Frankenstein Junior (Critique)

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De Mel Brooks
Mise en scène : Ned Gru­jic
Adap­ta­tion : Stéphane Laporte
Choré­gra­phies : Philippe Bon­hom­meau et Cathy Aron­del (cla­que­ttes)

Avec Vin­cent Heden (Fred­er­ick Franken­stein), Zacharie Saal (Igor), Camille Glémet (Inga), Valérie Zac­com­er (Frau Blucher), Gaëlle Pin­heiro (Eliz­a­beth), Patrice Latronche (Le Mon­stre), Arnaud Del­motte (Kemp, L’Er­mite, Vic­tor Franken­stein), Céline Legendre, San­drine Mallick, Jacques Vidal, Arnaud Gro­mard, Alex­ia Rey, Fred Colas (Ensem­ble)

Le jeune Dr. Franken­stein, pro­fesseur d’anatomie à New York, est dans l’obligation de se ren­dre en Tran­syl­vanie pour démêler le pat­ri­moine de son tris­te­ment célèbre grand-père, qui vient de décéder. Une fois sur place, le doc­teur ren­con­tre Igor, l’âme damnée de son grand-père, la sin­istre gou­ver­nante Frau Blucher, et Inga, une jeune assis­tante peu farouche. Il arrive avec la ferme inten­tion de ne pas repren­dre les expéri­ences de son aïeul qui, comme cha­cun le sait, cher­chait à ressus­citer les morts, mais il est bien dif­fi­cile d’échap­per à son des­tin !

——-   Notre avis :

Il était assez inespéré de voir un jour une pro­duc­tion de Young Franken­stein à Paris puisque le show n’a pas été un suc­cès sur Broad­way. Mel Brooks n’est certes pas par­venu à récidiv­er le rapt des Pro­duc­ers sur le box-office et les Tonys Awards Out­re-Atlan­tique, mais cette deux­ième trans­po­si­tion musi­cale de l’un de ses films de jeunesse est assuré­ment de la même veine que la pre­mière : une bonne his­toire, des gags (potach­es) en pagaille, des mélodies entraî­nantes et de grandes scènes de music-hall comme ingré­di­ents d’un show com­plet.

Mal­gré un bud­get à la diète (décors, troupe et surtout musi­ciens puisqu’il n’y en a… pas !), le Franken­stein Junior du Déjazet est une belle réus­site. C’est prin­ci­pale­ment à la qual­ité de la troupe qu’on le doit, au pre­mier rang de laque­lle Vin­cent Heden tient le rôle titre qui lui va comme un gant. Usant d’une voix et d’une dic­tion qui son­nent juste à tous coups, il est tour à tour drôle et atten­dris­sant, maîtrisant par­faite­ment les atti­tudes et les into­na­tions d’un génie far­felu un brin naïf qui se fait dépass­er par ses pas­sions et par les événe­ments. Il explose lit­térale­ment sur scène et prend stature de star !

Les sec­onds rôles ne sont pas en reste puisque Zacharie Saal campe un Igor aus­si tor­du que désopi­lant, Camille Glémet une Inga qui vaut large­ment la Ulla des Pro­duc­ers et Valérie Zac­com­er une Frau Blucher absur­de­ment ter­ri­fi­ante qui mérite de longues ova­tions pour son solo “Il était mon boyfriend”. Avec le per­son­nage flam­boy­ant d’Elizabeth, Gaëlle Pin­heiro récidive son exploit de Spa­malot (la Dame du Lac) dans un reg­istre qu’elle maîtrise à la per­fec­tion, celui de la femme fatale dés­abusée qui se con­fie à forte voix.

Il est rare de voir une telle con­cen­tra­tion de tal­ents sur une scène.

Seul un pub­lic avisé peut remar­quer que cer­taines choses fonc­tion­nent moins bien. Les lyrics français, adap­tés par Stéphane Laporte, sem­blent moins naturels et explicites que les chan­sons orig­i­nales, quand on les con­nait. La sonori­sa­tion de la salle n’aide pas à leur bonne com­préhen­sion, comme sou­vent à Paris, et c’est par­ti­c­ulière­ment gênant pour les chœurs comme lors de l’entrée en matière dans la pre­mière scène. On notera aus­si que le deux­ième acte manque de rythme, ce qui n’est pas le moin­dre des défauts pour un spec­ta­cle qui s’étire au-delà de 23 heures. Les moyens min­i­mal­istes mis en œuvre pour la scène mythique de l’ermite aveu­gle (Gene Hack­man dans le film) réduit l’intérêt de la scène, cas­sant encore un peu plus le rythme mal­gré la belle presta­tion vocale d’Arnaud Del­motte.

Heureuse­ment, les points négat­ifs sont large­ment com­pen­sés par l’enthousiasme d’une troupe excel­lente ! Après un Hair­spray réus­si, ce Franken­stein Junior est de bon augure pour les prochaines pro­duc­tions Broad­way « new gen­er­a­tion » prévues à Paris cette sai­son : Shrek, et Avenue Q.