François Borand : de Pétula au Sauna…

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Crédit Pho­to : Steeve Savignac

Made in Patch­work, déjà présen­té au Théâtre du Tam­bour Roy­al cet été, est donc devenu La Fourchette de Pétu­la. Pou­vez-vous nous en dire plus sur le spectacle ?
La fourchette de Pétu­la
est, à la base, un pro­jet musi­cal de Michel Frantz, Cécile Jacquil­lat et Mark Mar­i­an, avec qui je partage le rôle du chanteur. Ils ont demandé à David Alex­is (Cabaret, Je t’aime, tu es par­fait, change !) de s’occuper de la mise en scène de cette répéti­tion de con­cert clas­sique qui dérape pour finir en véri­ta­ble farce.

Le spec­ta­cle a en effet été joué au Tam­bour Roy­al l’été dernier sous le nom de Made in Patch­work. Ce n’est pas une comédie musi­cale à pro­pre­ment par­ler mais il s’agit réelle­ment de théâtre musi­cal car chaque chan­son ou air de musique « clas­sique » est mis en scène avec toute la cul­ture théâ­trale du met­teur en scène. A aucun moment, le spec­ta­teur n’assiste à un réc­i­tal des trois artistes car chaque morceau est pré­texte à une sit­u­a­tion tan­tôt loufoque, tan­tôt poé­tique. Je pense par exem­ple à la « Danse Macabre » de Camille Saint-Saëns qui devient une sorte de bal­let pour boulettes en papi­er ou au « Clair de Lune » de Claude Debussy où le chanteur doit rem­plac­er la vio­loniste et se prête ain­si à l’exercice du mime tein­té de jeu clow­nesque. C’est aus­si l’occasion de mélanger de manière inat­ten­due des gen­res musi­caux com­plète­ment opposés, en faisant cohab­iter le chanteur pop Mika avec des com­pos­i­teurs mythiques comme Kurt Weill ou Michel Legrand. Plus la répéti­tion avance, plus les pro­tag­o­nistes sont entraînés mal­gré eux dans un tour­bil­lon de folie où les manies des uns vont agac­er les autres. La vio­loniste aux atti­tudes snobi­na­rdes s’avère être une adepte des sites de ren­con­tres, le chanteur prof­ite de chaque instant pour s’adonner à sa pas­sion pour l’origami et le pianiste, en directeur musi­cal psy­cho-rigide, lutte pour garder son calme…

Ce spec­ta­cle est aus­si l’occasion de (re)découvrir des airs mag­nifiques, des morceaux dits clas­siques si rich­es que cer­tains ont inspiré des chanteurs mod­ernes, comme la « Czardas » de Vit­to­rio Mon­ti, sam­plée par Lady Gaga dans son titre « Ale­jan­dro ». Quant à cette intri­g­ante fourchette de la non moins énig­ma­tique Pétu­la, peut-être est-ce là l’objet du délit, le grain de sable qui a fait dérailler la machine… Je trou­ve par ailleurs le change­ment de titre du spec­ta­cle judi­cieux car il attise la curiosité ! Et la clé de ce mys­tère ne sera dévoilée qu’à la fin du spectacle…

Quels sont les change­ments apportés depuis la pre­mière version ?
Par rap­port à la dernière ver­sion, nous avons tous retra­vail­lé cha­cune des scènes. David Alex­is, assisté par Noémie Delaven­nat avec qui il partage la scène actuelle­ment sur la tournée de La vie Parisi­enne, a affiné sa mise en scène. J’avoue avoir été com­plète­ment con­quis et motivé par son intel­li­gence, sa sen­si­bil­ité, sa poésie. Le rythme du spec­ta­cle a été ré-équili­bré, les car­ac­tères des per­son­nages aigu­isés. Cer­tains airs ont été sup­primés pour gag­n­er en effi­cac­ité et le final pour­rait en sur­pren­dre plus d’un mais je ne peux pas en dire plus ! En ce qui con­cerne le per­son­nage du chanteur que nous inter­pré­tons en alter­nance avec Mark Mar­i­an, David a eu cette idée d’en faire un mani­aque du pliage de papi­er et ça a été très amu­sant de s’entraîner à cette dis­ci­pline. Nous avons tous les deux fait des recherch­es pour trou­ver les pliages à la fois les plus sim­ples et les plus visuels ! Nous sommes main­tenant des as des pliages des bateaux et des avions ! Pour finir, David Alex­is et Michel Frantz ont lais­sé beau­coup de place à l’interprétation et à l’instinct de cha­cun des inter­prètes. Mark et moi avons une vision sen­si­ble­ment dif­férente de ce chanteur décalé, sorte d’ovni dans ce cadre très clas­sique porté par Michel Frantz et Cécile Jacquil­lat, tous deux musi­ciens vir­tu­os­es issus, notam­ment, de la Comédie Française.

Com­ment êtes-vous arrivé sur ce projet?
C’est à la fin de l’été dernier que Mark Mar­i­an et Michel Frantz m’ont con­tac­té car Mark avait besoin d’un alter­nant pour cette reprise. Je n’avais pas pu voir le spec­ta­cle car je jouais dans Coups de Foudre aux mêmes horaires à la même péri­ode. Mais j’ai instan­ta­né­ment accep­té car je leur fai­sais entière­ment con­fi­ance. J’avais égale­ment très envie de mieux con­naître le tra­vail de David Alex­is que je tenais déjà en grande estime. Par ailleurs, cela fai­sait longtemps que Mark et moi désiri­ons col­la­bor­er. Si nous ne parta­geons tou­jours pas le plateau sur ce pro­jet, nous avons beau­coup tra­vail­lé le rôle en tan­dem lors des répéti­tions.

