Les Paris de Franck Vincent

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Franck Vincent ©DR
Franck Vin­cent ©DR
Franck Vin­cent, vous enchainez avec suc­cès, depuis plusieurs mois, une série de spec­ta­cles musi­caux très dif­férents. Avez-vous tou­jours voulu faire de la comédie musicale ?
Non, c’est venu un peu par hasard. Au départ, je voulais être comé­di­en. A 16 ans j’ai arrêté mes études et j’ai pris des cours de théâtre avec Ada Lonati, une anci­enne élève de Tania Bal­a­cho­va. En cinq ans, j’ai énor­mé­ment appris avec elle. Ensuite, j’ai voy­agé. Pen­dant qua­tre ans, j’ai tra­vail­lé pour le Club Med, ce qui m’a per­mis d’aller un peu partout. J’y ai mis en scène des spec­ta­cles et j’ai com­mencé à chanter en auto­di­dacte. J’y ai aus­si été choré­graphe. Je n’avais aucune for­ma­tion, c’é­tait vrai­ment impro­visé. J’ai mon­té des charlestons et des french can­cans. Puis, je suis ren­tré à Paris et j’ai repris mon « vrai méti­er » d’ac­teur. J’ai joué Molière, Shake­speare, Labiche, Yas­mi­na Reza et plein d’autres choses, jusqu’au jour où j’ai ren­con­tré Belka­cem Tatem. J’é­tais dans une pièce au Vingtième Théâtre qui se jouait à 21h et lui avait mis en scène la pièce de 19h. A l’époque, il pré­parait La Petite Bou­tique des Hor­reurs. Il m’a vu sur scène et m’a ensuite demandé d’in­ter­préter la plante car­ni­vore. Voilà com­ment je me suis retrou­vé dans le milieu de la comédie musi­cale. J’ai enchaîné avec le show­case de La Valse du Dia­ble, un pro­jet qui mal­heureuse­ment n’a pas abouti mais qui m’a per­mis de me faire con­naître encore d’a­van­tage par les gens de ce méti­er. J’ai ren­con­tré Alex Bon­stein, Sinan, Khe­mi Fer­rey, Lau­rent Ban et de fil en aigu­ille, je suis arrivé jusqu’aux audi­tions de Tintin et le Tem­ple du Soleil.

Com­ment s’est passée l’audition ?
Tintin avait déjà été mon­té à Anvers. Il s’agis­sait cette fois de la créa­tion en français. A pri­ori, je pen­sais que je n’avais pas ma place dans ce genre de spec­ta­cle, que je n’avais pas les com­pé­tences pour ça. C’é­tait quand même une énorme pro­duc­tion. Mais tout le monde me dis­ait d’y aller, alors, je me suis ren­du à Anvers. J’ai audi­tion­né pour Had­dock et j’ai été retenu pour un des Dupont. C’é­tait d’ailleurs com­pliqué parce que François Lan­glois, la per­son­ne qu’ils avaient en tête pour jouer l’autre Dupont, n’é­tait pas disponible pour audi­tion­ner. C’est un Québé­cois qui vit en Bel­gique et tra­vaille beau­coup dans toute la Wal­lonie où il est assez con­nu. Il a donc fal­lu atten­dre qu’il revi­enne pour que le met­teur en scène nous voie ensem­ble et con­firme mon engage­ment. A par­tir de là, j’ai vécu qua­tre mois com­plète­ment mag­iques à Charleroi.

Avec le recul, com­ment avez-vous vécu l’an­nu­la­tion du spec­ta­cle à Paris ?
L’aven­ture parisi­enne, c’est un vrai gâchis. On a beau­coup pleuré. La jus­tice nous a finale­ment don­né rai­son, on va être dédom­magés mais c’est une mai­gre con­so­la­tion. Je ne veux pas ren­tr­er dans les débats pour savoir qui est respon­s­able de cette débâ­cle. Il ne s’ag­it pas de bal­ancer sur les pro­duc­teurs français ou sur les belges. Sim­ple­ment, ils ont per­du beau­coup d’ar­gent et beau­coup d’én­ergie. Et puis, c’est dom­mage pour le théâtre musi­cal français. C’é­tait une chance pour Paris d’ac­cueil­lir un spec­ta­cle de cette ampleur et de ce niveau. Tout était mon­té à l’an­g­lo-sax­onne. L’orchestre jouait en direct et il y avait 32 micros branchés simul­tané­ment pour la troupe. On par­lait de Mon­tréal, de Lon­dres et tout à été annulé pour une ques­tion de malversation.

