Flon Flon ou la véritable histoire de l’humanité

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Livret et chan­sons de Pierre Lericq
Mise en scène de Pierre Ler­icq et Manon Andersen
Inter­prété par la troupe des Epis Noirs (Pierre Ler­icq, Alexan­dre Bor­dier, Manon Ander­sen, Syl­vain Lar­rière, Fabi­en Mag­ni, Svante Jacobson)

For­mée en 1993, les Épis Noirs est une troupe de trois joyeux drilles pleins d’én­ergie. Ils sont aujour­d’hui accom­pa­g­nés du même nom­bre de musi­ciens, eux aus­si dans le même état d’e­sprit. Ensem­ble, ils abor­dent tous les arts du spec­ta­cle : théâtre, théâtre musi­cal, danse, chan­son, music-hall. Le spec­ta­cle Flon-Flon, démon­tre leur capac­ité à trans­former leur indé­ni­able générosité en source d’émotions.

La trame est sim­ple. Au début était Dieu, il crée un homme (Alexan­dre), une femme (Manon) et l’Amour pour les unir. Mais la belle his­toire déraille avec la venue d’un maque­reau (Pierre). Il séduit et emmène Manon. Fou et malade, Alexan­dre les pour­suit. Flon-Flon laisse une grande place aux chan­sons, au style folk­lore rur­al français réac­tu­al­isé façon world music. Les rythmes et les textes sont accrocheurs, et par­fois d’une ten­dresse acide, notam­ment à tra­vers le per­son­nage de Manon. La chanteuse a une voix un peu frêle, mais en accord avec son rôle. Alexan­dre a des jail­lisse­ments comiques sur­prenants. Pierre offi­cie tel un maître de céré­monie. Ses répliques sont truf­fées de jeux de mots dont se régaleront les lecteurs du Canard Enchaîné.

Au bilan, il y a une belle énergie brute dans Flon Flon. L’his­toire est un peu décousue mais l’ensem­ble se laisse voir avec plaisir. Son humour à la hache et ses chan­sons désar­mantes vous remet­tent à coup sûr en pleine forme. En évo­quant un sujet har­di (les com­bi­naisons mul­ti­ples de l’amour), Flon-Flon ne dédaigne pas d’évo­quer l’ho­mo­sex­u­al­ité et les nom­bres plus grands que deux. Né comme un spec­ta­cle d’au­teurs, il gag­n­erait peut-être à être resser­ré par un oeil extérieur, mais s’ex­poserait à voir son orig­i­nal­ité dénaturée. A appréci­er donc comme une pierre pré­cieuse tail­lée par des arti­sans promet­teurs : il reste des angles encore mal dégrossis mais les éclats sont déjà vifs et colorés .