Flannan Obé — « Le plus beau c’est Gaston! »

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Flannan Obé ©DR
Flan­nan Obé ©DR

Quand est né le groupe « Luci­enne et les garçons » ?
Il est né voilà qua­tre ans. Emmanuel Touchard, le pianiste, m’a pro­posé de repren­dre des chan­sons des années 30. On a eu tout de suite l’idée d’un trio. On con­nais­sait Lara Neu­mann pour avoir tra­vail­lé avec elle sur d’autres pro­jets. On lui a pro­posé de se join­dre à nous puis on a com­mencé à chercher les chan­sons ensem­ble et, durant ces quelques mois, à définir ce que serait le groupe. On a créé le pre­mier spec­ta­cle, enfin ce qui est devenu le pre­mier spec­ta­cle, en mars 2002, au Limon­aire. C’est un lieu qui con­ve­nait très bien, avec un esprit très « cabaret », c’est à dire en prise directe avec les gens. Le spec­ta­cle était con­sti­tué d’une bonne dose d’im­pro­vi­sa­tions et de chan­sons très tra­vail­lées avec une mise en scène et des har­mon­i­sa­tions. Il y avait dans tout ça une grande part de lib­erté. Avec le temps, on a aug­men­té notre réper­toire, peaufiné les numéros. Au départ, on n’avait qu’une demi heure. On pas­sait avec d’autres artistes et le spec­ta­cle com­plet ne devait pas dépass­er une heure trente. A l’époque, on se dis­ait « on va créer quelque chose et on ver­ra où ça nous mèn­era ». Ca nous fai­sait beau­coup rire ces chan­sons grivois­es, un peu idiotes, com­plète­ment assumées, mais on ne savait pas com­ment ça serait reçu. Le pub­lic a tout de suite très bien réa­gi et on a eu la chance de ren­con­tr­er très tôt nos pro­duc­teurs : Les Con­certs Parisiens. Ils nous on per­mis de faire un bond en avant et de jouer dans un vrai théâtre, le Théâtre du Renard à Paris. On a été pro­gram­mé deux saisons de suite là-bas. Grâce à eux, on fait pas mal de dates de tournées et ils nous ont com­mandé un nou­veau spec­ta­cle. Nous, on est ravis de faire autre chose, ça nous va très bien.

Com­ment choi­sis­sez-vous les chansons?
On s’y met à trois. Par­fois, c’est un coup de coeur de l’un d’en­tre nous sur une chan­son. Mais, comme au fur et à mesure les per­son­nages se sont affir­més et affinés, on cherche aus­si des chan­sons qui col­lent par­faite­ment avec ces per­son­nages. Il faut qu’elles par­lent de quelque chose qui nous ressem­ble. Il arrive qu’on fasse un petit tra­vail d’adap­ta­tion. On change un nom, on rajoute un bout de cou­plet, pour que ça par­le mieux de nous. Enfin, c’est vrai­ment à toute petite dose parce qu’on essaye de garder l’in­té­gral­ité des textes orig­in­aux. Après, il y a tout le tra­vail de partage de textes. A la base, ces chan­sons ne sont ni des duos, ni des trios. Il faut les trans­former en dialogues.

Et pour les pas­sages parlés ?
Au début, c’é­tait vrai­ment de l’im­pro­vi­sa­tion. Pour le pre­mier spec­ta­cle, on a gardé ce qui nous sem­blait être le meilleur de ces impros. Aujour­d’hui, tout est écrit, même si cela sem­ble impro­visé. Cela-dit, on se per­met tou­jours de con­tin­uer à s’a­muser. Ca fait trois ans qu’on joue et on pour­rait s’épuis­er un peu. Mais on garde tou­jours la part de sur­prise sur des petits moments où on impro­vise, pour pren­dre encore du plaisir.

