Fabienne Guyon s’intéresse à Boris Vian

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Fabi­enne Guy­on ©BM Pala­zon

Par­lez-nous de ce nou­veau spec­ta­cle ?
Il nous a été pro­posé, à l’occasion des 50 ans de sa dis­pari­tion, de ren­dre un hom­mage musi­cal à cet homme unique. L’œuvre musi­cale de Vian étant immense, nous avons donc choisi des chan­sons con­nues et d’autres que nous avons nous-mêmes décou­vertes pen­dant nos recherch­es. Le tra­vail a été ensuite, pour Yves et Jean-Pierre, de faire des arrange­ments musi­caux pour cette for­mule musi­cale toute par­ti­c­ulière : voix-con­tre­basse-sax­o­phones. A nous trois, nous essayons de trans­met­tre une petite par­tie de l’u­nivers musi­cal du grand Boris, en nous appli­quant à don­ner un sens à cha­cune de nos inter­ven­tions.

Vous avez déjà abor­dé le réper­toire de Boris Vian avec le spec­ta­cle de   Lau­rent Pel­ly, quels sou­venirs en gardez-vous ?
C’est grâce à Lau­rent Pel­ly et au remar­quable tra­vail de toute son équipe que j’ai pu appréci­er à sa juste valeur l’œuvre de Boris Vian. Sur scène, nous avons flirté avec la cru­auté, la folie, la sen­su­al­ité, l’ab­surde. Nous étions  dix comé­di­ens-chanteurs, venus d’univers très dif­férents (excep­té mes trois cama­rades de Souingue…), accom­pa­g­nés par onze musi­ciens. J’en garde le sou­venir d’une grande puis­sance théâ­trale et musi­cale. Mais aus­si le sou­venir d’avoir souf­fert de devoir quit­ter ce réper­toire avec lequel je me sen­tais en par­faite har­monie. Alors aujourd’hui, quel cadeau ce ren­dez-vous !

Com­ment définiriez-vous l’univers de Boris Vian ? Qu’est-ce qui vous plaît le plus ?
J’ai été très mar­quée par l’univers de Vian à l’époque du spec­ta­cle de Lau­rent Pel­ly. J’avais tout juste le même âge qu’il avait lorsqu’il est décédé (trente-neuf ans), et son œuvre était telle­ment immense ! Je venais de vivre un drame famil­ial et ses cris, son inso­lence, ses provo­ca­tions, ses révoltes, fai­saient écho à l’état d’esprit dans lequel je me trou­vais et dans lequel je me trou­ve encore sou­vent face à la folie humaine. Mais heureuse­ment, ce n’est pas que ça ! L’humour, la poésie, la joyeuseté font aus­si par­tie de son univers. Ses chan­sons sont de véri­ta­bles scé­nar­ios. C’est prob­a­ble­ment pour cela qu’il m’a sem­blé plus intéres­sant de met­tre nos éner­gies dans une inter­pré­ta­tion per­son­nelle pour chaque chan­son, plutôt que nous engager sur un mode trop théâ­tral­isé. Le con­tenu de ses chan­sons se suff­isent à elles-mêmes et racon­tent  le regard de Vian sur le monde, la vie, l’amour. Je suis vir­u­lente chaque fois que j’in­ter­prète « Le déser­teur »,  émue quand je chante « La rue Watt », dis­jonc­tée avec « Vous mariez pas les filles », euphorique avec « La java des bombes »… et grâce à la com­plic­ité d’Yves et de Jean-Pierre, nous prenons un vif plaisir avec les cita­tions et quelques proverbes pat­a­physiques du grand Boris.

A vos yeux, com­ment évolue la comédie musi­cale en France ?
J’ai ten­dance à être frileuse devant les spec­ta­cles qui se pré­ten­dent « musi­caux » mais où les musi­ciens sont absents, et où l’écriture révèle par­fois un manque total d’imagination. Ma curiosité m’en­traîne donc vers des œuvres dev­enues aujour­d’hui plus auda­cieuses  où le chanteur à une véri­ta­ble matière musi­cale et théâ­trale à défendre. Et il y en a de remar­quables, intel­ligem­ment mis­es en scène et en musique. Il y a aus­si de plus en plus de mag­nifiques jeunes comé­di­ens-chanteurs-danseurs qui arrivent à trou­ver leurs véri­ta­bles per­son­nal­ités mal­gré la pres­sion de cer­taines pro­duc­tions qui ne recherchent que des voix bien « cal­i­brées » et surtout pas orig­i­nales. Je pense donc qu’il faut être vig­i­lant, mais heureuse­ment il y a des met­teurs en scène et des pro­duc­teurs prêts à mouiller leur chemis­es pour offrir au pub­lic autre chose que des spec­ta­cles incol­ores et sans saveur, et des artistes, et des musi­ciens, prêts à défendre ce que la « comédie musi­cale » représente réelle­ment.