Vous êtes vite retombé sur vos pieds avec Parce que je vous aime à la nou­velle Eve.
Raphaël Sanchez devait être directeur musi­cal en alter­nance sur Tintin. Après l’an­nu­la­tion du spec­ta­cle, il a été con­tac­té par Jean Claude Vail­lon pour La Nou­velle Eve. Raphaël lui a sim­ple­ment dit : « Si vous cherchez des gens de tal­ents, toute la troupe de Tintin est au chô­mage ». On s’est alors tous retrou­vés sur cette audi­tion. Après ça, Vail­lon et les autres per­son­nes impliquées ont fait leur choix et on a été quelques-uns à être retenus.

Vous étiez dirigé par Nico­las Lormeau qui est pen­sion­naire à la Comédie Française.
Le tra­vail avec Nico­las a été houleux. Pour moi, en tous cas. C’est un mec très tal­entueux mais il y a là deux univers qui se con­fron­tent : celui de la Comédie Française et celui du music-hall. Sur un mois ou deux, on peut trou­ver un ter­rain d’en­tente mais sur quelques jours, on entre vite dans un con­flit. Ce mon­tage a donc été vio­lent. Cela-dit, ce genre de sit­u­a­tion est enrichissante et puis je ne suis pas fâché avec Nico­las. On avait là un joli petit spec­ta­cle. Raphaël a fait un tra­vail for­mi­da­ble d’arrange­ments de choeurs.

On vous voit aus­si faire des cla­que­ttes dans ce spectacle.
Je n’ai pas tou­jours rêvé de comédie musi­cale mais j’ai tou­jours voulu faire des cla­que­ttes. Juste après La Petite Bou­tique des Hor­reurs, l’oc­ca­sion s’est présen­tée. Je devais par­tir au Japon avec un spec­ta­cle con­sti­tué d’ex­traits de comédies musi­cales. Bernard Mar­chais qui met­tait en scène voulait un numéro de cla­que­ttes sur un extrait de 42nd Street. Je n’avais jamais fait ça alors je suis par­ti en stage inten­sif chez Vic­tor Cuno pen­dant dix jours pour appren­dre les bases. J’ai con­tin­ué après le Japon parce que j’adore vrai­ment ça. J’ai été ravi de pou­voir encore le faire dans Parce que je vous aime.

Venons en au Paris d’Az­iz et Mamadou. Com­ment s’est passée la ren­con­tre avec Alain Marcel ?
J’ai d’abord eu un con­tact indi­rect avec Alain Mar­cel. Il y avait eu une grosse polémique autour de La Petite Bou­tique des Hor­reurs dont il déte­nait les droits français… mais je ne veux pas revenir la-dessus. Je sais aus­si qu’il était venu voir Tintin le soir de la pre­mière et qu’il avait appré­cié mon tra­vail. Il m’avait vu aus­si dans d’autres choses mais il y avait tou­jours ce con­tentieux entre nous. Khe­mi Fer­rey a provo­qué notre ren­con­tre. On s’est mis d’ac­cord a pro­pos de La Petite Bou­tique et il m’a engagé dans son spec­ta­cle pour l’Opéra Bastille. Là encore, le spec­ta­cle s’est mon­té très vite, en trois semaines. Mais j’ai été très heureux de cette expérience.

Le spec­ta­cle va-t-il être repris ?
On ne sait pas. C’é­tait une com­mande de l’Opéra Bastille. Pour le remon­ter, il faudrait un pro­duc­teur et peut-être mod­i­fi­er un peu le spec­ta­cle lui même. Je sais qu’Alain s’est remis au tra­vail mais je ne veux pas par­ler à sa place.

Par­lez-nous de Chance que vous jouez en ce moment au théâtre du Lucernaire.
La pre­mière fois que j’ai vu Chance, c’é­tait au Dejazet. A ce moment là, ils jouaient juste après La Petite Bou­tique. J’ai vu le spec­ta­cle et j’ai tout de suite voulu jouer là-dedans. J’ai ren­con­tré Hervé Delvoder qui m’a dit : « Si jamais on a besoin d’une alter­nance, je ferai appel à toi pour le rôle du directeur du cab­i­net ». Ils n’ont pas eu besoin d’al­ter­nance et on en est restés là. Puis Hervé a relancé le spec­ta­cle au Lucer­naire et m’a rap­pelé. Toute la troupe, cette fois, est en alter­nance. Par ailleurs, il s’ag­it d’une ver­sion acous­tique du spec­ta­cle. Con­traire­ment à la pre­mière ver­sion, il n’y a ni micro, ni bande enreg­istrée, sim­ple­ment un piano et une gui­tare. Ca con­duit le spec­ta­cle vers un univers vrai­ment plus théâ­tral plus proche, d’ailleurs, du con­cept ini­tial et je peux vous dire que je prends véri­ta­ble­ment mon pied ! C’est super bien écrit, c’est drôle, et l’équipe est géniale ! Que deman­der de plus ?