Quand les Con­certs Parisiens vous ont par­lé d’un nou­veau spec­ta­cle, avez-vous pen­sé à chang­er de formule ?
La grosse dif­fi­culté quand on abor­de un « numéro 2 », et c’est val­able pour le spec­ta­cle, le ciné­ma ou la lit­téra­ture, c’est de con­serv­er l’e­sprit de l’o­rig­i­nal mais de faire, en même temps, quelque chose de nou­veau. Là, on retrou­ve les per­son­nages, Luci­enne, Vic­tor et Gas­ton. Ceux-ci sont très inscrits dans le music hall d’en­tre deux guer­res. On a donc décidé d’élargir le réper­toire de 1920 à 1945, au lieu de se can­ton­ner aux années 30. Dans les années 40, il y avait plus de swing, et des rythmes un peu dif­férents alors que dans les années 20, c’é­tait plutôt l’opérette et les ren­gaines. On n’y par­le pas des mêmes choses, et surtout, pas de la même façon. Par ailleurs, en tant qu’artistes, on voulait explor­er des choses un peu dif­férentes. Par exem­ple, on voulait danser un peu plus. On s’est aus­si per­mis des moments plus ten­dres. On a voulu abor­der, cette fois, des palettes dif­férentes et don­ner plus d’im­por­tance à Vic­tor, le pianiste. Bien sûr il y a Luci­enne qui est un peu la diva du groupe, mais là, les trois artistes sont à égalité.

Juste­ment, la chan­son qui évoque les trois per­son­nages exis­tait-elle déjà telle quelle ou avez-vous changé les prénoms?
En fait, cette chan­son-là, on l’a écrite. J’ai fait les paroles et Emmanuel, la musique. On a cher­ché à retrou­ver l’e­sprit de cette époque. On a égale­ment écrit une autre chan­son, « Quand on est une nature », inter­prétée par Lucienne.

Qu’est-ce qui vous a décidé à écrire ces chan­sons-là spécialement?
On avait un souci, on ne trou­vait pas de chan­son qui emporte le morceau, pour exprimer ce qu’on voulait à ce moment-là. Pour le solo de Luci­enne, on a essayé une chan­son qui s’ap­pelait « Si vous étiez un coquin », mais elle ne cor­re­spondait pas vrai­ment à ce qu’on voulait. Il fal­lait quelque chose de plus fort, de plus dynamique. D’une manière générale, on a beau­coup testé. On a du essay­er entre trente et quar­ante chan­sons pour arriv­er à vingt-cinq. On en a présen­té cer­taines en avant-pre­mière chez des amis. On est aus­si retournés au Limon­aire et puis on s’est ren­du compte que telle ou telle chan­son ne fonc­tion­nait pas. Il a fal­lu beau­coup élaguer.

Dans le spec­ta­cle, vous incar­nez un per­son­nage de jeune pre­mier très années 30. C’est votre nature pre­mière ou c’est quelque chose que vous avez com­posé en obser­vant les chanteurs de l’époque ?
C’est un peu des deux et c’est le cas pour cha­cun d’en­tre nous. Ce qui est génial quand on crée un spec­ta­cle de toutes pièces, même si on rend hom­mage à un réper­toire, c’est qu’on peut vrai­ment met­tre de nous dedans. Moi, j’ai apporté ce côté un peu pseu­do-croon­er, un peu bel­lâtre, mais avec de l’ironie et, je l’e­spère, sans me pren­dre au sérieux. On en rajoute aus­si dans la tenue avec le cos­tume ser­ré, les cheveux gom­inés. J’aime bien ce style très années trente. Le trait est volon­taire­ment grossi mais je ne recherche pas spé­ciale­ment le naturel. Chanter au théâtre, ce n’est pas naturel du tout. Il faut y met­tre du plaisir et de la sincérité pour que ça devi­enne évi­dent pour tout le monde mais au départ, ce n’est pas naturel.

Ca fait trois ans et demi que vous faites ce spec­ta­cle. Est-ce que vous avez le sen­ti­ment de fonc­tion­ner comme un groupe ou est-ce que vous con­tin­uer par­al­lèle­ment votre par­cours solo ?
C’est rigo­lo parce qu’au départ, tous les trois, on fait des choses très dif­férentes. Lara et moi, on est d’abord comé­di­ens, mais on a tou­jours fait du chant par­al­lèle­ment. Emmanuel est pro­fesseur, com­pos­i­teur, pianiste et là, il se retrou­ve acteur, alors que ce n’est pas son pre­mier méti­er. Comme ça a bien fonc­tion­né, de ren­con­tr­er un suc­cès mod­este mais suff­isant pour que ça tourne avec en plus la demande d’un deux­ième spec­ta­cle, c’est vrai qu’on est très pris par « Luci­enne et les garçons ». Per­son­nelle­ment, je n’au­rais jamais pen­sé dire un jour : « Je suis chanteur ». Je suis un peu obligé de le dire main­tenant, parce que c’est comme ça que je gagne ma vie. Par­al­lèle­ment, on essaye quand même de faire autre chose. Je fais un peu de télé, de ciné­ma et je compte bien ne pas m’ar­rêter. Lara et moi, actuelle­ment, on est sur une opérette qu’on va jouer en Nor­mandie. Il y a deux ans, j’ai fait la mise en scène d’un Mishi­ma. C’est vrai qu’on est un peu à la croisée des chemins. Soit la série au Vingtième Théâtre est un suc­cès, et ça veut dire encore pas mal de dates, peut-être même des pro­lon­ga­tions ailleurs, et là il fau­dra vrai­ment se con­cen­tr­er sur le trio. Soit ça con­tin­ue tran­quille­ment mais sans défray­er la chronique et, de façon naturelle, on ira aus­si vers autre chose. On a tous envie de faire autre chose, mais on passe beau­coup de temps ensem­ble. Si on fait le cal­cul, on a com­mencé à répéter le deux­ième spec­ta­cle il y a un an, pas tous les jours c’est vrai, mais de façon très régulière.

