Fabienne Guyon — Retour dans une comédie musicale décalée : Secret défense

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Fabienne Guyon ©DR
Fabi­enne Guy­on ©DR
La dernière fois que nous vous avons ren­con­trée c’é­tait pour Et Vian de Lau­rent Pelly.
Par la suite, j’ai joué dans Le sire de Ver­gy, ce qui m’a per­mis de ren­con­tr­er Jean-Paul Far­ré. Je con­nais­sais l’ac­teur, je le trou­vais dingue, un clown fan­tas­tique. Une belle ren­con­tre avec quelqu’un de dif­férent, la décou­verte d’un autre univers. J’ai beau­coup aimé tra­vailler sur ce spec­ta­cle, une aven­ture aus­si grat­i­fi­ante artis­tique­ment qu’hu­maine­ment. Ensuite j’ai repris C’est pas la vie qu’avait mon­té Lau­rent Pel­ly en Avi­gnon. Là, c’est le plaisir de retrou­ver Flo­rence Pel­ly, Gilles Vajou et Jacques Verzi­er. On a besoin de se voir, de se par­ler. Nous fêtons nos dix ans de Souingue l’an­née prochaine et l’en­vie de refaire un spec­ta­cle nous taraude ! Ce pour­rait être l’oc­ca­sion, non ? L’en­vie de retra­vailler ensem­ble est tou­jours aus­si forte, ain­si que de retra­vailler avec Laurent.

Je pen­sais l’autre jour que, au long de ces 25 ans de car­rière, trois ren­con­tres de met­teurs en scène furent déter­mi­nantes : Alain Mar­cel, Lau­rent Pel­ly et Alain Sachs. Cha­cun d’eux pos­sède un univers spé­ci­fique, une per­son­nal­ité dif­férente et une approche du musi­cal orig­i­nale. Je suis riche de tout cela. Ensuite je suis par­tie au Mans, j’avais besoin de faire un petit break, sans pour autant m’ar­rêter com­plète­ment. Une autre qual­ité de vie m’at­ti­rait ain­si que de nou­velles expéri­ences. J’ai com­mencé à don­ner des cours de comédie musi­cale à des ado­les­cents et à des adultes. L’in­verse du décor, en l’oc­cur­rence la trans­mis­sion d’un savoir, d’un vécu, m’a pro­fondé­ment plu. S’apercevoir que mon expéri­ence accu­mulée puisse servir aux autres fut assez mag­ique. Dans le même temps, tous ces élèves, et peut-être davan­tage les jeunes ado­les­centes, m’ont ren­voyé des choses fortes, ce fut un véri­ta­ble échange. Je vais donc con­tin­uer, je les ai mis en scène dans une comédie musi­cale et nous allons recom­mencer prochainement.

En somme, une année très agréable s’est écoulée, très nou­velle et enrichissante. Et puis Jean-Paul m’a con­tac­tée pour Secret défense. L’en­vie de tra­vailler avec lui et de retrou­ver Flo­rence Pel­ly m’ex­ci­tait beau­coup, même si je me demandais si je pou­vais être crédi­ble en Jeanne d’Arc ! Dis­ons qu’i­ci il s’ag­it davan­tage d’in­car­n­er le mythe que la jeune femme. Par ailleurs, j’ai la chance vocale­ment de tou­jours avoir mes aigus, même si, avec l’âge, les mus­cles de la voix fatiguent un peu. Je peux donc prof­iter de ma sou­p­lesse vocale et Thier­ry Boulanger, le com­pos­i­teur, me con­naît par­faite­ment bien. Il a écrit sa musique aux petits oignons ! Autant dire que je suis ravie : ce pro­jet tombait au bon moment. Rejouer dans une salle à taille humaine, avec une équipe sym­pa­thique et tal­entueuse : que deman­der de plus ?

Vous tra­vaillez avec de nou­veaux met­teurs en scène ?
Cette ren­con­tre avec Jean-Marie Lecoq et Anne-Marie Gros, les met­teurs en scène du spec­ta­cle, m’in­téres­sait beau­coup, j’avais depuis longtemps envie de tra­vailler avec eux. La per­son­nal­ité de Jean-Marie, que ce soit comme comé­di­en ou met­teur en scène, me plai­sait beau­coup. Tous les ingré­di­ents étaient réu­nis pour que tout soit par­fait ! Et je ne par­le même pas du livret : faire se ren­con­tr­er trois mythes est une idée géniale ! Napoléon, Charles de Gaulle et Jeanne d’Arc con­vo­qués par une juge, voilà un point de départ inédit !