Vous avez déjà tra­vail­lé plusieurs fois avec Michel Frantz, par­lez-nous de votre collaboration.
Michel et moi nous sommes ren­con­trés en 2007, après une représen­ta­tion du Prince et le Pau­vre. Peu de temps après, il m’a pro­posé de par­ticiper à la présen­ta­tion d’Orphéo Song qui était en com­péti­tion pour le Fes­ti­val des Musi­cals 2008. Puis, l’an dernier, il a refait appel à moi pour l’enregistrement de la maque­tte de son dernier pro­jet, Hel­lo Mis­ter Shake­speare, pour lequel j’ai prêté ma voix à Richard III. C’est à cette occa­sion que j’ai fait la con­nais­sance de David Alex­is. Michel est une per­son­ne assez incroy­able, d’un tal­ent égal à son humil­ité ! Quel par­cours, quelle générosité… C’est un fou de musique, un accro à la créa­tion ! C’est quelqu’un que j’aime pro­fondé­ment, qui inspire un respect immé­di­at. C’est une per­son­nal­ité déroutante car, mal­gré son par­cours ahuris­sant et tous les prix qui lui ont été accordés par la pro­fes­sion (par exem­ple, le fameux Prix Mau­rice Yvain décerné en 2008 pour l’ensemble de ses com­po­si­tions), ce grand homme rede­vient sou­vent un petit garçon timide, man­quant de con­fi­ance, en proie au doute, tou­jours mod­este, en recherche per­ma­nente d’excellence… Il est à mes yeux le descen­dant d’Offenbach ! Et surtout, pour par­ler plus pré­cisé­ment de son rôle dans La fourchette de Pétu­la, c’est un artiste qui ne se prend pas au sérieux et qui n’a pas peur de se prêter aux clowner­ies sub­tiles sug­gérées par David Alex­is ; c’est un véri­ta­ble plaisir de jouer à ses côtés. C’est défini­tive­ment un grand artiste, un grand Monsieur.

Vous allez créer Sauna au Théâtre Clav­el. Avez-vous eu l’oc­ca­sion de voir la ver­sion anglo­phone du spectacle ?
En effet, Sauna, le musi­cal Chaud ouvre ses portes le 11 jan­vi­er au Théâtre Clav­el. L’avant-première don­née au Vingtième Théâtre, avec la bien­veil­lance et le sou­tien de Pas­cal Mar­tinet, a reçu un accueil si chaleureux que nous sommes impa­tients de présen­ter la ver­sion inté­grale du show. Nous avons eu l’occasion de voir une cap­ta­tion du spec­ta­cle tel qu’il avait été mon­té à Tam­pa en Floride sous la direc­tion musi­cale de Tim Evan­ic­ki, un des co-auteurs com­pos­i­teurs de la pièce orig­i­nale. Notre vision du pro­jet, qui est vrai­ment dif­férente de celle de cette cap­ta­tion, a néan­moins séduit Tim lors de sa venue à Paris en sep­tem­bre dernier. Je pense qu’il a redé­cou­vert son œuvre. Tout est réin­ven­té, de la mise en scène de Nico­las Guilleminot (assis­tant réal­isa­teur du film Un poi­son vio­lent) à la scéno­gra­phie de Guil­laume Devier­cy (acces­soiriste sur Des Dieux et Des Hommes) en pas­sant par les choré­gra­phies de Johan Nus (Un vio­lon sur le toit, Le prince et le Pau­vre) ou les arrange­ments vocaux dont je me suis occupé. La ver­sion française de Bath­house: the musi­cal! promet d’être singulière !

Quels sont vos autres projets ?
Out­re Sauna et La Fourchette de Pétu­la, je con­tin­ue la tournée de Jonas, la comédie musi­cale d’Etienne et Joce­lyne Tarneaud dans les rôles, entre autres, de l’Ange Gabriel et du Roi de Ninive. J’ai d’ailleurs eu la chance de col­la­bor­er aux nou­veaux arrange­ments vocaux de cette sai­son. Je serai égale­ment à l’affiche de la ver­sion ora­to­rio d’Exo­dus 47 de Gérard Layani dans la peau du Rab­bin Han­kel (les 20, 22 et 23 jan­vi­er prochain à l’Espace Rachi), un très beau pro­jet sur un drame human­i­taire sur­venu au lende­main de la Sec­onde Guerre Mon­di­ale. Je vais inté­gr­er le spec­ta­cle Le Temps des Copains au Casi­no de Trou­ville. J’y jouerai le per­son­nage de Jeff. Nous pré­parons actuelle­ment le retour de Coups de Foudre, cer­taine­ment pour le Fes­ti­val d’Avignon 2011.  Enfin, je con­tin­ue de tra­vailler sur mes pro­pres chan­sons que vous pou­vez écouter sur ma page Myspace (http://www.myspace.com/francoisborand), en col­lab­o­ra­tion avec d’autres artistes comme By-RC ou Julien Salvia.