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Frédéric Chevaux — Chanteur malgré lui

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Frédéric Chevaux©DR
Frédéric Chevaux©DR

Com­ment avez-vous ren­con­tré Vin­cianne Regattieri ?
C’é­tait en 99. Elle pré­parait une lec­ture de Beau­coup de bruit pour rien. Il s’agis­sait de sa pre­mière mise en scène. Isabelle Turschwell, que nous con­nais­sions tous les deux, nous avait présen­tés. Vin­cianne cher­chait quelqu’un pour le rôle du père. J’ai fait la lec­ture qui était, en quelque sorte, une audi­tion. C’est comme ça que j’ai ren­con­tré l’équipe et ça dure, main­tenant, depuis sept ans.

Vous avez par­ticipé à tous les spec­ta­cles de la compagnie ?
J’ai par­ticipé à la créa­tion des trois pièces de Shake­speare qu’elle a mon­tées. J’ai joué dans Beau­coup de bruit pour rien, La tem­pête et le Le songe d’une nuit d’été. Elle voulait faire un tryp­tique dès le départ. Il était même ques­tion qu’on joue les trois en même temps mais je ne sais pas si ça va se faire. Par la suite, Vin­cianne a mon­té un Molière, Les pré­cieuses ridicules, dans lequel j’ai fait un remplacement.

Qu’est-ce qui dif­féren­cie Le Songe des deux autres spectacles ?
Le songe et Beau­coup de bruit ont quelques points com­muns. Une équipe réduite, peu de décors, toute la troupe est sur le plateau du début à la fin de la pièce. Tout est sug­géré. La tem­pête était une plus grosse struc­ture. Le décor était imposant, il y avait des passerelles de trois mètres de haut, de l’eau partout sur la scène. C’é­tait assez com­plexe. La dif­férence, pour moi, est plutôt d’or­dre affec­tive. L’équipe de Beau­coup de bruit était très soudée. On était un vrai groupe qui avait voulu mon­ter un spec­ta­cle reposant sur notre ent­hou­si­asme et notre énergie du moment. Le songe s’est mon­té dans une vraie atmo­sphère de tra­vail. Vin­cianne avait une idée très pré­cise de ce qu’elle voulait. On a, cette fois, peu tra­vail­lé sur les impros.

Le chant a dans Le songe d’une nuit d’été, comme dans les précé­dentes mis­es en scène de Vin­cianne Regat­tieri, une grande importance.
Tout à fait. C’est Jean Luc Pany qui a fait la musique. Il avait déjà fait celle de La tem­pête. La dif­férence ici est que nous chan­tons a cap­pel­la, ce qui est assez dif­fi­cile. Je ne suis pas chanteur donc j’ai dû faire un gros tra­vail sur le tim­bre. Mais j’ai été bien entouré par des per­son­nes qui ont su me met­tre en confiance.

Il y a égale­ment dans le spec­ta­cle une approche physique du jeu théâ­tral qui se rap­proche beau­coup de la chorégraphie.
Vin­cianne est danseuse à la base. Elle trans­met la rigueur de cette expéri­ence-là dans la mise en scène. Alors ça néces­site de notre part un tra­vail d’échauf­fe­ment. On se retrou­ve tou­jours sur le plateau avant le spec­ta­cle pour se préparer.

Vin­cianne Regat­tieri, à tra­vers la com­pag­nie Casal­ibus, développe un vrai tra­vail de troupe : les comé­di­ens se retrou­vent de pièce en pièce. Est-ce que c’est un état d’e­sprit qui vous plaît ?
Com­plète­ment. Je suis très heureux d’y par­ticiper. D’une manière générale, depuis que j’ai com­mencé, je tra­vaille avec des familles de théâtre. Ce n’é­tait pas, au début, une volon­té de ma part. Ca s’est fait comme ça. J’ai d’abord ren­con­tré Nedelko Gru­jic avec qui je tra­vaille depuis main­tenant dix ans. Je con­nais Vin­cianne depuis sept ans. De spec­ta­cles en spec­ta­cles, on peut dévelop­per énor­mé­ment de choses dans un groupe où on s’en­tend bien.

Vous allez bien­tôt enchaîn­er avec la reprise de Torch Song Tril­o­gy d’Har­vey Fier­stein au 20ème Théâtre.
Là, par con­tre, je suis passé par une audi­tion clas­sique. C’est une pièce très sobre, très sim­ple qui est con­stru­ite en trois par­tie. Elle évoque la ren­con­tre entre plusieurs per­son­nages, dont un homo­sex­uel et un bisex­uel. Je joue le bisex­uel. On les suit à dif­férentes étapes de leur par­cours ensemble.