Que pou­vez-vous nous dire sur le con­tenu du spectacle ?
Je ne peux pas dire grand chose, j’ai des con­signes strictes ! Les per­son­nages doivent s’ex­pli­quer sur leurs agisse­ments, le titre prin­ci­pal « cabaret imper­ti­nent » colle par­faite­ment au pro­pos. Jean-Paul et son co-auteur Chris­t­ian Giu­di­cel­li pos­sè­dent une cul­ture his­torique très pointue : tous les faits relatés dans la pièce sont véridiques. A par­tir de là, ils se sont amusés, ce qui risque peut-être de cho­quer des oreilles d’his­to­riens purs et durs. Mais ça fait du bien de bous­culer les mythes ! Surtout lorsque c’est fait comme ici avec beau­coup de drô­lerie et d’in­tel­li­gence. Nous sommes là pour nous cul­tiv­er et nous amuser : la musique, l’élé­gance de l’écrit nous propulsent directe­ment dans l’u­nivers d’un cabaret impertinent.

Secret défense est donc chan­té du début à la fin ?
Oui, et les musi­ciens sont égale­ment mis à con­tri­bu­tion. Jean-Paul les a appelés les lutrins, ils se met­tent par­fois à chanter, comme un choeur, un regard extérieur. Thier­ry a ce tal­ent de faire pass­er le par­lé-chan­té de façon très sou­ple et cette fac­ulté d’avoir des thèmes qui revi­en­nent arrangés dif­férem­ment, avec des repères qui per­me­t­tent de s’y retrou­ver musi­cale­ment. Jean-Paul et Thier­ry ont beau­coup tra­vail­lé ensem­ble pour que tout soit d’une flu­id­ité parfaite.

Com­ment les choses se sont-elles mis­es en place ?
Le pre­mier tra­vail s’est effec­tué avec Anne-Marie Gros, il con­cer­nait la mise en scène et la choré­gra­phie. J’aime beau­coup la manière dont elle nous fait bouger. Ses choré­gra­phies sont inat­ten­dues : je n’ai jamais fait cer­tains pas et pour­tant, j’en ai dan­sé durant ma car­rière ! C’est une approche très sub­tile. Tout doit pass­er tran­quille­ment, même si on bouge con­tin­uelle­ment. Le tra­vail est vrai­ment réfléchi. Jean-Marie était en répéti­tions pour le spec­ta­cle de Fey­deau dans lequel il joue. Il n’est donc arrivé que plus tard. Le regard du cou­ple se com­plète. On s’ori­ente vers un aspect fes­tif, col­oré qui évoque un peu le cirque. Il fait de ces trois per­son­nages des héros de BD. L’af­fiche, à ce titre, est très par­lante puisqu’elle nous présente comme des stat­uettes qui évo­quent celles que l’on pou­vait manip­uler, enfants. Il y a quelque chose du jeu dans son regard. Je suis nour­rie de toutes ces aven­tures, je suis dans un per­pétuel appren­tis­sage et j’adore ça.

Par ailleurs, les idées restent ouvertes : si la mise en scène est très pen­sée, les comé­di­ens peu­vent s’ex­primer. Le tra­vail cir­cule, je suis d’ores et déjà comblée. Et je suis ravie de tra­vailler avec Patrick Zard’, il rêvait de faire de la comédie musi­cale, c’est sa pre­mière grande aven­ture. C’est un bon­heur de le regarder s’é­panouir, et nous le ras­surons sur ses angoiss­es : il se débrouille impeccablement.

Cette aven­ture ressem­ble à un coup de foudre !
Oui ! Et les répéti­tions représen­tent presque plus de bon­heur que les représen­ta­tions. Quand le pub­lic nous porte, c’est un sen­ti­ment extra­or­di­naire, de récom­pense, mais là, tra­vailler ensem­ble, chercher, nous amuser, c’est un régal. J’ar­rive tous les matins pleine d’én­ergie. A tel point que j’aimerais bien que l’oeu­vre se ral­longe pour que nous ayons encore plus de temps de répéti­tion ! D’au­tant que depuis le début nous répé­tons dans le théâtre, ce qui est un luxe. Mireille nous dis­ait : « dans un théâtre, on est comme des pois­sons dans l’eau, c’est notre univers naturel ». Le théâtre Daniel Sora­no est mon bocal, je me plonge donc avec délice dans mon eau tous les matins ! Retrou­ver une scène à échelle humaine et un spec­ta­cle de qual­ité, voilà un beau cadeau pour mon anniver­saire prochain ! D’ailleurs j’ai eu des anniver­saires de spec­ta­cle épatants : j’ai fêté mes 20 ans durant les répéti­tions des Mis­érables… Mon seul souci c’est que, étant Jeanne d’Arc, j’ai peur du feu, donc pour les bou­gies, c’est compliqué !