Vous êtes actuelle­ment en pleines répéti­tions des 7 Péchés Cap­i­taux.
Alors là, on peut même par­ler d’ur­gence absolue tant ce spec­ta­cle est mon­té rapi­de­ment. On a com­mencé à répéter il y a cinq jours et on joue dans une semaine ! C’est Frédéric Strouck qui m’a con­tac­té pour ce spec­ta­cle. Je n’avais jamais tra­vail­lé avec lui mais on s’é­tait ren­con­trés à l’Ecole Alice Dona. Je ne suis resté que trois mois dans cette école. Ce n’é­tait vrai­ment pas intéres­sant. C’est un truc hors de prix qui ne sert à rien… En tous cas, ça ne m’a servi à rien. Fred était donc dans cette école. Il m’a demandé de jouer dans ce spec­ta­cle qu’il a co-écrit mais, pour l’in­stant, on n’est par­ti que pour trois représen­ta­tions. C’est un peu un show­case amélioré.

Aujour­d’hui, votre car­rière sem­ble s’être ori­en­tée com­plète­ment vers le théâtre musical.
A Paris, oui. Mais je tra­vaille avec un ami à Ram­bouil­let, Bruno de Saint Riquier sur des pro­jets pure­ment théâ­traux. C’est avec lui que j’ai joué, entre autres, le Frère Lau­rent dans Roméo et Juli­ette, celui de Shake­speare pas celui de Pres­gur­vic. Cet été, je vais jouer, sous sa direc­tion, un mono­logue inti­t­ulé Out­rage à l’évo­lu­tion pour le fes­ti­val d’Av­i­gnon. A l’au­tomne, on monte Saint Just, une pièce de Jean Claude Brisville. Je tiendrai le rôle de Dan­ton. Il n’y aura rien de musi­cal dans tout ça.

Votre expéri­ence dans la comédie musi­cale vous a‑t-elle don­né l’en­vie dans appren­dre plus sur ce domaine en tant que spectateur ?
A la base, je suis surtout un amoureux de la comédie musi­cale hol­ly­woo­d­i­enne. Gene Kel­ly, Fred Astaire, Cyd Charisse, j’adore ça depuis tou­jours. Pour moi, la comédie musi­cale c’est Chan­tons sous la pluie, Tous en scène, La Belle de Moscou. Je con­nais moins des choses comme Rent, Phan­tom of the Opera ou les Mis­érables. Je trou­ve que c’est bien fait mais, en tant qu’in­ter­prète, je ne pense pas avoir ma place dans ce genre de choses. Si, en réfléchissant bien, j’aimerais assez faire le rôle de l’Engi­neer dans Miss Saigon.

Je m’a­muse dans la comédie musi­cale, mais, si ça s’ar­rête demain, ça ne me posera pas de prob­lème. Je suis comé­di­en avant tout. Je n’ai pas envie de faire de disque. Or, en France, c’est un peu dans ce sens là que les choses se font. Hélène Ségara joue Esméral­da pour faire un album. Daniel Lévi joue Moïse pour faire un album. Aux Etats Unis, c’est dif­férent. Bernadette Peters joue Into the Woods ou Gyp­sy puis va tourn­er un film, pareil pour Anto­nio Ban­deras qui fait Zor­ro au ciné­ma puis Nine à Broad­way. Judi Dench est sub­lime quand elle chante « Send in the clowns ». Mais c’est avant tout une actrice et je la vois mal sor­tir, demain, un album de repris­es. Moi, je fais du théâtre, que ce soit Shake­speare, Molière ou Howard Ash­man. Le reste, ça ne m’in­téresse pas. Cela-dit, je suis lié dans les prochains mois à de nou­veaux pro­jets musi­caux. Je vais met­tre en scène un spec­ta­cle inti­t­ulé Singing in Paris. Ca se jouera dans un hôtel par­ti­c­uli­er au mois d’août. Khe­mi Fer­rey, Alyssa Landry, Lau­rent Ban fer­ont par­tie de la dis­tri­b­u­tion. Je vais aus­si tra­vailler sur la maque­tte d’une comédie musi­cale de Bernard Poli et Erik Sit­bon et inspirée de Dori­an Gray. Jérôme Pradon, Valéry Rodriguez et Pierre-Yves Duch­esne vont égale­ment par­ticiper à cet enreg­istrement. Je peux déjà vous dire que ce qu’ils ont écrit est très beau.