Com­ment expliquez-vous cette durée?
On ne voulait pas être pris de court et faire un spec­ta­cle à la va-vite. On tenait vrai­ment à tester les chan­sons avant de les mon­tr­er. La pres­sion et l’en­jeu sont beau­coup plus grands que la pre­mière fois. L’in­sou­ciance du pre­mier spec­ta­cle, on ne l’a plus. Aujour­d’hui, on sait ce qui marche ou non pour nous et là, même si on a envie de faire autre chose, les pro­duc­teurs investis­sent de l’ar­gent et de l’én­ergie. On ne peut pas les décevoir. D’une cer­taine manière, on a beau­coup moins le droit à l’er­reur que pour le pre­mier. Il faut que le deux­ième arrive tout de suite au même niveau, sans avoir tourné pen­dant deux ans.

Com­ment avez-vous débuté ?
Je veux être comé­di­en depuis tout petit. J’ai fait du théâtre à l’é­cole, le con­ser­va­toire et puis le cours Flo­rent. Mais j’ai, aus­si, tou­jours adoré chanter. Petit, je fai­sais par­tie d’une chorale. J’ai inté­gré un choeur adulte quand j’é­tais au lycée. Après j’ai tra­vail­lé ma voix dans le reg­istre lyrique dans plusieurs con­ser­va­toires d’ar­rondisse­ments de Paris. Mais je me con­sid­ère fon­da­men­tale­ment comme un comé­di­en. D’ailleurs, je crois que ce qui fait la dif­férence entre Luci­enne et les garçons et les autres spec­ta­cles chan­tés, c’est qu’on est comé­di­ens. J’e­spère qu’on chante cor­recte­ment et que c’est agréable à enten­dre mais l’im­por­tant c’est surtout de défendre des personnages.

Vous aimez chanter, danser et jouer la comédie. Etes-vous attirés par les comédies musi­cales qui se sont mon­tées à Paris?
Je me voy­ais surtout faire du théâtre ou de la télé. Avec Luci­enne et les garçons, c’est la pre­mière fois que je me sens vrai­ment à l’aise comme chanteur. Depuis qu’on a com­mencé, ça n’a pas arrêté alors je ne me suis jamais vrai­ment posé la ques­tion de faire autre chose. J’ai quand même par­ticipé à Sin­gin’ in Paris cet été et l’été dernier. Sinon, c’est assez bateau de dire ça, mais je ne cracherais pas sur Les Mis­érables ou Chica­go, ou encore les comédies musi­cales de Cole Porter.

Vous avez par­ticipé, l’an­née dernière, à la présen­ta­tion d’un spec­ta­cle qui s’ap­pelle TGV. Ou en est ce pro­jet aujourd’hui ?
Nulle part, mal­heureuse­ment. On a pour­tant bossé d’ar­rache pied là dessus. C’é­tait un croise­ment entre les chan­sons de Trenet, Gains­bourg et Vian. La mise en scène et la con­cep­tion étaient de Renaud Morin. On joué ça dans le très beau Théâtre de la Porte Saint Mar­tin. C’é­tait comble et l’ac­cueil était ent­hou­si­aste mais ça n’a rien don­né. C’est un peu la règle de ce méti­er. On tra­vaille comme des malades sur un pro­jets, par­fois ça donne quelque chose, d’autres rien du tout. Pour Luci­enne et les garçons, on a eu beau­coup de chance.