La pièce est écrite dans un esprit très new yorkais. C’est quelque chose qui vous touche ?
Je ne con­nais­sais pas cet univers. J’ai décou­vert l’écri­t­ure de Firstein avec cette pièce. Je trou­ve ça for­mi­da­ble. C’est très proche de la réal­ité. Moi, j’ai fait beau­coup de Shake­speare, de rôles de com­po­si­tion et là, d’un coup, je m’en­tends dire sur le plateau « Va chercher le ketchup dans le fri­go » et je vais chercher le ketchup! J’adore! Ca a l’air bête comme ça mais moi, j’avais pris une direc­tion de spec­ta­cles en cos­tumes, de spec­ta­cles musi­caux, et là soudaine­ment c’est sim­ple, c’est con­cret. Ca se rap­proche du ciné­ma et c’est très agréable. Ca l’est d’au­tant plus que le per­son­nage est très présent sur scène tout le long des trois actes.

Vous avez, tout à l’heure, évo­qué Nedelko Gru­jic, c’est sous sa direc­tion que vous avez joué dans la comédie musi­cale Oliv­er Twist. Pou­vez-vous nous par­ler de cette expérience ?
Ned, avec qui j’ai com­mencé à faire du théâtre, avait mon­té La nuit des rois dans lequel il m’avait pro­posé un rôle chan­té. J’ai fail­li refuser parce que j’avais une pho­bie du chant. Encore une fois, je chante juste mais je ne suis pas chanteur. J’ai pris, depuis, quelques cours quand on pré­parait La tem­pête, c’est tout. Finale­ment, j’ai quand même fait La nuit des rois et de fil en aigu­ille, on s’est retrou­vé pour Oliv­er Twist qui était un vrai spec­ta­cle musi­cal. Et ça a été un réel plaisir. L’aven­ture a duré de nom­breuses années car il y a eu plusieurs ver­sions. On a com­mencé avec un spec­ta­cle piano-voix qui a tourné deux-trois ans. Ensuite, le spec­ta­cle a été repris par une grosse pro­duc­tion donc on a changé de décors, de cos­tumes, on a tra­vail­lé sur bande avec de nou­velles orches­tra­tions. On a joué à Paris, au Tri­anon et on a beau­coup tourné. Ca a été quelque chose de com­plète­ment nou­veau pour moi. Au départ, la troupe était essen­tielle­ment con­sti­tuée de gens venus du théâtre. Dans la nou­velle ver­sion, avec les nou­velles orches­tra­tions, je me suis retrou­vé entouré de chanteurs comme Nathalie Ler­mitte ou Alain Wil­met. Comme j’avais le même rôle que dans la ver­sion orig­i­nale, j’ai retrou­vé mes mar­ques. Et puis même si c’é­tait très jouis­sif de me retrou­ver dans un univers de chan­son, ça restait vrai­ment du théâtre. L’écri­t­ure de la pièce est très belle. L’adap­ta­tion du roman est vrai­ment réussie.

Com­ment avez-vous débuté ?
Je suis arrivé à Paris dans le but de faire du ciné­ma. Je suis entré dans un cours et là, j’ai vrai­ment décou­vert le théâtre. En Bour­gogne, d’où je viens, on ne sait pas ce que c’est qu’un comé­di­en. J’al­lais tout le temps voir des films mais du théâtre, jamais. Ca m’a apporté beau­coup et j’ai pris cette voie là. J’ai eu la chance, dès l’é­cole de théâtre, de ren­con­tr­er des gens qui m’ont fait travailler.

Vous pré­parez actuelle­ment un autre projet.
Je répète effec­tive­ment avec Alain Mol­lot pour un spec­ta­cle inti­t­ulé La four­mil­ière avec le théâtre de La Jacquerie. On réalise une pièce de théâtre à base d’in­ter­views. Une jour­nal­iste, qu’Alain con­naît depuis longtemps, s’est ren­due dans les villes de province qui sont parte­naires du pro­jet qu’on met en place. Elle a ren­con­tré plusieurs per­son­nes et leur a posé des ques­tions sur le thème du tra­vail. Les gens se sont livrés sur leur rap­port au tra­vail, sur leur cou­ple dans le tra­vail. Nous, les comé­di­ens, nous jouons ces inter­views sur scène. Elles ont été un peu coupées, mon­tées mais jamais réécrites. C’est vrai­ment la parole des gens. Nous avons déjà mon­té six spec­ta­cles qui cor­re­spondaient aux six villes et nous avons tourné avec ça pen­dant deux ans. A l’époque, ça s’ap­pelait A la sueur de mon front. Aujour­d’hui, nous sommes en train de rassem­bler plusieurs extraits de cha­cun de ces travaux pour aboutir à un plus gros spec­ta­cle qui tourn­era dans toute la France. La créa­tion de cette nou­velle mou­ture aura lieu à Colombes en novem­bre. Je vais donc altern­er avec Torch Song. Mais c’est quelque chose de très émou­vant parce que le matéri­au sur lequel on tra­vaille, c’est vrai­ment la vie des gens. Et ça, pour un comé­di­en, c’est magnifique.